Né pour l'enfer
Genre: Horreur , Drame
Année: 1976
Pays d'origine: France / Canada / Allemagne / Italie
Réalisateur: Denis Héroux
Casting:
Mathieu Carriere, Carole Laure, Debra Berger, Christine Boisson, Leonora Fani, Myriam Boyer...
 

Pour un bon paquet de soldats des différentes armées du Monde, passer d'une guerre à une autre, c'est une question d'habitude. Pour Cain (Mathieu Carriere), citoyen américain, l'accommodation est plus complexe. Tout juste extirpé de l'enfer du Viêt-nam, le voilà au coeur d'un autre conflit, plus proche de chez lui cette fois : l'Irlande, minée par l'IRA. Déjà psychologiquement chamboulé par ce qu'il vient de vivre, Cain, provisoirement bloqué à Belfast car privé de passeport va basculer peu à peu dans la démence, lui qui aspirait simplement à rentrer dans son pays histoire de décompresser. Attentats, civils abattus à bout portant, sang, déflagrations, rafales de balles : "né pour l'enfer" comme indique précisément le tatouage sur son avant-bras. Sans le sou, affamé, son couteau de combat comme seul bagage, il s'introduit dans une bâtisse où réside une huitaine d'infirmières (dont Carole Laure, Christine Boisson, Leonora Fani et Myriam Boyer (mère de l'omniprésent Cornillac)) qu'il séquestrera, violera, puis tuera, unes par unes.

 

 

Un de plus. Encore un toqué qui va nous couver un vilain traumatisme post-guerrier et confondre la jungle naturelle avec la jungle urbaine. On le sait, le thème aura été usé jusqu'à la corde, en particulier dans les années 70. C'est pourquoi on saluera la bonne initiative du canadien Denis Héroux de délocaliser l'action de son film en Irlande, en lieu et place des Etats-Unis. Un élément d'ailleurs capital pour pleinement justifier la folie de son "héros", paumé (tellement même qu'on le verra se lier d'amitié sur place avec un viêt-namien en exil et, à qui il léguera même ses maigres économies avant de se trancher les veines) une fois de plus, et de trop dans un territoire inconnu et presque aussi hostile que l'Indochine orientale.
Histoire de coller doublement à l'actualité de l'époque, Héroux entrecroise ainsi les deux conflits qui se jouaient alors : L'Irlande divisée entre les catholiques et les protestants et la collision sanglante ricains / viêt-congs du sud face aux viêt-congs du nord à l'autre bout du Monde. Et pour enfoncer définitivement le clou dans l'aspect historique, le massacre accompli par Cain dans la chambrée d'infirmières renvoie directement à un effroyable fait-divers survenu à Chicago en 1966, date à laquelle le dénommé Richard Speck, marin de profession, s'introduisit dans un foyer d'étudiantes en infirmerie et y décima la quasi-totalité des occupantes. Toutes y passèrent sauf une, réfugiée sous un lit (détail repris dans le film).

 

 

A l'écran, pour illustrer leur long supplice orchestré par Cain, véritable loup lâché dans la bergerie, Héroux opte pour l'absence de musique, amplifiant davantage la froideur diluée dans l'air. Plus surprenant encore : le sang coule relativement peu, ce qui n'enlève rien à l'infamie des mises à mort, jouant plus sur la torture psychologique et l'humiliation sexuelle, ou les deux parfois comme le montre l'une des séquences les plus abjectes : Cain ordonne à deux de ses captives (Boisson et Fani en l'occurrence) de se gouiner entre elles puis, confiant son cran d'arrêt à l'une, lui somme de poignarder l'autre de ses propres mains. Autre passage terrible : l'hystérie d'une autre infirmière, dont le symptôme majeur, outre la perte définitive de la raison, se traduit par une hilarité incontrôlable, jusqu'au moment où elle plongera dans un ultime geste de démence la lame de Cain dans son coeur. Et pourtant, pas de quoi rire devant cette oeuvre, aussi glaciale que sa réputation.
Du film suivant de Denis Héroux, le pathétique et bien plus populaire "Cats killers / The Uncanny", on a toutes les raisons d'en oublier la moindre parcelle. Pas "Né pour l'enfer", délaissé depuis trop longtemps.

 

 

Throma
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