Teenage Caveman
Genre: Science fiction , Aventures
Année: 1958
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Roger Corman
Casting:
Robert Vaughn, Darah Marshall, Leslie Bradley, Frank DeKova, June Jocelyn...
 

Pour son troisième film de l'année 1958, qui par ailleurs en comptera cinq, Roger Corman et son scénariste Robert Wright Campbell (à qui l'on doit aussi le script du fabuleux Masque de la mort rouge) optent pour une approche apparemment 50's. Un film d'aventures, à base de gros monstres... Le tout emballé avec un titre surfant sur le succès du I was a teenage werewolf, sorti l'année précédente.
L'histoire nous présente une tribu d'hommes et femmes préhistoriques, que la croyance en une loi divine réduit à la stagnation. C'est-à-dire qu'ils vivent en autarcie, dans une zone qui commence à manquer farouchement de nourriture, et qu'ils ne peuvent s'aventurer au-delà de la rivière, zone pourtant visiblement fertile, parce que ça leur est interdit. C'est qu'il y a soi-disant des monstres ainsi qu'un dieu tueur, là-bas... Pourtant, un jeune (qui n'est jamais nommé, comme c'est aussi le cas pour tous les personnages du film) va vouloir faire bouger les choses et va, au risque de se faire sévèrement punir, tenter d'aller voir au-delà de la rivière...

 

 

C'est que mine de rien, derrière ce script qui ne paye pas de mine, et derrière les effets spéciaux rudimentaires de l'époque (les lézards qui se battent en gros plan au milieu de maquettes), se cache un film infiniment plus profond que ce qui se faisait alors. La naïveté du discours anti-communiste ou anti-atomique disparaît, au profit d'une quête effectuée par le personnage principal. Une quête qui remet clairement en question l'idée que le jeune homme (Robert Vaughn, dans un de ses premiers films) se fait de la société. Une société engoncée dans ses principes et sa morale religieuse. Il n'hésitera pas à défier ses aînés, leur morale, et leurs principes religieux.
Pas forcément qu'il ne croit pas en eux, mais il veut juste voir sur quoi reposent les lois qui règlent cette micro-société. Sa quête prend même des proportions romantiques, lorsque le personnage évoque la possibilité de combattre le dieu censé régner par-delà la rivière. Quelques temps après une première tentative infructueuse, au cours de laquelle un de ses amis périra, il ne résistera pas à la tentation de retourner là-haut. Entre-temps, son âge l'a fait passer dans la catégorie des adultes de la tribu, et il s'est même marié. Bref, il aurait pu s'assagir et oublier son romantisme de jeunesse.

 

 

Mais non. En vrai progressiste, rien ne l'arrête : ni le danger, ni la réputation de sa famille... Il faut dire qu'en plus un homme mystérieux venu de l'autre côté s'était fait proprement lyncher par la tribu, qui a exposé là sa propre peur de l'étranger... Un étranger qui a eu le temps de prononcer un seul mot : "peace". De quoi attiser la remise en cause de la société dans laquelle notre héros vit. Surtout que les chefs de cette société sont soient âgés et totalement déconnectés de la réalité, soit des assoiffés de pouvoir. Le seul qui désire faire vraiment bouger les choses, un sorcier, sera démis de ses fonctions...
Corman, avec dix ans d'avance, prévoit ainsi le mouvement contestataire de la fin des 60's, et il anticipe même sur les bouleversements sociaux qui vont avoir lieu. Le twist final du film aboutira pourtant à la pessimiste conclusion que même si la société est formellement amenée à changer, le fond des hommes reste le même : autodestructeur...

En gros nous avons là un film qui ressemble beaucoup à un film des 50's, mais dont le message annonce clairement les idées sociales de la décennie à venir. On pourra cependant regretter que les aventures rencontrées au-delà de la rivière ne soient pas plus périlleuses que cela (deux lézards qui se battent entre eux, une meute de chiens sauvages qui coursent les personnages, un "dieu" très moche). Le film aurait gagné à durer un peu plus longtemps qu'une heure cinq...

 


Note : 7/10

 

Walter Paisley
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