Mort subite
Titre original: Sudden Death
Genre: Action
Année: 1977
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Eddie Romero
Casting:
Robert Conrad, Don Stroud, Felton Perry, John Ashley, Jess Barker, Eddie Garcia, Chuck Courtney, Nancy Conrad...
 

Duke Smith (Robert Conrad), autrefois mercenaire redoutable, a pris une retraite méritée sous le soleil des Philippines. Il y partage sa maison en bord de mer avec sa femme, sa fille et son vieil ami surnommé "Buffalo". Pourtant, une ultime mission s'offre à Smith : démasquer et accessoirement tuer les assassins d'un important homme d'affaire et de sa famille. Dans sa quête de vengeance impliquant entre autres agissements crapuleux de la CIA, trafics de diamants et millionnaires corrompus, il sera épaulé par son complice de toujours Wyatt Spain (Felton Perry). Mais alors que leur enquête progresse avec succès, leurs ennemis larguent sur leur chemin un obstacle de taille en la personne de Dominic Digaldo (Don Stroud), vieille connaissance de Smith et tueur professionnel extrêmement dangereux.

 

 

Une petite famille dans le jardin de leur confortable résidence s'apprête à savourer un succulent barbecue. Papa et Maman sont à la cuisson, tandis que leurs trois chères petites têtes blondes se prélassent au bord de la piscine. Un bruit rompt le silence de cette apparente sérénité. Un CLAC ! Comme celui par exemple du chargeur tubulaire d'un fusil à pompe qu'on vient d'alimenter en cartouches. Quatre hommes, tous armés, font irruption au beau milieu de ce touchant moment de vie. Le dernier que leurs victimes partageront ensemble. Le tableau de chasse pulvérise le portrait de famille. La poudre parle et les corps criblés de plomb tombent sur le gazon fraîchement tondu pour ne plus se relever, à l'exception notable du patriarche. C'est donc par un massacre archi-complaisant (infanticide inclus ET montré) que débute ce "Mort subite" américano-philippin. On ne peut concevoir prologue plus efficace et immoral que celui-ci. Pour autant, et les cinémas d'action et de polar l'ont régulièrement prouvé par le passe, un film peut jouir d'une excellente ouverture mais se dégonfler comme une baudruche très rapidement. Exemple, pour n'en citer qu'un : le diptyque Castellarien "Témoin à abattre" / "Un citoyen se rebelle", qui démarrent sur les chapeaux de roue (c'est le cas de le dire) et puis, par la suite, plus grand-chose, circulez, y'a rien à voir. Quasiment. Hors, heureusement pour nous, ce n'est absolument pas le cas ici. Davantage connu pour la série des "Blood Island" et ses prisons de femme avec Pam Grier, le pape de l'exploitation philippine Eddie Romero, nous pond là le meilleur opus de sa filmographie. Une pelloche explosive qui par son aspect excessif saura conquérir à coup sur le féru de bourrinage rentre-dans-le-lard et d'humour ras la ceinture, le cocktail étant parfaitement équilibré sur ces deux plans. On rigole donc avec ce riche touriste surpris en train de se soulager avec une chèvre dans la chambre d'un bordel ou bien lorsque le personnage de Robert Conrad démontre ses drôles d'aptitudes au tir à la carabine au détour d'une fête foraine. On sourit de par les situations graveleuses rencontrées parfois (le "buddy" de Conrad se débarassant d'une pute hystérique en lui administrant un vilain gnon en pleine poire ; Conrad et son pote qui liquident un gros tas milliardaire au lit avec… un larbin de 14 ans !). En revanche, on ne rit plus du tout lorsque survient la fin inattendue et d'un pessimisme qui force le respect, mais on y reviendra plus tard.

 

 

En dehors de ses nombreuses scènes d'empoignade virile et de fusillade sanglante, le film doit énormément à son casting. Le charisme de Conrad, bien entendu, très loin de son personnage de James West qui lui colle à la peau. Tout aussi désinvolte mais bien plus grossier, il faut le voir balancer à tout bout de champ des "bad motherfucker" et des "son of a bitch" à la racaille de Manille. C'est que c'est pas un tendre Duke Smith le mercenaire qui sous ses airs de play-boy sur le retour cache en réalité une machine à tuer, n'hésitant pas à faire feu sur un adolescent lorsque celui-ci le menace de son arme. Face à lui, il fallait donc un ennemi de son envergure, et même davantage retors. Quoi de plus naturel donc que d'employer l'immense Don Stroud, habitué à incarner des brutasses dans le cinéma américain depuis quatre décennies maintenant. Dans "Mort subite" son rôle de Dominic Digaldo ne déroge pas à la règle. Ex-mercenaire lui aussi, Digaldo, Panama constamment vissé sur la caboche, est un tueur implacable à la fois élégant et bestial, embauché pour refroidir son vieux pote Smith. Inutile de dire que la confrontation inévitable Smith VS Digaldo est attendue comme le Nouveau Messie. Et quand elle finit par arriver, on ne repart pas déçus. Se déroulant dans l'arrière-salle frigorifiée d'une usine, le combat a la particularité d'être filmé en grande partie en slow-motion Peckinpahien, les uppercut et les coups de pied sautés gravitant dans l'air avant de s'écraser au ralenti sur les mâchoires tuméfiées. Stroud, plus sauvage que jamais en profite pour mettre en avant ses capacités martiales, lui qui fut ceinture noire de karaté au cours de son étonnante carrière. Mais la ruse de Duke Smith aura finalement raison de lui. La mission de Smith et de son camarade Wyatt Spain est à présent achevée. Ils peuvent enfin rentrer au bercail. Cependant, le film n'est pas tout à fait terminé et se conclue en fait comme il avait commencé : dans le nihilisme le plus total par un ultime plan dévastateur faisant l'effet d'un coup de tatane de Dominic Digaldo dans l'estomac. En refusant l'happy-end, Romero nous balance en pleine gueule mine de rien l'une des fins les plus sombres de l'histoire du cinéma d'action. Le clou d'un spectacle décidément réjouissant de bout en bout.

 

 

Throma

A propos du film :

# Au sein du casting, on retrouve 2 habitués des films d'Eddie Romero : Vic Diaz dans une courte apparition et John Ashley. Ce dernier tournait là son dernier film.

 

# Dans le film, la fille de Robert Conrad est jouée par... la fille de Robert Conrad. Nancy de son prénom. Naaaaaan ? Siiiiiiii !

 

# Le film est sorti en vidéo en France chez l'éditeur RCV, spécialiste de la série B d'action. Caruth Byrd est crédité à la réalisation. Il n'en est que le producteur.

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