Un baquet de sang
Titre original: A Bucket of Blood
Genre: Comédie , Macabre
Année: 1959
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Roger Corman
Casting:
Dick Miller, Barboura Morris, Antony Carbone, Julian Burton...
 

Walter Paisley (Dick Miller) est un looser. Il travaille comme serveur et comme homme à tout faire dans un café beatnik. C’est un type maladroit, timide, sujet de moqueries des artistes qui fréquentent l’établissement. Pourtant, il rêve d’être lui aussi un artiste, et de s’intégrer au sein de cette communauté, dont seule une femme semble lui porter un certain respect. Mais il n’a aucun talent… Un jour, par accident, Walter va tuer le chat de sa logeuse. Il va avoir l’idée d’enduire d’argile le corps de l’animal. Une idée qui lui est apparue suite à une lecture donnée par un artiste au café dans lequel il travaille, qui disait en gros que les mains de l’artiste étaient les seules capables de donner un sens à la chair. La sculpture de Walter va être un grand succès. Ce qui va lui faire peu à peu péter les plombs...
Après un second meurtre plus ou moins par accident (il se sentait menacé par un flic qui pointait son arme sur lui, donc il lui a foutu un coup de poêle à frire sur la gueule), Walter va décider de continuer sa carrière ainsi. Et c’est fructueux : ses sculptures vont connaître un grand succès. Jusqu’au jour où bien sûr, la supercherie sera révélée.

 

 

Bucket of Blood n’est pas un film d’horreur à proprement parler. C’est plus une comédie macabre. Un genre s’appuyant sur les bases de l’horreur (ici par exemple Mystery of the Wax Museum, réalisé en 1933 par Michael Curtiz, ou bien le House of Wax de André de Toth de 1953) et en les pastichant, tout en gardant leurs éléments scénaristiques, leurs décors voire leurs interprètes et techniciens. Bucket of Blood peut être considéré comme le précurseur de ce genre, qui culminera par la suite toujours grâce à Corman principalement. Citons "La Petite Boutique des Horreurs" (1960), "Le Corbeau" (1963) et "The Comedy of Terrors" (1964, réalisé par Jacques Tourneur)... Une des principales caractéristiques de ce genre de films est également une théâtralité évidente. Du comique de situation, des personnages assez grossiers, des milieux sociaux tournés en dérision. On n'est pas très éloigné du vaudeville, finalement.
Ce Bucket of Blood répond bien à tous ces critères. Le milieu auquel il s’en prend est bien entendu le milieu beatnik. Un milieu composé d’artistes intellectuels et engagés. Du moins en façade, car en grattant un peu on trouve des gens superficiels, sans aucune cohérence dans leur discours. Walter est tout d’abord rejeté, puis avec ses statues, il est porté aux nues. On lui prête un génie évident. Alors qu’auparavant, il était ignoré. Dès que ses statues au réalisme stupéfiant (forcément) sont exposées, il devient la coqueluche du bar, là où avant il n’était qu’un simple grouillot. Bref, l’hypocrisie règne. Cela dit, certains ne sont même pas hypocrites, comme cette modèle qui continue à ne le voir que comme un serveur aigri. Quant au gérant du bar, lui, il est quasiment aussitôt au courant des procédés utilisés par Walter, mais il ne va rien dire, car les sculptures se vendent bien et il en profite... Bref les beatniks et leur mouvement artistique ne sont pas épargnés.

 

 

Le spectateur, qui lui sait tout dès le départ, peut dès lors voir leur prétention culturelle sous un autre jour. Le résultat est qu’ils sont complètement ridicules à force de superficialité. Sous leur doctrine étincelante, ils cachent en fait un creux rare. On dirait les artistes bobos de maintenant, en fait...
Walter Paisley est aussi une grande source d’humour. C’est un naïf, voire un simplet. Il croit vraiment à ce qu’il fait. Après avoir été conscient de la gravité de ses actes, il va finalement verser dans la folie et croire que ce qu’il fait est réellement de l’art. C’est du moins grâce aux discours des beatniks qu’il va croire ceci. Il va d’ailleurs parvenir à s’intégrer parmi eux en se donnant des allures d’artiste chic, assez ridicule. Surtout que contrairement à eux, il n’est pas aussi confiant en lui-même. Il reste très gauche, très maladroit. Quand il ne stresse pas inutilement. Par exemple avec les femmes. A une qui va lui dire "J’ai un vide en moi je veux que tu le combles" (sous-entendu sexuel), il va répondre, gêné : "Euh... Non, là, j’ai pas le temps, je dois rentrer chez moi" Bref, Walter est un imposteur dans une société qui n’est pas la sienne. De toute façon, Walter ne peut s’intégrer à aucune société, tant il vit dans son petit monde.
Il a pourtant des illusions, et c’est de celles-ci que va naître l’humour. Humour noir, forcément, car n’oublions pas qu’il y a quand même des meurtres sordides derrière tout ça (dont une décapitation, hors-champ bien sûr, mais quand même...). Bref on prend un plaisir coupable à assister à tous ces meurtres et à en rire. Ce qui dans l’Amérique assez prude de la fin des 50’s marque une petite évolution.
C’est pour cette raison que Bucket of Blood est un film important. Du théâtre morbide, satirique, avec un Dick Miller appelé à devenir une star (si si, j’insiste), dans un rôle qui rappelle ceux tenus par Peter Lorre chez Corman dans les 60’s. Et en plus, Walter Paisley est quant à lui devenu un personnage souvent ré-utilisé par les films avec Dick Miller (notamment certaines réalisations de Joe Dante). Bref une œuvre qui marque un pas vers le cinéma fantastique des 60’s.

 

 

Note : 8/10

Walter Paisley

 

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