[M] [Critique] Paranoia

 
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flint
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MessagePosté le: Lun Mar 03, 2008 2:38 pm    Sujet du message: [M] [Critique] Paranoia Répondre en citant




Paranoia – 1970
(A quiet place to kill)

Origine : Italie
Genre : Giallo

Réalisé par Umberto Lenzi
Avec Carroll Baker, Jean Sorel, Anna Proclemer, Marina Coffa, Luis Davila, Alberto Dalbès



Helen est une belle femme qui n’aborde pas la quarantaine comme elle l’aurait espéré. Autrefois riche, elle a eu le malheur d’épouser un play-boy aux allures de gigolo, Maurice, avec qui elle mena un grand train de vie, au point d’y laisser sa fortune. Lorsqu’elle divorça voici trois ans, elle était quasiment ruinée, et réduite à trouver un métier en mesure de rapporter suffisamment d’argent pour répondre à ses exigences de bourgeoise bohème.
Pilote automobile chevronnée, Helen s’est donc lancée dans la compétition de formule 3, sport généralement réservé aux hommes. Un don qui lui permet non seulement de renflouer quelque peu son compte en banque, mais aussi de retrouver une place de choix dans l’univers des mondains. Malheureusement, lors d’une séance d’essais, Helen perd le contrôle de son véhicule et est sérieusement blessée. Elle est opérée dans une clinique luxueuse, et reçoit un télégramme juste avant de sortir de l’établissement. C’est une invitation de son ex-mari, lui proposant de venir se reposer quelques temps dans sa villa.





Helen décide de répondre favorablement à cette invitation, malgré les mauvais souvenirs remontant à la surface, notamment le jour où elle avait tenté d’assassiner Maurice avec un revolver. En arrivant sur place, Helen a la (désagréable ?) surprise d’être accueillie par Constance, qui se présente comme la nouvelle femme de Maurice. Plus âgée que lui, Constance possède l’avantage d’être une femme très riche, dont la beauté n’est pas encore émoussée. Elle n’est pas dupe pour autant, et sait que Maurice est un homme volage, et attiré par le luxe. Helen retrouve donc Maurice, qui mène effectivement une existence de nabab, au milieu de tout un cercle d’amis parmi lesquels on retrouve le juge Albert Duchamps et le Docteur Harry Webb. Dans cette ambiance oisive (piscine, golf, sorties en boîtes de nuit), Helen ne tarde pas à se retrouver confrontée à un ex-mari très entreprenant, manifestement toujours épris d’elle et pas rancunier pour un sou, et à une rivale désireuse d’être une amie, apparemment pas jalouse. Helen apprend que c’est Constance qui a réglé les frais de réparation de la voiture de sport accidentée et la note de la clinique, et c’est également elle qui a envoyé le télégramme, et non Maurice. Evidemment, tant d’attention n’est pas fortuite. Constance sait que Helen dans le passé a tenté de tuer Maurice, et elle la pense capable de recommencer. La nouvelle femme du play-boy sent que son mari ne va pas tarder à la délaisser pour une autre, de préférence plus jeune et aussi riche. Et cela, elle ne peut le supporter. Maurice, de son côté, fait comprendre à Helen qu’il l’aime toujours, qu’il veut revivre avec elle. Mais que le seul problème est que tous les deux n’ont pas suffisamment d’indépendance matérielle. Y aurait-il un sous-entendu dans ses propos ? En tous cas, Helen est prise entre deux feux, piégée. Comment va-t-elle se sortir de ce guêpier ?





Réalisateur depuis 1961, Umberto Lenzi reste à ce jour plus célèbre pour ses films de cannibales et productions horrifiques que pour ces gialli. Des thrillers pour lesquels le réalisateur semble avoir pris un malin plaisir à embrouiller le public, non seulement par les scénarios à tiroirs des films en question, mais par le choix de leurs titres, pouvant susciter une certaine confusion. Le premier polar abordant le thème de la machination fut « Orgasmo » (« Une folle envie d’aimer »), réalisé en 1969 juste après « L’Adorable Corps de Deborah » de Romolo Guerrieri, ami de Lenzi. Comme Guerrieri, Lenzi engagea Carroll Baker pour le rôle principal, bluffé par son talent. L’actrice, blonde et belle, était le pendant idéal à Grace Kelly, héroïne hitchcockienne par excellence. Et comme Hitchcock, ainsi que Clouzot, étaient deux des maîtres à penser du cinéaste italien, Carroll Baker ne pouvait être qu’une héroïne de thriller parfaite. Ce qu’elle sera effectivement, aussi bien dans « Orgasmo », qui sera exploité aux Etats-Unis sous un autre titre : « Paranoia », de manière à ne pas le confondre avec une production érotique. Du coup, lorsque Umberto Lenzi réalise « Paranoia » en 1970, qui fait suite à « Si douces, si perverses » tourné l’année précédente, il sera nécessaire de le rebaptiser également, pour l’exportation, devenant ainsi « A quiet place to kill ». Cette trilogie, articulée autour de Carroll Baker, repose sur un thème récurrent à base de machinations, de sexe et d’argent. On y retrouve le triangle amoureux classique dans ce genre de films : Carroll Baker avec Lou Castel et Colette Descombes dans « Orgasmo » ; avec Jean-Louis Trintignant et Erika Blanc dans « Si douces, si perverses » ; et enfin avec Jean Sorel et Anna Proclemer dans « Paranoia ». Sauf que pour les deux derniers, un quatrième personnage vient se greffer dans l’intrigue, transformant le triangle en carré infernal (en l’occurrence Horst Frank dans « Si douces, si perverses », et Marina Coffa dans « Paranoia »).





En termes de qualité, on peut dire que « Paranoia » est un film de très bonne facture, au scénario habile, à la réalisation professionnelle, et au jeu d’acteurs particulièrement inspiré. C’est un giallo/machination typique, trop peut-être, et c’est ce qui en fait son point faible. A trop vouloir tirer sur la corde, user d’un filon qui a fait ses preuves, Lenzi devient prévisible, si bien que l’on devine où il va nous entraîner assez rapidement. Il n’en demeure pas moins que, hormis ce reproche, « Paranoia » se regarde avec plaisir. On y retrouve les ingrédients des films précédents avec Miss Baker, une dose d’érotisme apportée par l’actrice, des décors magnifiques, des gardes robes reflétant parfaitement l’époque, avec un soin particulier apporté dans le choix des couleurs. Et puis, une musique très « lounge », influencée par Morricone et Piero Umiliani, entre autres, que l’on doit à Gregorio Garcia Segura.





On sent que Lenzi aime égratigner ses personnages pervertis par le sexe et le fric, complètement dépendants de leur image, et de ce qu’elle représente dans le milieu huppé de la haute bourgeoisie. « Paranoia » porte bien son nom, accumule les rebondissements et coups de théâtre, même si comme je l’évoquais plus haut, la recette n’est plus nouvelle, et Umberto Lenzi, en vieux roublard qu’il est, ne peut résister à reprendre une trame ayant déjà fait ses preuves. Jean Sorel parvient à être plus percutant que d’habitude, aux côtés d’une Carroll Baker égale à elle-même, c’est-à-dire convaincante. Dans des seconds rôles, on retrouve Alberto Dalbès, figure familière des films de Jess Franco, et Luis Davila (« 4.3.2.1. Opération Lune »). Bref, lorsque l’on a vu « Orgasmo », « Si douces, si perverses » et « Paranoia », on peut reconnaître à Umberto Lenzi un talent certain dans le thriller. Pas étonnant quand on sait que le réalisateur, avant d’être cinéaste, écrivait des romans policiers. Quand on se penche aujourd’hui sur sa filmographie, on peut regretter qu’elle soit aussi inégale, et que l’on ait plus facilement accès à ses œuvres médiocres qu’à ses films les plus réussis.

note : 7,5/10
accroche : le savoir-faire d’un maître roublard











Dernière édition par flint le Mer Mai 14, 2008 8:03 am; édité 1 fois
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Kidam
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MessagePosté le: Sam Mar 15, 2008 4:43 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Le meilleur de la trilogie pour moi. Le plus classique et maîtrisé, ce qui sied pas trop mal au réalisateur bien trop habitué au bâclage en règle. En même temps vu la copie de "si douce, si perverse", difficile de bien juger ce dernier.
Je pense que flint a raison lorsqu'il dit que les moins connus de Lenzi sont souvent ses meilleurs. (Il est vrai que ses plus connus sont de sérieux nanars - hormis les polars - difficiles à détrôner). Quoiqu'il en soit, il se montre maitre de son sujet ici, ce qui peut même surprendre.
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flint
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MessagePosté le: Dim Mar 16, 2008 9:04 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Kidam a écrit:
Le meilleur de la trilogie pour moi. Le plus classique et maîtrisé, ce qui sied pas trop mal au réalisateur bien trop habitué au bâclage en règle. En même temps vu la copie de "si douce, si perverse", difficile de bien juger ce dernier.
Je pense que flint a raison lorsqu'il dit que les moins connus de Lenzi sont souvent ses meilleurs. (Il est vrai que ses plus connus sont de sérieux nanars - hormis les polars - difficiles à détrôner). Quoiqu'il en soit, il se montre maitre de son sujet ici, ce qui peut même surprendre.


Le meilleur aussi pour moi, mais tu as raison, il serait bon de voir "Si Douces si Perverses" dans une copie restaurée, digne de ce nom. Reste que l'intrigue (lorgnant une fois de plus vers Clouzot) est plutôt tirée par les cheveux. Je te rejoins quand tu dis que "Paranoïa" est le plus maîtrisé des trois.
Reste à voir le quatrième giallo de Lenzi avec Miss Baker, "Knife of Ice", inspiré de "The Spiral Staircase" de Robert Siodmak. Mais à première vue, "Knife of Ice" semble plus polissé, moins trash, moins "italien"...
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Kidam
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MessagePosté le: Dim Mar 23, 2008 6:09 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Je n'aime pas trop "Knife of Ice" qui est à la fois trop outré et en même temps que polissé comme tu dis. C'est vrai qu'on peut le rajouter mais comme on parle toujours de trilogie sexygialli, je l'avais mis à part un peu bêtement.
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mallox
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MessagePosté le: Ven Avr 04, 2008 6:22 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Hitchcok, Clouzot, soit ça éclate ici plus que jamais mais il y a un film que Lenzi semble particulièrement aimer, c'est "Plein soleil" de René Clément cité ici deux fois, notamment dans la scène du bateau (filmée plein soleil ) et la scène où la jeune dame enfile devant le miroir le chapeau de la défunte épouse pourtant toujours en place. Scène qui renvoie à celle où Delon imitait Ronet... D'ailleurs "Spasmo" empruntera lui aussi pas mal à "Plein Soleil" mais cette fois-ci dans sa trame.
Bref, sinon c'est à mon sens l'un des films les plus soignés et maitrisés de son auteur et cela se savoure comme un bon vieux magasine de de mode.
L'histoire est un peu trop classique avec son trio/quatuor machination et sent le déjà vu, mais ce classicisme là sied pas trop mal au gros Umberto.
Hélas à la 50eme minute on a tôt fait de tout comprendre ce qui tout de même nuit à l'ensemble. C'est dommage. Finalement j'ai trouvé Jean Sorel égal à lui-même, à savoir très Tom cruisien et si Caroll Baker s'en sort fort bien, celle qui m'a fait la meilleure impression reste Anna Proclemer.
La musique étant dirigée par Piero Umiliani, pas étonnant d'y reconnaître sa patte. D'ailleurs une chanson du film intitulée "YOU" est chantée par Thierry Umiliani... par contre on trouve parfois sur le net (imdb par exemple ) Nino Rota au générique ( une erreur?! )
Dans l'ensemble quand bien même téléphoné, c'est pas mal. La photographie reste l'un des gros atout du film. elle est splendide et due à Guglielmo Mancori (avec un Joe D'amato pas loin en camera operator) qui a souvent bossé avec le Lenzi (orgasmo, si douces.., spasmo...)

6,5/10
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