Je tue des géants 1
Genre: Comics , Autres genres
Année: 2009
Pays d'origine: Etats-Unis
Editeur: Quadrants
Scénario:
Joe Kelly
Dessin:
JM Ken Niimura
 

Oh, comme j'aimerais être dithyrambique sur cette bande-dessinée. Comme j'aimerais vous dire à quel point c'est l'un des trésors cachés de la production actuelle. Comme j'aimerais vous inciter, tous, à l'acheter immédiatement.

Et comme j'aimerais que "Je tue des géants" ne soit pas passé à deux centimètres de le mériter.

Mais commençons par le commencement. C'est souvent conseillé.

 

 

Barbara est une collégienne qui se situe dans la frange la plus vaseuse de l'écosystème de son école. Elle n'est pas vraiment jolie, joue à "Donjons & Dragons", n'a pas d'amis, pas de volonté de s'en faire, se fout complètement des cours, se fait régulièrement tomber dessus par les caïds locaux, et se retrouve chez le principal un jour sur deux pour tel ou tel fait d'arme.

Tout ça, c'est parce que Barbara est bien trop occupée pour s'intéresser à toutes ces méprisables activités scolaires. Parce que vous voyez, Barbara, c'est une tueuse de géants. Un peu la classe, non ?

Elle ne s'en cache d'ailleurs pas du tout, et annonce à qui veut bien l'entendre que les géants se tapissent dans notre monde, afin de le détruire, et que sans elle et l'énorme marteau magique qu'elle cache dans son sac, la planète courrait à sa perte. Donc, merci Barbara pour chasser ces monstres à notre place.

Enfin, merci… Disons qu'on te remercierait si on était sûrs que tout ça était bien réel. Sauf que, dès le début de l'histoire, les doutes sont énormes, et tout à fait permis par l'auteur, qui remet en cause le « devoir sacré » de Barbara à travers les regards incrédules et souvent méprisants des gens qui l'entourent, et qui sont incapables de voir ne serait-ce qu'un micro-indice de la réalité de tout ce délire…

 

"Je tue des géants" se sert de cette histoire de colosses maléfiques à détruire pour parler d'autre chose. Joe Kelly, le scénariste, construit tout un imaginaire métaphorique qui lui permet d'aborder, en coulisse, des sujets tels que la solitude, le rejet, le passage à l'adolescence et ce qu'il signifie sur la fin de l'enfance… Et puis les responsabilités, aussi. La vie de famille de Barbara est pour le moins compliquée, et il est fort possible que les "géants" qu'elle combat existent bel et bien, sous la forme d'épreuves trop compliquées pour une gamine de son âge…

Alors le monde imaginaire, les scénarii qu'elle se construit pour se permettre d'encore tenir debout, les délires dont elle se remplit la tête pour ne pas penser au reste.

Le tout est illustré en noir et blanc par JM Ken Niimura, avec un trait pas vraiment beau mais extrêmement dynamique qui puise pas mal de ses influences au fleuve Manga. Dans les cases représentant la vie quotidienne de Barbara, son collège, sa maison, sa ville… sont parfois incrustés certains des êtres fantas(ma)tiques qu'elle dit fréquenter, les fées barbues qui la conseillent dans sa quête et les monstres qu'elle doit combattre. Ces créatures sont dessinées plus légèrement, d'un gris clair qui souligne avec efficacité leur décalage par rapport au monde réel.

 

Et pourtant, malgré tout ça, malgré le fait que « Je tue des géants » parle de tout un tas de sujets qui me sont chers (l'adolescence, le pouvoir de l'imagination pour supporter le quotidien… Et puis une référence cachée au jeu-vidéo "Shadow of the Colossus", aussi !), malgré toutes les qualités objectives et subjectives que je lui trouve, je n'arrive pas à m'en dire fan.

Le récit me semble avancer à un rythme mal maîtrisé, comme une voiture faisant des cahots et des freinages brutaux sur la route, et le découpage, la mise en scène, laissent souvent la place à des cases inutiles et à des répétitions de propos. J'ai parfois eu l'impression que les auteurs avançaient en aveugle, sans trop savoir où ils voulaient mener Barbara et ses lecteurs.

Ou plutôt… En fait, peut-être que le plus gros problème de « Je tue des géants », c'est qu'il veut jouer sur le doute quant à la réalité de la quête de Barbara. Sauf que ça fonctionne mal, et que très très vite, on est certain que ce n'est qu'une métaphore, une construction mentale, et que ni géants ni fées n'existent. On devine également sans trop de souci quel genre de secret hante la famille de Barbara. Je ne vais pas tout vous raconter, mais disons que le mystère n'est pas bien touffu… Alors que le récit essaie de jouer là-dessus. Alors ça ne marche pas, ça rame, et ça coupe le récit à l'eau pour en allonger la durée.

Dommage. J'aurais aimé aimer. Je n'arrive qu'à me dire que c'est pas trop mal quand même.

 

Note : 6/10

 

Vincent

 

À propos de cette BD :

 

- Classique mais toujours chiant : "Je tue des géants" est une histoire longue, qui tient normalement sur deux albums. Sauf que ce premier volume est sorti il y a plus d'un an, et que le deuxième n'est toujours pas à l'ordre du jour en France. Vous pouvez cependant le trouver en langue anglaise.

 

- Joe Kelly est un scénariste bien connu, qui a entre autres crée la série "Steampunk" et les studios "Man of Action", dont voici le site internet : http://www.manofaction.tv

 

- JM Ken Niimura, par contre, m'était complètement inconnu avant "Je tue des géants". Voici tout de même son site personnel : http://www.niimuraweb.com

 

- Site de l'éditeur : http://www.quadrants.eu

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