Bonne nuit Punpun 1
Genre: Seinen , Manga
Année: 2012
Pays d'origine: Japon
Editeur: Kana
Collection: Big Kana
Scénario:
Inio Asano
Dessin:
Inio Asano
 

 

Bonne nuit Punpun nous raconte les aventures du quotidien d'un jeune garçon de cm1 nommé Punpun. La fille qu'il aime vient de quitter son école mais fort heureusement une nouvelle vient d'arriver : elle s'appelle Aiko et il en est fou amoureux. Sa vie bascule le jour où son papa est envoyé en prison pour ses accès de violence sur la maman de Punpun qui finit à l'hôpital, son oncle est donc venu emménager chez lui. Ses journées sont partagées entre les cours, les moments complices avec Aiko et ses copains avec qui il découvre les mystères de la sexualité.

Un beau jour en regardant une vidéo X ils tombent sur le testament d'un meurtrier leur avouant qu'il a caché les corps de ses victimes avec une grosse somme d'argent dans une vieille usine pour quiconque les trouverait et révélerait la vérité... Punpun ayant besoin d'argent pour suivre Aiko qui ne peut plus supporter les bizarreries de sa famille, il décide d'y aller, suivis de ses amis et d'Aiko. Pour Punpun et ses amis c'est le début d'une nouvelle aventure !



Sous une couverture qui a des allures de peau de Pikachu se dissimule un étonnant manga, aussi éloigné des shonens formatés que de beaucoup de seinen à la violence et la noirceur souvent complaisante. En le feuilletant, on reste surtout perplexe dans un premier temps par l'apparence du dénommé Punpun : contrairement à celle des autres personnages qui l'entourent, traités dans un style réaliste, Punpun ressemble à une espèce d'oiseau très simplifié qui aurait pu être dessiné par un enfant en bas-âge : forme simple, un point pour l'oeil, deux traits pour les pieds. Pourtant, à voir son quotidien et la réaction des autres, Punpun est bien un enfant comme les autres, ou plutôt un pré-ado sans doute un peu plus émotif et timide que les autres. Et que l'on ne voit jamais parler, si ce n'est dans son for intérieur.

Une fois que l'on s'est accoutumé à cet étrange parti-pris graphique, le manga apparaît comme une chronique à la fois classique et originale de la vie d'un jeune garçon et de sa bande de copains, entre l'éveil du sentiment amoureux, de la libido, mais aussi d'un regard souvent gagné par l'angoisse, la peur et l'incompréhension devant un monde adulte dur et névrotique. D'ailleurs, tous les adultes sont névrosés dans ce manga, voir carrément cinglés (au point que leurs réactions outrancières sont souvent incompréhensibles).

A l'inverse, les jeunes protagonistes sont terriblement attachants, Punpun au premier chef bien sûr que l'auteur, malgré son apparence à la limite de l'abstrait et dénué d'expressions puisqu'exempt de traits, parvient à en faire un vrai protagoniste, même si je dois avouer que j'ai parfois eu un peu de mal à considérer cette espèce de Shadok découpé dans un morceau de papier comme "vivant" s'il n'était assez souvent secoué de frissons, de tremblements et de sueur. Le texte, surtout, retranscrivant ses pensées et ses angoisses, parvient également à nous le rendre crédible. Mais aussi la petite Aiko, objet de toutes les attentions du pré-ado, mais tourmentée et honteuse de devoir vivre dans une famille dont les membres décérébrés forment une secte aussi folle que grotesque. Punpun n'est guère mieux loti, avec un père démissionnaire et violent, pas plus qu'un autre garçon de la bande dont le paternel n'est qu'un ivrogne et un bon à rien.



Le manga pourrait sembler assez désespérant vu ce contexte dépressif et déliquescent (sans compter de multiples références à l'état piteux du monde) qui tente de broyer les consciences et les sensibilités naissantes au point qu'on pourrait penser à une chanson de Eels ou à un roman de J.D. Salinger. Mais, pourtant, il n'en est rien. Difficile de dire d'ailleurs à quoi est dû au juste cette impression et ce ne sont certainement pas pour moi les quelques moments d'humour (si on peut employer ce terme) qui en réalité m'ont laissés dubitatif par leur bizarrerie plutôt que par leur drôlerie : il est vrai que j'ai souvent du mal avec l'humour nippon, trop enfantin à mon goût ou trop étrange. C'est surtout le second cas qui est représenté ici : un directeur d'école qui joue à cache-cache avec un des profs, un enfant qui imagine un dieu à tête d'étron, des personnages qui se mettent subitement à danser en rond en répétant "je l'ignore, je l'ignore", le trip sexo-psychédélique de Punpun poursuivit par des vagins... euh, bon... On sait les Japonais parfois assez fêlés de la toiture.

Non, ce qui empêche ce manga de sombrer dans la sinistrose, c'est le charme et la poésie d'une sensibilité épidermique sans aucun pathos.

L'histoire de la confession sur cassette VHS du jeune homme présumé meurtrier est un bonus intéressant et intriguant (et, sous ses allures de thriller, pas le moins du monde hors-sujet pour autant) à un premier tome qui, se clôturant sur la visite de la petite bande dans la sinistre usine, donne immédiatement envie de lire le tome suivant.

Un manga atypique, mais moins étrange qu'il n'y paraît malgré quelques échappées dans le délire, qui plonge surtout au coeur de l'humanité dans tous ses aspects, des plus tendres aux moins reluisants, mais qui porte aussi un regard très juste sur un âge charnière qui n'est plus tout à fait celui de l'enfance insouciante, mais pas encore celui de l'adolescence à proprement parler.

A découvrir.



Note : 8/10

 

Vorpalin

 

A propos de ce livre :

 

- Site de l'éditeur : http://www.mangakana.com/

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