Tuez Charley Varrick
Titre original: Charley Varrick
Genre: Polar , Film noir
Année: 1973
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Don Siegel
Casting:
Walter Matthau, Joe Don Baker, Felicia Farr, Andy Robinson, Sheree North, John Vernon...
 

Qu'est-ce qu'un ancien cascadeur pilote de biplan, Charley Varrick, et sa femme Nadine, conductrice hors-pair, peuvent bien devenir quand ils décident de raccrocher avant de se tuer lors de la cascade de trop?
Des indépendants travaillant dans la pulvérisation d'insecticides, herbicides et autres trucs en ide, par avion, sur les immenses champs de cultures. Boulot qui eut payé mais qui ne rapporte plus guère, d'où une réorientation vers un autre taf, moins déclaré, un peu plus lucratif (quoique), en tout cas plus risqué: le braquage de petites banques régionales en compagnie de deux comparses.
Et c'est comme ça qu'un jour ils se retrouvent à piquer dans le coffre de la banque de Tres Cruces, un bled vraiment paumé, la modeste somme de 750000 dollars... Autant dire un putain de magot, un pactole faramineux pour ces gagne-petit, un trésor inespéré.
Sauf qu'il y a un problème... Et même plusieurs...



Déjà, le casse ne s'est pas fait sans casse, justement. Trois morts, un blessé grave. Ensuite, une telle montagne de pognon dans une banque aussi petite, c'est plus que louche pour Varrick. Et toutes ces liasses de coupures de 50 et de 100 dollars sentent trop mauvais à son goût pour qu'il imagine pouvoir en profiter en paix sans se faire raccourcir.
"Mafia".
C'est sa première idée et il a mis dans le mille.
En touchant le jackpot au cours d'un coup minable, c'est dans la merde que Varrick s'est plongé. Et là où la discrétion s'imposerait vis-à-vis d'un fric bien mal acquis et surtout piqué à la pieuvre mafioso, son comparse, le jeune Harman Sullivan, est bien décidé à claquer du fric en fringues, frime et gonzesses, pour rattraper le temps perdu de sa jeunesse minable... Quitte à mettre sur leur piste les limiers que Cosa Nostra ne tardera pas à leur coller au cul...
Pour Charley Varrick, le résultat de ce petit braquage de rien du tout prend rapidement des proportions énormes: veuf, pourchassé par la police et surtout la mafia, et associé à un guignol dont les intentions équivalent à placer sur leurs tempes le canon d'un flingue mal intentionné...
Bête traquée, il est néanmoins bien décidé à donner du fil à retordre à ses poursuivants, à se montrer ou à s'effacer selon les circonstances, à jouer avec le feu au risque de se brûler et à ne pas mettre sa vie précieuse (le seul bien qu'il lui reste, finalement), inutilement en danger.



Don Siegel (qui réalisa moult films dont, faut-il le rappeler, "Dirty Harry" avec Clint Eastwood, L'invasion des profanateurs de sépultures, version 56, A bout portant, Les proies, etc) est ici à la manoeuvre et il connaît son métier. Le film est vif et extrêmement bien rythmé, mariant rapidité d'action et temps plus longs de dialogues, exploitant admirablement les lieux parcourus par Varrick ou d'autres protagonistes, que ce soit le cadre campagnard d'une petite ville américaine, les paysages bucoliques du début du film, les routes parcourues en trombe ou non, ou encore le camp de mobil-homes et de caravanes où vivent Charley Varrick et son comparse.
Dans ces endroits typiques d'une certaine Amérique, pas la plus riche, les personnages sont aussi bien campés et bien ploucs: la mémé gâteuse de la caravane, les flics un peu dépassés qui, au final, semblent plus vrais qu'à l'accoutumée, les putes de ce bordel paumé dans lequel fera une pause le sinistre tueur de la mafia...
Enfin, sinistre n'est pas vraiment le mot qui convient pour un type qui fume la pipe, a du mal à quitter son Stetson, et dit s'appeler Molly. On est loin des clichés habituels et Molly a toujours l'air un peu con dans ses apparitions, ce qui ne l'empêche pas d'être impitoyable et de traquer sa proie jusqu'au bout, sans relâche et sans faiblesse.
Ce tueur ambigu, brutal et saugrenu à la fois, est interprété par un Joe Don Baker très inspiré et qui réussit là une composition assez étonnante arrivant à inspirer crainte et amusement à chacune de ses apparitions. Je parle là, bien sûr, du spectateur, les autres personnages le trouvant souvent beaucoup moins amusant que dangereux.



Charley Varrick, en particulier, qui sent son souffle fétide de molosse agressif sur ses mollets charnus (c'est une image, on ne voit jamais à l'écran les mollets de Charley, désolé mesdames). Varrick n'est plus tout jeune, a l'air désabusé du gars qu'a déjà pas mal vécu et n'a plus grand chose à perdre finalement, si ce n'est la vie, ce qui est déjà beaucoup.
Il est fort pertinemment incarné par Walter Matthau qui a l'âge idéal pour ce rôle, une petite cinquantaine, et l'air qu'il fallait: un peu en retrait, pensif, réfléchi et essayant toujours d'avoir un coup d'avance au risque de tout perdre, le tout avec une mine de monsieur tout-le-monde. Matthau a du métier et déjà pas mal de films à son actif (dont plusieurs de Billy Wilder: La grande combine, Spéciale dernière notamment, L'homme du Kentucky avec Burt Lancaster ou Derrière le miroir de Nicholas Ray pour de plus anciens, plus tard il tournera entre autre le Pirates de Polanski ou Le petit diable de Bégnigni) et il promène sa carcasse d'homme voué à disparaître avec un vrai talent.
Qu'il soit grimé en vieil homme au début du film ou au naturel et dans une combinaison d'aviateur, il incarne parfaitement cet homme dont le slogan professionnel est: "Le dernier des indépendants". Une espèce en voie de disparition, un être en marge de la société normale mais sachant s'y fondre quand il le faut, laissant percevoir une humanité bien cachée derrière un masque presque dénué d'émotions visibles.



On l'aura compris, Charley Varrick a beaucoup de qualités. Et je parle là du personnage comme du film, dont c'est le titre original. Il bénéficie en plus d'une partition signée Lalo Schiffrin tout à fait parfaite elle aussi, jamais envahissante et toujours au service de l'action en cours. Et son atmosphère générale, l'histoire et les personnages font un peu penser au No country for Old men des frères Coen, réalisé 30 ans et quelques plus tard et dont il a pu être l'une des sources d'inspiration.
Un bon conseil, donc: ne tuez pas Charley Varrick, regardez-le !


Bigbonn

 

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