Requiem pour un massacre (Va et regarde)
Titre original: Иди и смотри/ Idi i smotri
Genre: Drame , Guerre
Année: 1985
Pays d'origine: Union Soviétique
Réalisateur: Elem Klimov
Casting:
Aleksei Kravchenko, Olga Mironova, Liubomiras Lautsyavichius, Jüri Lumiste, Victor Lorentz, Vladas Bagdonas, un tarsier...
Aka: Va et regarde
 

Biélorussie 1943 - un enfant et un adolescent déguisés en soldats creusent des trous dans une étendue sableuse. En fait, ils recherchent un fusil dans ce qui fut une zone de combat en 1941, pour permettre à l'aîné Florya de rejoindre le maquis (les recrues doivent fournir leur propres armes). Il en trouve une et le lendemain deux partisans viennent le chercher, au grand désespoir de sa mère qui craint de ne plus jamais le revoir. Florya rejoint tout fier le campement des maquisards, mais là il est traité comme le gamin qu'il est encore et se trouve cantonné aux taches ménagères. Le jour où les Partisans partent à l'offensive, Kosach, leur charismatique chef ayant pitié du jeune Florya, décide de le laisser en arrière, à la garde du camp. Une fois seul, ce dernier se rend dans le marais voisin, pleurant de rage d'avoir été délaissé. Là, il entend les sanglots de Glasha, l'autre plus jeune membre du campement, une blonde et jolie fille qu'il n'a jusqu'à présent jamais osé aborder. Alors qu'ils font connaissance, le camp resté vide subit un bombardement, et les deux adolescents assistent terrifiés à son assaut par des paras allemands. Ils décident de fuir jusqu'au village de Florya, mais à leur arrivée celui-ci est vide et il y règne une odeur pestilentielle...

 

 

Pour paraphraser Georges Darien, on peut dire que la guerre est une sale activité mais que les troupes nazies ont une excuse : ils la font salement, très salement.
Peut-on juger un tel film uniquement sur ses qualités cinématographiques ? Sans doute pas, compte tenu du thème et de son traitement (magistral). Mais si pour vous un grand film, c'est un film que vous n'oublierez jamais après l'avoir vu, et qui, lors de son visionnement, vous prend aux tripes tout en vous posant des questions, alors oui Va et regarde est un chef d'oeuvre.
Réalisé en 1985 parmi une salve d'autres films destinés à fêter le 40e anniversaire de la victoire sur l'Allemagne nazie, Requiem pour un massacre est tiré du roman partiellement biographique d'Aless Adamovich, qui participa à son adaptation avec le réalisateur Elem Klimov. Va et regarde ne fut pas vraiment ce à quoi les autorités soviétiques s'attendaient, on est loin en effet du film de propagande destiné à exalter l'héroïsme des partisans.


Film de guerre sans la moindre scène de combat (même quand Florya subit les tirs de l'ennemi, celui-ci reste invisible) mais qui en montre les conséquences et les violences faites aux civils, Requiem pour un massacre est plutôt un récit initiatique, mais un récit initiatique cauchemardesque augmentant crescendo dans l'horreur jusqu'à sa dernière demi heure apocalyptique. Paradoxalement, on ne verra aucun effet gore : massacre, viol et exécution restant hors champs (hormis l'agonie d'une vache), et pourtant la vision de ce film est beaucoup plus éprouvante que celle du plus craspec des Slashers.

 

 

L'énigmatique titre original Va et regarde est tiré des évangiles (c'est une citation de l'apocalypse selon St Jean). Il fut remplacé en France lors de son exploitation vidéo par le plus racoleur mais plus "descriptif" Requiem pour un massacre. Elem Klimov, réalisateur de films expérimentaux, mal vu par la censure soviétique mais très respecté par ses collègues cinéastes, enfanta ce film dans la douleur après une genèse qui dura plus de sept ans avant que ne débute le tournage. Né à Stalingrad, dont il fut évacué à neuf ans lors de l'offensive allemande de 1942, ce film lui tenait particulièrement à coeur. Il ne réalisa plus rien d'autre jusqu'à sa mort vingt ans plus tard ; difficile, en effet, après une telle oeuvre de retrouver l'inspiration.
Le film doit aussi beaucoup à l'extraordinaire expressivité de son interprète principal, quatorze ans lors du tournage, qui dénote sans doute des dons innés, mais aussi un très grand talent de directeur d'acteurs de la part d'Elem Klimov. Devenu adulte, Aleksei Kravchenko entama une brillante carrière dans le cinéma d'action russe. Pour sa jeune partenaire, Olga Mironova, ce film fut par contre une expérience unique. L'ensemble de l'interprétation est d'ailleurs remarquable. On notera que les principaux rôles de résistants sont tenus par des acteurs lituaniens (Liubomiras Lautsyavichius dans le rôle du charismatique Kosach, Vladas Bagdonas dans celui du chef des "pieds nickelés", avec lesquels Florya part chercher du ravitaillement) et les principaux rôles de nazis par des acteurs estoniens (Jüri Lumiste dans le rôle du blond officier SS "droit dans ses bottes", Victor Lorentz dans celui du lâche chef du commando), hasard sans doute.

 

 

La bande son, due à Oleg Iantchenko, mélangeant extrait "mozartien" à des bruits étranges et des sonorités plus modernes, participe aussi au malaise ressenti par le spectateur.
On pourrait reprocher au film sa construction elliptique, qui demande parfois au spectateur habitué au pré pensé et pré mâché hollywoodien un effort intellectuel pour comprendre ce qui se passe sous ses yeux, mais c'est en fait une des forces du film qui place le spectateur dans la même situation que le héros Florya. Ainsi, le discours de Glasha à Florya, incompréhensible au départ et qui laisse le héros interdit, avant qu'on ne saisisse que ces mots sont destinés au chef des partisans, Kosach, que Glasha aime sans espoir. De même, quand à la fin du film Florya rencontre la fillette survivante, on croit un instant (tout comme le héros) qu'il s'agit de Glasha.
On peut aussi reprocher au film son symbolisme pourtant ni trop lourd, ni trop appuyé (l'avion d'observation allemand omniprésent dans la première moitié du film et annonciateur des malheurs à venir ; la cigogne qui suit Florya, après que celui-ci ait détruit par inadvertance sa nichée, jusqu'à son village où la famille du héros a aussi était détruite ; ce fusil dont il est si fier, mais qui, quand il veut le dissimuler sous ses vêtements, le transforme en handicapé obligé de se déplacer sur des béquilles ; le ridicule animal de compagnie du chef nazi, etc...) sauf peut- être dans la scène finale qui voit un montage d'images d'archives de la Seconde Guerre Mondiale remontant le temps jusqu'à une photo d'Hitler nouveau né, alors que Florya tire sur un portrait du führer.

 

 

Sigtuna

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