Sound of Noise
Genre: Polar , Comédie , Comédie musicale
Année: 2010
Pays d'origine: Suède
Réalisateur: Ola Simonsson & Johannes Stjärne Nilsson
Casting:
Sanna Persson, Magnus Börjeson, Anders Vestergärd, Johannes Björk, Fredrik Myhr, Marcus Haraldson Boij, Bengt Nilsson...
 

Magnus (un barbu légèrement chauve à lunettes) et Sanna (une petite blonde à l'air faussement fragile) sont des musiciens très doués, dotés d'un anticonformisme exacerbé. Ils détestent les règles sous toutes leurs formes, et aimeraient que leur ville (Malmö) s'ouvre à de nouveaux horizons, dans lesquels ils auraient évidemment un rôle à jouer. Prêts à défier la loi à la moindre occasion, Sanna et Magnus s'entraînent à bord de leur dodge noir, la jeune femme variant sa vitesse en fonction du rythme imposé par Magnus avec sa batterie installée à l'arrière du véhicule. Un solo dantesque, et voilà que le van dépasse allègrement la vitesse autorisée. Un motard les prend en chasse, ce qui met Magnus en rage. Après avoir ouvert les portes arrière du dodge, il balance les divers éléments de sa batterie sur le policier qui parvient à esquiver cymbales et grosses caisses avec maestria. Malheureusement pour lui, un habile lancer de baguettes finit par avoir raison de lui, et sa course s'achève, pour le plus grand bonheur du duo. Celui-ci abandonne finalement le véhicule devant l'ambassade d'Allemagne. Peu à peu, un attroupement se fait, des policiers bouclent un périmètre de sécurité. Un tic-tac inquiétant se fait entendre à l'intérieur du van. L'inspecteur Amadeus Warnebring est dépêché sur les lieux.

 

 

A son arrivée, le policier se fait remarquer en se dirigeant sans crainte vers le dodge apparemment piégé. Mais, ce n'était qu'une fausse alerte. Le bruit suspect provenait d'un métronome laissé sur place. Warnebring a tout de suite reconnu le bruit caractéristique du métronome, et pour cause : issu d'une famille de musiciens prestigieux (père chef d'orchestre, mère pianiste virtuose), Amadeus a baigné durant toute son enfance dans le milieu très fermé des musiciens, avec qui plus est un frère cadet surdoué devenu à son tour chef d'orchestre. Au sein de toute cette famille de prodiges, Amadeus est le seul à n'avoir développé aucun talent pour la musique. En fait, il en est même venu à la détester. La musique l'horripile. Et bien qu'étant arrivé au grade d'inspecteur de police, Amadeus est toujours considéré par les siens, au mieux comme le "vilain petit canard", au pire comme "l'idiot de la famille".
Hélas pour lui, Warnebring ne sait pas encore qu'il va devoir mener une enquête difficile, où il va être confronté à des musiciens terroristes qui vont semer une sacrée pagaille dans la cité, si ce n'est le chaos.
Car, pendant ce temps, Magnus a fait lire à Sanna sa dernière oeuvre, intitulée "Music for One City and Six Drummers", un concerto en quatre mouvements pour six interprètes. Alors, pour être en mesure de jouer cette oeuvre conceptuelle à base de terrorisme musical, et offrir à leur ville le concert qu'elle mérite, il va falloir recruter quatre percussionnistes aussi fêlés que Sanna et Magnus. Et ils vont les trouver...

 

 

2001, ce n'est pas uniquement "L'odyssée de l'espace", c'est aussi le début d'une odyssée musicale pour les réalisateurs et scénaristes Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson. Ils se lancent, cette année là, dans l'aventure d'un court-métrage avec une bande de percussionnistes délirants, baptisés les Six Drummers, capables de transformer le moindre objet en instrument de musique, et d'en faire sortir des sons aussi inattendus que mélodieux. Un sextet qui a un sens du rythme et de l'improvisation incroyables, un naturel désarmant et, cerise sur le gâteau, un talent inné pour la comédie. On découvre alors que la Suède, ce n'est pas seulement les fjords, le pays où l'on peut se rouler tout nu dans la neige après une séance de sauna, la patrie de Christina Lindberg et Marie Forsa, et une décennie de tubes de la part du groupe ABBA. La Suède, c'est aussi, et désormais, un groupe de cinq hommes et une femme, au faciès parfois inquiétant (l'un a une tronche de psychopathe, un autre ressemble à Peter Garrett, l'ancien chanteur de Midnight Oil), mais indubitablement surdoués dans leur domaine de prédilection.

Restait à savoir si un show concentré sur une dizaine de minutes pouvait être renouvelé sur un long métrage, sans risque d'essoufflement. Un pari osé, risqué, mais Simonsson et Nilsson tentent le coup et, en 2008, débute le tournage de Sound of Noise à Malmö, avec l'aide de capitaux suédois et... français ! Le film est projeté au festival de Cannes en 2010, où il se fait remarquer. Il sort ensuite en Suède le 25 décembre de la même année, et quatre jours plus tard en France.
Le titre du film est inspiré (ou est un hommage déguisé) du manifeste "The Art of Noise" ("L'arte dei rumori") écrit par le compositeur, peintre et futuriste Luigi Russolo en 1913. Cet artiste atypique fut considéré comme le père de la musique bruitiste, dont l'essence était de prendre à contrepied les fondements de la musique, notamment classique. Son manifeste, "L'art des bruits", prône l'introduction de sons et de bruits au sein de la musique. Selon lui, l'avenir de la musique passera par l'invention de machines, dont les sons inspireront des musiques nouvelles. Une doctrine qui correspond à celle de futurisme, puisque cette école, créée au début du XXème siècle, condamnait la tradition esthétique au profit d'une civilisation moderniste. En quelque sorte, il apparaît effectivement que les Six Drummers sont les dignes héritiers du futurisme. Ce sont en tout cas des rebelles, dans le film, un peu terroristes, mais surtout anarchistes. Du terrorisme, ils ne gardent en fait que l'emploi de la violence pour imposer leur concerto, et encore s'agit-il d'une violence très mesurée, se limitant à malmener une vedette de la télévision imbue de sa personne, détruire quelques billets de banque, saboter un concert d'opéra et priver la ville d'électricité. De l'anarchie, ils présentent toutes les "qualités" requises, par contre, à savoir une volonté de créer un désordre social, et imposer une idéologie consistant à refuser une autorité unique et figée (et symbolisée ici par la musique). Il est d'ailleurs amusant de constater que les diktats, dans ce domaine (la musique classique représente l'ascension sociale), portent non seulement préjudice à nos percussionnistes, mais aussi à l'inspecteur de police chargé de mettre fin à leurs activités. Les premiers sont victimes car écartés de la société de par leurs idées, et Warnebring est victime du talent musical de sa famille dont il n'a pas hérité.

 

 

Ainsi, sous ses allures de polars, Sound of Noise est une sorte de chronique sociale, mais aussi (et surtout) une comédie déjantée. Bien sûr, l'oeuvre n'évite pas certains écueils, notamment un rythme inégal. Il est évident que le spectateur attend avant tout les performances des percussionnistes, soit les quatre mouvements du concerto écrit par Magnus. Chacun de ces mouvements est d'ailleurs annoncé en grosses lettres à l'écran (mention spéciale, à ce propos, au premier mouvement, intitulé "Doctor Doctor, Gimme Gas in my Ass"). En dehors de ces quatre moments, on notera également la première scène avec Sanna et Magnus dans le dodge, le recrutement des quatre autres Drummers, et le duel à la batterie que ce livrent ces derniers. L'enquête policière n'est qu'un prétexte, en fait, et n'offre pas un grand intérêt, mais peu importe. Il est surtout dommage que la qualité des quatre mouvements du concerto évolue dans le mauvais sens, car il se trouve que le plus réussi est sans aucun doute le premier (l'hôpital), suivi du deuxième (la banque). Le troisième (l'opéra) est déjà moins bon, et le quatrième (les câbles électriques) presque anecdotique. Ce constat explique la baisse de régime de Sound of Noise dans la dernière partie, à laquelle était venue se greffer, entre temps, l'inévitable mais somme toute banale histoire d'amour entre Sanna et Amadeus Warnebring.

Cela dit, Sound of Noise reste un spectacle divertissant, et suffisamment original pour emporter l'adhésion du public. La musique est à la fois surprenante et excellente, composée par Magnus Börjeson, avec la collaboration de Fred Avril, l'un des spécialistes de la scène électro française. Le passage du court au long métrage n'est pas une tâche aisée, mais dans l'ensemble, on peut dire que le duo Simonsson/Nilsson s'en est bien acquitté.

 

 

Flint

 

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# La fiche dvd Wild Side du film Sound of Noise

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