Caïds, Les
Genre: Polar , Drame , Action
Année: 1972
Pays d'origine: France
Réalisateur: Robert Enrico
Casting:
Serge Reggiani, Patrick Bouchitey, Juliet Berto, Jean Bouise, Michel Constantin...
Aka: The Big Shots (titre anglophone international)
 

Jock assassine sa femme et son amant un soir où il les retrouve dans un bistro. Thia, qui se trouve sur les lieux, amène Jock chez son collègue Nino Murelli, un ami cascadeur. Nino envoie à son tour Jock chez Angèle, sa belle-sœur, où vit Célia, sa fille. Cette dernière tombe amoureuse de Jock et l’histoire se complique.

 

 

Les Caids raconte le cambriolage que Nino a raté. Sa fille empêche Jock de le suivre, donc Nino y va seul et se fait tuer. Jock, qui voulait lui venir en aide, se fait arrêter. Célia et Thia aident Jock à s’échapper, mais Bazin les dénonce. Ils prennent la fuite ensemble...

Finalement on oublie assez vite la première scène, celle où Bouchitey flingue à bout portant son amie et l'homme avec qui elle le trompe.
De là, on passe très vite à une histoire de casse avec, en point de mire, les excellents Serge Reggiani et Jean Bouise en cascadeurs : un statut qui fait d'ailleurs office de rappel des "Aventuriers", la présence de Reggiani entérinant cela.
Outre l'espèce de Jazz classieux qui n'a en aucun cas sa place dans le bistro populaire du début, celui où se déroule la fusillade, Les Caïds se pare d'une formidable musique de François de Roubaix via trois thèmes très entêtants, vraiment très chouettes. A eux seuls ils parviennent, durant certaines scènes tout du moins, à insuffler une vraie dimension à l'illustration un peu plate d'un pur roman de série...

 

 

C'est donc adapté d'un petit polar de série signé M.G. Braun (la série"Sam et Sally"), "L'enfer est au sous-sol" et, à une période vide, où quasiment seul Melville s'adonnait régulièrement au genre en le stylisant et en le japonisant, on peut affirmer sans trop de craintes que la livraison ici fournie pas Enrico est assez peu surprenante.
L'addition de talents confirmés ou non accouche ici d'un film trop souvent terne. On est loin du classicisme ascétique et étiré, en temps réel, du "Deuxième souffle", avec le même Constantin.
Du coup, une fois le casse effectué, une fois qu'on s'est attaché à Jean Bouise, à son amitié avec Reggiani, une fois que, à mi-parcours, les jeux sont faits, il ne se passe plus grand chose et Les Caïds tombe dans la cavale romantique de deux jeunes fuyards (Bouchitey et Berto), pendant français trop dramatique, pour ne pas dire lacrymal, de Bonnie and Clyde, ce avec un Reggiani qui les attend sur un bateau.
Il faut dire que le personnage campé par le jeune et fragile Bouchitey est particulièrement peu crédible. Il paraît si immature et si peu maître de lui-même qu'on a du mal à comprendre qu'on s'attache à celui-ci au point de le mettre sur un coup (encore qu'il ait aussi une forte tendance à s'incruster !). A ce niveau les invraisemblances sont légions, à moins que ce personnage canalise à lui seul tout ce que le film recèle de grotesque (il faut voir un conducteur de voiture, attendant ses acolytes sortir d'une banque, ce en plein casse, s'enfuir quand l'alarme se déclenche, puis faire revenir cette même voiture sur le lieu du crime, tout juste après qu'il ait mal tourné...)
Il y a cependant des moments sympathiques dans Les Caïds... Ceux par exemple où Constantin et Reggiani parcourent les égouts, ne lésinant pas sur les grenades jusqu'à ne plus en avoir pour en sortir, perdus dans un labyrinthe sans issue ou presque, ce pendant que Bouise, blessé, joue de la mitraillette.

 

 

L'intérêt des Caïds réside finalement (et surtout) dans le croisement des vieilles figures du genre, des vieux codes, avec de jeunes acteurs alors en devenir ; une nouvelle génération prête à prendre le relais, même armée.
Sans vouloir surinterpréter, il y a peut-être même une volonté de la part du réalisateur de signifier la mort du polar classique, laissant imaginer qu'il sera bientôt remplacé par un autre plus moderne (cela sera soit contredit, puisque hormis Corneau quelques années après, la relève ne sera pas vraiment assurée).
Une chose qui étonne tout en étant bienvenue aussi, c'est de voir qu'à aucun moment ne se pose pour les protagonistes la question de la violence, le fait de donner la mort ou non, le choix entre des braquages plus élaborés mais moins meurtriers et ceux planifiés dans les détails et partisans de la non-violence ; ça en fait aussi l'une de ses qualités, puis cela confère un côté immergeant et intrigant, au film et à ses personnages. Ceux-ci sont à la fois trop peu fouillés mais suffisamment parlants dans les actes pour qu'on les comprenne. Etonnant aussi ce code d'honneur entre eux, un peu bidon et probablement à voir comme un effet de style de l'époque. Après tout, chez les yakuzas, c'était un peu la même merde. Sauf que tout cela paraît trop fictionnel et du coup peu réaliste pour une pelloche qui logiquement devrait sentir la vie, l'amour et la mort, mais qui surtout sent la fin d'un genre.

 


Le casse est assez réussi tandis que les flash-back sur les exploits de nos deux cascadeurs saluant la foule frisent le ridicule (le spectacle-hommage à Rémy Julienne plombe d'un seul coup le film) et que finalement tout ce qui a trait à Bouchitey ne tient pas debout. Seule Juliet Berto, mitraillette à la main à l'arrière d'une voiture poursuivie, défonçant un pare-brise pour tuer des flics à ses trousses, rehausse un peu une imagerie sauvage, nihiliste et crépusculaire, laquelle manque singulièrement au film. Rien de déshonorant là-dedans mais rien de transcendant non plus.

Pour finir, je m'aventurerai à dire ici que je ne considère pas Enrico comme un cinéaste très intéressant. Par contre, ses films célèbrent souvent l'amitié et leurs fins la contrarient très souvent. Les Caïds n'est ni du niveau des "Grandes Gueules", ni de celui des "Aventuriers", à mon sens ses meilleurs travaux. On peut rajouter "Le vieux fusil" dans une filmographie par trop informe, car son côté vigilante cru était alors inédit en France (ou presque, en tout cas au sein du cinéma populaire, voire grand public) mais j'ai toujours été légèrement gêné par le côté revanchard, ainsi que par un sentiment d'être pris en otage par des ressorts faciles et un peu racoleurs. Mais bon, ceci est une autre histoire...

 


Pour celui-ci, du coup, je tenais à lui faire une petite place à la fois comme film charnière, comme impasse créative d'un genre à l'agonie et enfin, parce que, même si Robert Enrico est très connu, ce film-ci demeure à ce jour encore confidentiel, peu cité, tandis qu'avec ses acteurs de second plan il revêt un petit côté Bis qui ne lui va pas trop mal...


Mallox

 

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