Insoumis, L'
Genre: Thriller , Drame , Film noir
Année: 1964
Pays d'origine: France / Italie
Réalisateur: Alain Cavalier
Casting:
Alain Delon, Lea Massari, Georges Géret, Maurice Garrel, Robert Castel...
 

Engagé durant la guerre d'Algérie et passé dans l'OAS, Thomas doit garder une avocate chargée de défendre des Algériens. Elle s'échappe en soudoyant le jeune homme, et l'aide à s'échapper de son univers.

 

 

À revoir et redécouvrir ce film magnifique, coproduit par Alain Delon, on se remémore que l'acteur-réalisateur fut autrefois plus subtil que depuis des années et qu'il fut capable autrefois de finesse et d’ambiguïté.
Il est difficile aujourd'hui de revoir certains films d'Alain Cavalier. Celui-ci est passé sur Arte en mars de cette année 2017, si je ne m'abuse, mais il est tout de même devenu plus confidentiel qu'à l'époque où il passait sur FR3 en première partie de soirée (soit en 1980 puis en 1984, hier en somme...). Chose inconcevable dans le lamentable PAF d'aujourd'hui.

Outre qu'il traite de la guerre d'Algérie, de l'OAS, à un moment où le sujet était chaud-brûlant (quid d'ailleurs de ce débat invraisemblable qu'on nous a servi sur le terme "Guerre" en 1999 si je ne me trompe, avec des mecs se branlant en pleine assemblée pour un terme autant justifié que populaire depuis belle lurette ?), L'Insoumis, c'est surtout un très beau portrait d'une solitude. Celle d'un type qui a perdu ses repères, les cherche, peine à les retrouver dans un contexte où tout joue en sa défaveur. C'est un traître pour l'OAS et de fait, en danger de mort. C'est un déserteur et de fait, un traître pour la France, du coup recherché. Il n'a plus d'identité et sa prise de conscience tardive de n'avoir pas su aimer sa mère, sa femme et sa fille, qu'il n'a pas vus depuis six ans (sa fille en a sept à ce moment là), fait boomerang.

 

 

Comme nombre de films illustrant le trauma post-vietnamien, L'Insoumis est un peu précurseur d’oeuvres telles que "Taxi Driver" et plus encore du très beau "Cutter's Way" d'Ivan Passer. Se réadapter à la vie civile est une impasse. Les fantômes du temps passé à penser se battre pour son pays, dans un contexte de violences, de morts et de tortures, a fini petit à petit par régler la vie de sensibilités humaines plongées trop longtemps dans un marasme qui est devenu raison de vivre et de mourir.
Le film commence en 1959, en grande Kabylie et en pleine fusillade. On nous montre ces hommes, devant faire corps et qui assistent parfois impuissants à la mort d'un de leurs camarades auquel il ont eu le temps de s'attacher. On les retrouve ensuite en 1961, à Alger, à la veille de l'indépendance du pays. Une date qui correspond à l'insurrection de plusieurs généraux : une partie des cadres de l'armée, qui a mené alors sept années de durs combats sous la direction de gouvernements successifs se sent trahie par le général de Gaulle, puisque des négociations censées être tenues secrètes sont alors ouvertes entre le gouvernement français de Michel Debré et le gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) lié au FLN. Ce pendant socio-historique est remarquablement rendu par l'impeccable prestation de Georges Géret. Il est devenu incohérent, pour les hommes comme lui, de passer d'un sacrifice au nom de la France à son contraire. Ainsi, pour garder la cohérence qui a rythmé sa vie ces dernières années, il est obligé de se radicaliser.

 

 

Robert Castel, en homme de main de George Géret, leur ancien lieutenant, représente le sentiment d'abandon par la France des pieds-noirs, lesquels n'ont pas tardé à fuir l'Algérie. Quant à Alain Delon, il est contraint de le tuer pour se défendre et malgré qu'il le respecte. Tout comme il trahit son ex-lieutenant qu'il respecte également mais dont il s'est écarté, par compassion envers l'avocate qu'ils retiennent prisonnière dans une cellule. Thomas Vlassenroot, interprété avec une sobriété exemplaire par Delon, est un être instinctif, individualiste et qui, de par son passé qui se perd dans sa mémoire, est voué au romantisme. Il en découle une relation froide au début, puis amoureuse ensuite avec Lea Massari. L'avocate découvre l'homme tapi sous le manteau du radicalisme et fait preuve d'une empathie de plus en plus grande envers lui. Outre leurs sentiments réciproques, qu'ils dévoilent par à-coups l'un à l'autre, ils sont chacun à leur manière devenus solitaires, tant et si bien que libérée et apte à retrouver son mari, l'avocate l'aide elle aussi de manière instinctive à retrouver sa femme et son enfant. Ce n'est en aucun cas par sentiment d'être redevable.

 

 

L'insoumission du personnage principal n'est pas un refus d'obtempérer, ni ne signifie la négation de l'autre. Un trait qui est dès le prologue illustré par son aide portée à un camarade blessé. Il s'agit d'un réflexe, en rien d'un acte réfléchi.

Dans la série des films réalisés par Alain Cavalier et devenus rares, on aimerait bien revoir le très bon "Mise à sac" dans une chouette copie, superbe hommage à "Asphalt Jungle" de Huston, doté d'une chouette zik expérimentale du méconnu Jean Prodromidès. À propos du film de Huston, L'Insoumis lui rend déjà hommage le temps d'une scène : Alain Delon, qui a reçu une balle au ventre, pénètre dans une prairie et se dirige vers des chevaux avant de passer la frontière franco-luxembourgeoise. Une scène qui fait écho au final de "Quand la ville dort" où Sterling Hayden, mortellement blessé, faisait la même chose, accomplissant son rêve de tenir une ferme et d'y élever des chevaux. Parmi ses qualités encore, il convient de souligner la beauté de la photographie signée Claude Renoir et celle de la splendide partition de Georges Delerue pour une œuvre à mi-chemin entre l'ascétisme d'un Robert Bresson et le romantisme d'un John Huston.

 

 

À son propos enfin, on rappellera que L'Insoumis fut interdit en février 1965, à la suite d'une plainte déposée par l'avocate Mireille Glaymann, qui avait été enlevée par l'OAS à Alger en 1962 tout comme l'héroïne du film, il fut amputé de vingt-cinq minutes sur demande du tribunal avant de ressortir dans quelques salles à la fin de l'année 1967.


Mallox

 

 

En rapport avec le film :

# Les captures de la chronique proviennent de la copie diffusée sur TCM France. Voici d'autres captures issues de la diffusion sur Arte avec une copie restaurée et au format :

 

 

 

# À l'occasion de sa diffusion sur Arte en mars dernier Alain Cavalier a donné une interview à Arte à écouter ICI

Pour ce qui est des scènes coupées, voir la partie 5 : "Un film victime de la censure". En résumé : les scènes censurées à l'époque ont été réintégrées mais le film a quand même été amputé d'autres scènes par les ayants-droits américains ! (MGM ?)

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