Ile des Morts, L'
Titre original: Isle of the Dead
Genre: Fantastique
Année: 1945
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Mark Robson
Casting:
Boris Karloff, Ellen Drew, Marc Cramer, Katherine Emery...
 

Première des deux collaborations successives entre le réalisateur Mark Robson et l'acteur Boris Karloff (la seconde étant "Bedlam", l'année suivante), cette "Ile des Morts" se déroule en Grèce, en 1912, pendant une guerre. Le général Pherides (Karloff) surnomé "le chien de garde" en raison de sa sévérité se rend en compagnie d'un reporter de guerre américain sur l'île où est enterrée sa femme. Les deux hommes trouveront le cercueil vide. Ils iront alors demander des comptes aux quelques habitants d'une mansarde environnante. Ils resteront bloqués là bas en raison d'une soudaine épidémie de peste qui frappa l'un des convives dès l'arrivée du général et de son ami. Mais si certains raisonnent de façon scientifique, d'autres croient en la présence d'une vourvalaka...

 

 

Alors déjà, qu'est ce qu'une vourvalaka ? Bonne question, à laquelle voici une réponse approximative : la vourvalaka est issue d'une légende grecque, et s'apparente beaucoup aux vampires (au même titre d'ailleurs que le vourdalak slave, donc sachez que si un jour vous entendez parler d'une créature maléfique européenne au nom commençant par "vour" et contenant un "k", il y a de fortes chances pour que ça soit un cousin de nos traditionnels vampires). Ceci dit, à la différence du vampire ou même du vourdalak, la vourvalaka ne peut être qu'une femme. Et elle n'est pas morte, elle vit toute la journée : elle est juste une créature damnée, qui une fois la nuit venue se repaît du sang de ses victimes, celles-ci devenant parfois également une vourvalaka. Et, puisque dans le film l'une des protagonistes reste perpétuellement en bonne santé tandis que sa maîtresse dépérit et pâlit à vue d'oeil, il y a donc de quoi apporter de l'eau au moulin à la vieille femme superstitieuse qui vit sous le même toit, et qui accuse sa jeune comparse d'être une vourvalaka. Mais celle-ci dément farouchement, et semble au contraire être profondément affectée par ce qui se passe. Enfin, cerise sur le gâteau, la maladive maîtresse de notre possible vourvalaka est sujette aux catalepsies et peut donc très bien sembler morte sans qu'elle le soit réellement... D'où sa peur d'être enterrée vive.

 

 

Bref nous avons affaire à une oeuvre dense, au scénario plutôt riche et propice aux faux-semblants et interrogations en tout genres. Ce n'est donc pas pour la voie du spectaculaire qu'opte le réalisateur Mark Robson, mais pour un jeu psychologique centralisé essentiellement sur le personnage du général interprété par un impeccable (du moins si l'on omet ses frisouilles plutôt chocantes, au départ) Boris Karloff. Un général dictatorial, qui tentera d'imposer sa vision aux autres. Il reste sûr de lui, et ce même quand il doit être forcé de changer d'opinion. Ou tout du moins son caractère reste le même : essentiellement impitoyable, en meneur d'hommes qui ne souffre aucune contestation. C'est cette intransigeance qui constituera d'ailleurs l'essentiel du film, car mise en paradoxe avec l'incertitude qui entoure toute cette affaire : peste naturelle ou méfaits de la vourvalaka ? Cette question persiste tout au long du film, et c'est ce qui rend paradoxalement le personnage de Karloff le plus faible de tous. Car le général a beau tenter de dicter la ligne à suivre, ses convictions intimes seront petit à petit ébranlées, et il sombrera petit à petit dans la folie. Les autres personnages, eux, se contenteront d'aborder le problème de façon réaliste, tout en évitant de s'emporter pour un quelconque moyen de combat. Et bien sûr, le problème que constitue le général sera également pour eux une autre épreuve.

 

 

"L'Ile des Morts" est un film plutôt bien construit, riche en thèmes, abordant le sujet de l'intolérance, aussi bien à un niveau très moderne et scientifique qu'à un niveau plus daté, riche en superstitions et croyances diverses. La morale de tout ça prône la modération et la réflexion, jusqu'à la fin du film, qui viendra apporter une réponse définitive, légitime délivrance pour les personnages qui ont su se montrer plein de sagesse. Tout ceci se déroule dans une île vaguement gothique tout droit héritée des productions Universal antérieures. Autant dire que Robson livre un beau film, dont le point d'orgue est une superbe scène de trouille dans une crypte, évoquant un peu Edgar Poe. Du tout bon, même si on peut regretter un léger piétinement de l'intrigue vers le milieu de ce court film (1h15).

 

Note : 7/10

 

Walter Paisley
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