Mort d'un Prof
Titre original: Unman, Wittering and Zigo
Genre: Thriller
Année: 1970
Pays d'origine: Angleterre
Réalisateur: John MacKenzie
Casting:
David Hemmings, Carolyn Seymour, Douglas Wilmer, Tony Haygarth...
 

Dans un Collège britannique, un professeur vient de mourir ; un remplaçant (David Hemmings) est de suite convoqué afin de suppléer à ce manque soudain, et afin de poursuivre l'enseignement à la classe dans laquelle exerçait le défunt.
Très vite le nouveau, rempli pourtant des meilleures intentions doublé d'une autorité à priori correcte, se voit contredit systématiquement par tous les jeunes gens de sa classe ; il lui devient de plus en plus impossible de s'y faire respecter jusqu'au moment où le Prof commence à vouloir sévir. Les élèves prétendent alors qu'ils sont responsables de l'assassinat de son prédécesseur, l'ayant poussé de la falaise en bas de laquelle on l'a retrouvé mort ; plutôt sceptique, le remplaçant va assez rapidement être en proie au doute avant d'être convaincu de la véracité de ces faits.
Débute alors un jeu pervers de chat et de souris entre le prof et sa classe, tandis que l'enseignant, dans une école où les règles progressistes l'empêchent de frapper les élèves (déjà étrange pour un collège anglais), va commencer à flipper de connaître le même sort que son prédécesseur.

 


Rappelons tout de même le titre original, Unman, Wittering and Zigo, car on pourrait presque y lire Vigo, et ce n'est certainement pas fortuit, notamment dans un cadre des films consacrés aux rebellions estudiantines, ce dernier peut être vu comme l'ancêtre ; à la vision de ce Mort d'un Prof, on pense fortement à "Graine de violence" de Richard Brooks, notamment lorsque la femme du prof est assaillie par les élèves ; ailleurs, la référence absolue semble être le grand "If" de Lindsay Anderson, tourné un ou deux ans avant, et le film de MacKenzie, c'est peu dire, s'inscrit dans la même veine, avec sa religion et ses sports stricts comme vecteurs d'aliénation.
Ce qui étonne d'autant plus, c'est que malgré toutes ces références évidentes, Unman, Wittering and Zigo se rapproche davantage d'un "Village des damnés" dans son traitement et son ambiance à la lisière du fantastique, plus que de chacun des titres cités auparavant.

Avec de telles références, le petit miracle de ce film rare, est qu'il demeure totalement original ; extrêmement mystérieux, effrayant sans avoir recours à aucun effet spécial, il soutient l'intérêt jusqu'aux dernières images ; David Hemmings y est excellent et livre même l'une de ses meilleures composition en Professeur vite dépassé par l'emprise croissante de ses élèves pour le moins singuliers ; il distille avec une intelligence rare, les petits signes de son évolution vers une peur qui le saisit de plus en plus pour finalement le dépasser.

 


Ce qui est fascinant du côté des enfants, c'est qu'ils sont d'une politesse sans faille ; froids, polis, intelligents et manipulateurs au point de parvenir à soumettre le remplaçant à leurs volontés ("si tu nous punis, nous serions dans l’obligation de te châtier") ; rien à voir avec des "racailles" ou autres "sauvageons", et ce sont même de brillants élèves, prêts à apporter les preuves de leur meurtre, tout en lui expliquant de la manière la plus respectueuse qui soit, pourquoi sa seule alternative est de se taire (ce qui va doublement l'isoler, et va se voir, incompris alors, délaissé et par le directeur et par sa femme) et pour quelles raisons c'est lui qui est à leur disposition et non le contraire.
Le film ne cesse d'inquiéter : on ne peut que se mettre à la place de la victime tant l'absolue froideur calculatrice de ces jeunes gens semble venir d'ailleurs... d'où finalement sa parité avec le film de Wolf Rilla. Pourtant ici, les enfants pleurent lorsqu'ils sont tristes ; je pense là, à la scène où ils perdent le garçon "tête de turc" de la classe, auquel ils en ont fait voir des pourtant vertes et pas mures, ils se mettent à pleurer sans exception avec une sincérité certaine ; ce qui trouble davantage encore et les font au final ressembler à des icônes de l'indépendance plus qu'à des êtres humains accomplis.

 

 

On a droit aussi a des notes d'humour décalées, avec David Hemmings qui se retrouve à devoir aller jouer les sous de ses élèves aux courses, puisque ceux-ci n'ont pas l'âge, et puisqu'ils lui demandent si gentiment...
Bref, autant dire que John MacKenzie est très inspiré ici ; ayant pas mal oeuvré au sein de la télévision, et livré pas mal de trucs honnêtes ici et là, il s'agit ici de son film le plus fin, le plus inspiré et aboutit ; sa mise en scène, en retrait juste comme il faut, est sûre d'elle-même et se révèle des plus efficace tandis que le récit déroule un suspens assez renversant, et l'on est pas très loin d'un Hitchcock ; le personnage principal est un parfait héros Hitchcockien du reste avec sa vulnérabilité croissante jusqu'à un dénouement final étonnant.


Mort d'un Prof est un film à la fois frais et refroidissant, très bien servi par ses acteurs adultes et juvéniles (les gosses sont stupéfiants !), et quitte à me répéter, Hemmings capture au plus juste la bonne note de confusion et d'impuissance, tandis que Seymour (sa femme) transforme un rôle potentiellement ingrat en portrait saisissant de femme indépendante, déterminée et naturaliste, et la manière brillante dont elle tire son épingle d'une scène pas facile, dans laquelle elle est assaillie à demie violée par les jeunes garçons florissants, est remarquable.
Un très bon film, que je recommande vivement pour qui ne l'aurait pas vu, et ce bien qu'il semble être malheureusement très difficile à trouver en dvd et en vhs ; une erreur que les éditeurs se devraient bien de réparer.

 

 

Mallox

 

A propos du film :


# "Unman, Wittering and Zigo" est l'adaptation d'une pièce de théâtre de Gilles Cooper.
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