Planète des tempêtes, La
Titre original: Planeta Bur
Genre: Science fiction
Année: 1962
Pays d'origine: U.R.S.S.
Réalisateur: Pavel Klushantsev
Casting:
Vladimir Yemelyanov, Georgi Zhzhyonov, Gennadi Vernov, Yuri Sarantsev...
 

L'idée que les films réalisés en Union Soviétique sont tous des amas de propagande est un peu réductrice. Certes, bien des films soviétiques, jusqu'à environ la période de la Perestroika, font preuve d'un certain penchant pour l'enjolivement de la réalité soviétique ou pour une philosophie un peu plus matérialiste que la moyenne (quand ils ne découlent pas directement du réalisme socialiste cher à Staline), mais dans le même temps, le cinéma soviétique était également un cinéma artistique, non dicté par des critères commerciaux, dans lesquels de véritables cinéastes pouvaient travailler la forme de leurs oeuvres, autant que le fond (dans les limites de la tolérance du gouvernement, bien entendu, puisque tous les films étaient produits par des fonds d'Etat). A ce titre, on peut comparer le cinéma de l'Union Soviétique a celui des ex républiques soviétiques, dorénavant dicté par des critères commerciaux à l'occidentale nous amenant tout droit à l'immonde "Night Watch" de Timur Bekmambetov. Une bien piètre utilisation de la "liberté" gagnée.
Mais revenons à La Planète des tempêtes, réalisée en 1962 par l'un des pontes de la science-fiction soviétique, Pavel Klushantsev. Le film narre les aventures de six personnes explorant la planète Venus, à la recherche d'une éventuelle civilisation. Parmi ces six se trouve un américain, qui a amené avec lui un Robot parlant nommé John (probablement inspiré par Robby, le robot de "Planète Interdite").

 

 

C'est à peu près tout ce qu'il y a en guise d'histoire. Car le film se révèle différent du cinéma de science-fiction américain de la même époque. Il n'y a pas ici d'ennemi à combattre, pas d'alien cherchant obstinément à bouffer nos explorateurs... Tout juste peut-on signaler le défi pour lex explorateurs d'être capables à la fin du film de redécoller vers l'espace. Utilisant la science-fiction à un degré purement émotionnel, Klushantsev vise avant tout l'émerveillement de la découverte d'une planète inconnue, avec les dangers ponctuels d'une nature également inconnue et donc non maîtrisée. C'est ainsi que les personnages croiseront la route d'une sorte de grand artichaut à tentacules, de divers dinosaures pacifistes (un brontosaure) ou non (un ptérodactyle, des petits T-Rex sautillant...), qu'ils seront amenés à explorer des fonds marins, qu'il subiront une averse diluvienne, qu'ils devront lutter contre la fièvre, qu'ils auront à traverser une rivière de lave...

 

 

Les effets spéciaux, assez rudimentaires (et finalement à peu près du même niveau que ceux des séries B américaines de l'époque), ne sont pourtant pas source de honte pour Klushantsev, qui ne se prive pas de filmer l'ensemble avec une certaine fierté. Le film est très beau et au facteur nostalgie que l'on peut éprouver pour la science-fiction d'un autre âge, il est permis d'y ajouter le côté totalement dépaysant d'un film mettant la poésie science-fictionnelle (imputable à cette période de découvertes spatiales) au dessus des séquences d'action traditionnelles au genre.
Moins poétique mais tout aussi dépaysantes sont les quelques légères références à la culture soviétique, puisqu'on peut remarquer l'emploi de termes généralement connotés négativement, mais qui de la part d'un film produit de l'autre côté du rideau de fer perdent leurs liens avec le cinéma de Guerre Froide pour être utilisés dans des phrases on ne peut plus banales (un peu comme le "Ici Huston" des productions américaines) : "Le Parti est avec vous", "Camarade", "Gavarit Maskva" (expression employée lors des déclarations officielles du Kremlin à Radio-Moscou). Même chose pour les célébrations sur Terre, puisque cette fois la foule en liesse (certainement un stock shot) brandit les drapeaux rouges à Moscou. Tous ces ingrédients, vus comme tout à fait naturels, contribuent à surprendre son public occidental, sans pour autant avoir une quelconque signification politique.
Si propagande il y a, alors celle-ci s'intègre parfaitement dans le film, puisque le réalisateur et ses scénaristes émettent des opinions qui ne dépareraient pas dans certains films occidentaux. En parcourant Venus, les explorateurs sont ainsi amenés à considérer divers principes philosophiques tournant autour de l'humanité (pas le journal, hein) et qui ne sont pas sans anticiper un peu sur le "2001" de Kubrick : la place de l'homme dans l'univers, la culture humaine (et si l'homme était lui-même venu de l'espace ?), ou même la bonté naturelle de l'homme. Evidemment, l'américain émettra des opinions plus que discutables pour ses collègues (pour lui, l'homme naît mauvais), et son robot finira par se révéler un danger, prouvant que l'homme reste au dessus de la machine. Mais jamais ce personnage ne sera considéré comme le traître du groupe, qui restera uni.

 

 

Une intrigue secondaire incluant la femme cosmonaute restée en orbite dans l'espace amènera elle la question du devoir, cette fois-ci avec un penchant soviétique bien plus marqué : faut-il porter secours à l'expédition qui connaît des soucis au sol, ou faut-il obéir aux instructions de la Terre, qui lui donne l'ordre de rester en orbite ? Le dénouement de cette interrogation laissera clairement entendre que le Parti sait ce qu'il fait et qu'il est bon de l'écouter. Ce sera la seule vraie marque de propagande soviétique, à moins que l'on ne considère que le film souhaite faire état de la supériorité soviétique dans le domaine de la conquête spatiale (en 1962, les américains n'étaient pas encore allé sur la lune, et les soviétiques restaient sur trois "victoires" : Spoutnik, Youri Gagarine et Valentina Tereshkova, première femme dans l'espace). Aucune emphase n'est cependant mise pour valider cette idée. Tous les autres principes philosophiques du film font preuve d'un certain pacifisme, et tendraient même à rapprocher les hommes, potentiellement issus d'une même culture. Ce propos est en tout cas en parfaite harmonie avec le style du film, apaisant, propice au merveilleux et même à un léger humour innocent (les élucubrations du robot, qui fait des statistiques sur n'importe quoi).
Nous sommes donc assez loin des oeuvres belliqueuses de la science-fiction de Guerre Froide. L'origine soviétique du film est palpable, mais comparé aux films américains, avec leurs représentations plutôt extrémistes des "rouges", cela reste très sobre. Un bien beau petit film.

 

 

Note : 7/10

 

Walter Paisley

 

A propos du film :


# Roger Corman (qui faillit lui-même aller réaliser un film en Union Soviétique) eut la mauvaise idée d'acheter les droits de La Planète des tempêtes pour le sortir par deux fois aux Etats-Unis, non sans avoir procédé à un redoublage, à un remontage et au tournage de nouvelles scènes par Peter Bogdanovitch (avec Faith Domergue et Basil Rathbone) venant modifier complètement l'histoire du film pour le rendre commercialement plus viable. Ces deux exploitations sont connues sous les titres de "Voyage to the Prehistoric Planet" et "Voyage to the Planet of Prehistoric Women".

 

En rapport avec le film :


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