Sabre du mal, Le
Titre original: Dai-bosatsu tôge
Genre: Chambara
Année: 1966
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Kihachi Okamoto
Casting:
Tatsuya Nakadai, Yuzo Kayama, Michiyo Aratama, Toshirô Mifune, Yôko Naito, Tadao Nakamaru, Ichirô Nakaya, Kô Nishimura, Kamatari Fujiwara, Kei Sato, Yasuzo Ogawa, Ryosuke Kagawa, Atsuko Kawaguchi, Kunie Tanaka...
 

Japon, 1860. Les samouraïs savent que leur caste va bientôt disparaître. Certains, comme Shimada, se concentrent sur l'enseignement de la "voie du sabre". D'autres intriguent entre partisans de l'Empereur et nostalgiques du Shogun. Les autres se replient sur eux-mêmes, refusant la réalité, et se réfugient dans l'ultra violence, le nihilisme absolu. C'est le cas du maître dévoyé Ryunosuke Tsukue. Sa botte secrète, la garde "Silence et regard calme" le transforme en sabreur invincible.
Tsukue assassine froidement le grand-père de la douce Omatsu. Lorsqu'il donne son accord pour un match d'exhibition dans son ancienne école d'escrime, la femme de son adversaire, connaissant sa réputation de guerrier imbattable et sanguinaire, le supplie de perdre délibérément le combat, offrant sa vertu en compensation... Ryunosuke accepte son offre mais tue le mari pendant le match... Les crimes de Tsukue vont bientôt déchaîner l'enfer autour de lui...

 

 

Dernière adaptation en date du "Passage du Grand Bouddha", la version de Kihachi Okamoto est sans conteste la plus sombre, la plus violente, la plus désespérée. Servi avec Brio par les interprétations de Tatsuya Nakadai et Toshiro Mifune, éclairé de façon absolument crépusculaire par Hiroshi Murai, Le Sabre du mal pose les jalons d'une violence désespérée qui allait éclater au grand jour dans tout le cinéma des années 70.
Ce qui est encore plus frappant, c'est que Ryunosuke Tsukue ne prend pas plaisir à tuer, il prend tout simplement plaisir à utiliser son Sabre ; cet autre lui. C'est réellement sa seule raison de vivre. Mais l'utilisation du Sabre n'entraîne que la mort autour de lui. C'est une résultante logique de ses actions. Et de plus la spirale de la violence se referme lentement sur lui, car il est obligé de combattre, donc de tuer, pour survivre aux vengeances des proches de ceux qu'il a déjà tué. Et comme le montre la scène finale, Ryunosuke est hanté par ses victimes. Il n'arrive pas à les oublier, à accepter. Et lorsqu'il veut frapper ces démons invisibles qui le hantent, il devient maladroit même le Sabre en main. Seul le combat à venir contre des êtres de chairs et de sang lui rendra sa superbe.
Le sabre du mal aka Sword of Doom est un film énigmatique d'une profonde noirceur. Le personnage principal semble possédé par un esprit malin, dépourvu de tout sentiment. Son exécution d'un vieillard dans la toute première scène du film n'a aucune justification, et rien, par la suite de viendra l'expliquer. Ryunosuke est un être sans repère, sans valeur, n'hésitant pas à tuer froidement sa compagne ; Il est un ange de la mort, solitaire, froid, violent et redoutable. Avec ce chambara, Okamoto donne une image très sombre du Japon de la fin du XIXe siècle. L'image héroïque traditionnelle du samouraï est ébranlée, dans la continuité de ce qu'avait déjà entrepris avant lui Kurosawa avec Sanjuro ou Jojimbo. Mais le plus jeune des deux metteurs en scène ajoute une dimension sombre et obscure presque fantastique, qui donne à son film une intensité particulière.

 

 

On ne peut que louer cette oeuvre, prélude d'autres chef d'oeuvres à venir, comme le Goyokin d'Hideo Gosha, tourné trois ans plus tard et où l'image du samouraï prend carrément une dimension quasi-politique.
On constate amplement comment ce Sabre du mal (avec certaines oeuvres de Kurosawa , rappelons que "pour une poignée de dollars" est un remake de "Yojimbo") a formellement influencé tout un pan du western Italien ; à cet égard, le premier affrontement du film avec sa longueur étirée, son silence, et cette roue qui grince comme seul accompagnement de la tension de l'enjeu du moment , fait carrément penser au premier plan du "Il était une fois dans l'Ouest" de Leone.
L'interprétation de Tatsuya Nakadai (que l'on retrouvera dans Goyokin justement) est, tout bonnement, insensée. L'acteur donne à son personnage une force tragique incroyable. Les transformations qui s'opèrent en lui se manifestent de manière si visuelle à l'écran que l'on a l'impression qu'il ne s'agit pas du même individu. Toshiro Mifune n'apparaît que dans quelques scènes mais il y est très convaincant. Les personnages féminins, enfin, sont d'une importance capitale, en particulier Ohama jouée par une Michivo Aratama remarquable.

 

 

En plus d'être un film riche, beau, et un formidable film d'aventures intérieures, Le sabre du mal est un formidable film d'aventures tout court (l'acteur principal a toujours avoué que c'est ce film qui avait utilisé le plus ces talents de "bretteur"), et se termine par une fin sauvage, crépusculaire. Splendide. Incontournable.

 

Mallox
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