A Name for Evil
Genre: Drame , Maisons hantées , Esprits , Possession
Année: 1973
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Bernard Girard
Casting:
Robert Culp, Samantha Eggar, Sheila Sullivan, Mike Lane, Sue Hathaway, Ted Greenhalgh...
 

John Blake (Robert Culp) gère une firme d'architecture avec ses deux frères. Voici qu'il prend conscience que cela ne l'intéresse plus, qu'il se trompe de vie, qu'il n'a décidément plus rien à voir ni avec ce travail, ni avec cette famille avec laquelle il n'a que peu d'atomes crochus. Il décide d'envoyer tout paître et d'en profiter pour commencer une nouvelle vie. Pour cela, il quitte la ville avec son épouse (Samantha Eggar) et part s'installer dans une grande résidence bordant un lac. La demeure appartenait autrefois à feu son grand-père, qu'on nommait "Le Major". Il s'avère que cette dernière, négligée des années durant, est dans un état de délabrement très avancé. Mais une nouvelle vie commence, de nouvelles perspectives avec, et John décide de la rénover complètement, affirmant ainsi son profond désir de changer de mode de vie. Malgré son obstination, après la découverte d'une pièce mystérieusement préservée des dégâts du temps, les bonnes intentions commencent à s'émousser. Pire que cela, une sorte de chaos s'installe dans son esprit jusqu'à le hanter...

 

 

Semble-t-il adapté d'une nouvelle d'Andrew Nelson Lytle écrite en 1947, "A Name for Evil" a tout de la bonne idée. Basé sur un thème original, il semblait qu'on puisse en tirer un film intéressant sinon même captivant, ce qui, il faut bien le dire, n'est pas le cas ici. C'est simple, il s'agit d'un ratage quasi-total que livre en 1973 le réalisateur Bernard Girard alors en fin de carrière. Comme de nombreux autres artisans du cinéma américain, celui-ci a beaucoup travaillé pour la télévision, notamment pour les séries "Johnny Staccato" et "The Twilight Zone" dont il tourna les pilotes, mais aussi "Rawhide" ou encore "Alfred Hitchcock Presents", entre lesquels il tourna quelques films pour le cinéma qui n'ont à priori pas marqué les mémoires. Son titre de gloire semble être "The Happiness Cage", un drame de science-fiction avec un Christopher Walken débutant et dans lequel un scientifique allemand créait des implants afin de stimuler les cellules positives du cerveau de soldats trop agressifs.

Pour ma part, inutile de préjuger de la valeur de ces films d'autant que je ne les ai pas vus; aussi, attardons nous sur celui qui nous intéresse, ce "Name for Evil", que je qualifierais donc de ratage peu passionnant.

 

 

On sera tenté de le rapprocher d'un grand classique du cinéma de la hantise, à savoir la formidable "Maison du diable" de Robert Wise, avec son héroïne entre deux âges, habituée à la servitude et à la soumission, ne trouvant jamais sa vraie place dans le monde réel, et allant se perdre dans une vaste demeure, aspirant de manière inconsciente à échapper à la réalité, comme une enfant refusant de grandir, et fantasmant dans un même temps sur un monde plus dangereux et pervers. On retrouve dans le film de Bernard Girard son pendant masculin en la personne de John Blake, être aux pulsions adolescentes, motivées par des rêves de liberté et d'indépendance, décidant de laisser tomber sa petite vie matérialiste, afin d'échapper aux devoirs et contingences propres à l'adulte, préférant jouer au rebelle de façade pour mieux se réfugier dans une illusion. Celle d'aller reconstruire la vieille maison complètement détruite de son grand-père, croyant ainsi bâtir quelque chose, alors qu'il ne s'agit que de son contraire. Qui plus est, l'homme aborde sans le savoir une crise de la quarantaine qui éclatera de plus belle, loin de ses repères habituels. Non seulement il s'apercevra que le problème est loin d'être éludé et, se retrouvant seul face à lui-même, se mettra à entendre des voix, ainsi qu'à entrevoir des visions cafouilleuses et lubriques qui seront le signe d'une insatisfaction avec son épouse, trop longtemps refoulée. Finalement, la lisière entre ses hallucinations et la réalité se fera de plus en plus mince, jusqu'à le mener à la folie destructrice. Cette grande maison aux allures de chalet ne sera que le symbole d'une vie faite de fuites et de laisser-aller, ainsi qu'un état des lieux de son propre couple dont John découvrira la complète décrépitude et désuétude.

 

 

Alors, pour faire simple, tout ceci aurait pu être captivant tant le propos est riche en sous-entendus; et il y avait là matière à faire un formidable film d'horreur mental, comme l'avait fait Wise en 1963 ou bien comme le fera plus tard Kubrick avec "Shining". Hélas, "A Name for Evil" accumule les défauts, ou plutôt même les tares. Bourré de mauvaises idées, comme cette scène d'introduction dans laquelle on ne voit pas notre homme en train de s'engueuler avec ses frères au sein du cabinet d'architecture, avec seulement quelques bribes de dialogues qui percent à travers une porte obstinément close, et qui d'entrée ne joue aucunement en faveur d'un quelconque processus d'identification. La scène ressemblant même à quelque chose qui se voudrait artistique tout en restant gauche, aucune empathie ne se crée alors, et dès l'entame l'on se contrefiche du sort de John Blake comme un peu tout ce qui le tourmentera ensuite. Il est vrai que les acteurs ne sont pas ici au mieux de leur forme, mais plutôt au pire. Si Robert Culp passe très moyennement, quasi inexpressif, Samantha Eggar, au contraire, surjoue, roulant des yeux, un coup ébahie, un coup médusée. Ce n'est que par la voix qu'entend John que le courant passe, que la connexion avec le spectateur se fait, et c'est bien peu. La mise en scène de Bernard Girard est d'une platitude extrême, et l'on croirait assister parfois à un film fait à plusieurs mains, pas vraiment raccord ni d'un point de vue scénaristique, ni d'un point de vue visuel. Jamais il ne parvient à faire d'une tension ascendante quelque chose de palpable, comme jamais il ne réussit non plus à conduire un récit à la progression cohérente autour de son personnage principal, qui pourtant fait toute l'histoire du film. Au contraire, celui-ci accumule les scènes ridicules ou rocambolesques comme cette échappée de John Blake à cheval en pleine nuit, qui s'en va galoper en pleine forêt pour se vautrer avec ledit cheval dans un bar bourré de hippies venus dont ne sait où. Le film, qui n'a jamais décollé jusque là, suscitant même l'ennui, se vautre alors dans l'orgie aussi rigolarde qu'invraisemblable. Les hippies, à poil tout comme John alors, se mettent à faire une chenille en pleine forêt, entamant une sorte de sabbat peace and love à la gloire de la liberté sexuelle, tandis que ce même John couche avec une jeune blonde aux abords d'une magnifique cascade. Autant dire que la transition avec ce que l'on suivait au préalable est rude !

 

 

Bref, pour finir d'en rajouter au discrédit du réalisateur et pour résumer, disons que celui-ci se montre incapable de faire naître une émotion, ou faire ressurgir les caractères des personnages. Il ne parvient jamais à harmoniser sa mise en scène et son propos, dirige mal ses acteurs, ou même les délaisse pour on ne sait quoi, tente de nous faire rentrer dans la tourmente pour accoucher du ridicule; bref, il rate de bout en bout cette histoire aux contours pourtant riches et porteurs pour livrer un film ennuyeux, plat, et dont les seuls excès suscitent l'hébétude.

"A Name for Evil" possède toutefois deux grandes qualités : un générique initial à base de dessins psychanalytiques dont je ne sais à qui en attribuer le mérite (Hannah Hamilburg semble-t-il, dont ça semble être l'unique contribution cinématographique), et une partition musicale de Dominic Frontiere ("Pendez-les haut et court"), compositeur que j'affectionne particulièrement, même s'il a parfois eu tendance à refourguer de simples variations sur le même thème. Bref, le bilan est pauvre. Un beau gâchis. A aussi mal branler un film, difficile de faire bander son spectateur.

 

 

Mallox
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