Meurtrière diabolique, La
Titre original: Strait-Jacket
Genre: Horreur , Thriller
Année: 1963
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: William Castle
Casting:
Joan Crawford, Diane Baker, Leif Erickson, Howard St. John, John Anthony Hayes, Rochelle Hudson, George Kennedy...
Aka: La coupeuse de têtes
 

Un soir tard, Lucy Harbin rentre chez elle. Elle surprend son mari avec sa maîtresse, et dans un accès de folie et de rage, Lucy les assassine tous les deux avec une hache. Elle ne se doute pas que sa petite fille, alors réveillée, est témoin de toute la scène par l'entremise de la porte. Vingt années passent... Lucy sort de l'asile où elle a été internée pour troubles mentaux, et retrouve sa fille ainsi que sa petite famille et ses amis... Les têtes se mettent à nouveau à tomber !

 

 

"Psychose" a traversé le paysage américain du thriller quatre années avant et, pas de doute, Sir Alfred Hitchcock a décomplexé un peu tout le monde, livrant un film imparable, d'une modernité et d'une efficacité sans appel, tourné pourtant avec son équipe de télévision. Arrive deux après le très électrique Robert Aldrich, alors dans une position délicate avec les studios, qui se met à livrer une succession de drames horrifiques théâtraux et magnifiquement empesés, avec pour le premier, l'immanquable mais discutable "Mais qu'est-il arrivé à Baby Jane ?". Bette Davis autant que Joan Crawford sont à cette époque dans une passe difficile, actrices vieillissantes, on ne leur propose plus que des films reposant sur leur physique marqué et même meurtri par une vie tourmentée, se retrouvant ainsi à jouer dans des films de terreur à des fins purement alimentaires. Cela ne veut pas dire que les spectacles les mettant en scène sont mauvais, non, simplement il s'agit d'un tournant dans leur carrière respective qui voit défiler quelques films plus ou moins bons, dépendant la plupart du temps du metteur en scène derrière la caméra. Ainsi, Bette Davis jouera l'année suivante dans le très bon "The Nanny" de Seth Holt, tandis que Joan Crawford ici présente récidivera avec William Castle pour "I Saw What You Did" ("Tuer n'est pas jouer" en France), un autre thriller horrifique dans lequel un psychopathe assassin, campé par John Ireland, s'amourachait de l'actrice tout en perpétuant meurtre sur meurtre. Quant à William Castle, puisque c'est de lui qu'il s'agit ici, il a déjà mis en scène quelques bons ou très bons films horrifiques comme "La nuit de tous les mystères", "13 filles terrorisées" ou encore "13 fantômes" et "Le désosseur de cadavres", mais aussi un fort bon thriller : "Homicidal". Bref, il est ici en terrain connu, sinon même en terrain de prédilection.

 

 

Adapté d'un livre de Robert Bloch, lui-même auteur du déjà cité "Psychose", "La meurtrière diabolique", pourrait être une proche cousine du Norman Bates de l'oeuvre 'Blocho-Hitchcockienne' et souffrira forcément de la comparaison. On retrouvera d'ailleurs une scène de chambre isolée dans un asile, très proche du dernier plan du hit susnommé. Il faut bien le dire, le film de Castle n'a pas la force brute de "Psycho", en plus de se parer hélas de nombreux défauts inhérents à certains autres films de l'auteur. Celui-ci ne livre pas un mauvais thriller pour autant et il est même aisé de reconnaître sa patte dès le prologue dans lequel il souligne le fait divers qui amènera une succession de crimes tardifs en plus d'ouvrir son film sur une scène très violente. On retrouve là cette volonté si singulière à Castle, alors que ses personnages sont déjà en action, d'interagir comme un marionnettiste, voulant diriger les manettes, comme pour se montrer lui-même ou bien encore laisser apparaître les fils aidant aux déplacements. Un peu moins que dans "La nuit de tous les mystères" ou "Le désosseur de cadavres" toutefois, et heureusement serais-je tenté de dire, car le récit à n'en pas douter, aurait pu fortement souffrir d'un tel traitement à tout va. Selon sa sensibilité, on adhérera ou non au procédé, car certains pourraient bien lui reprocher d'enlever ainsi une part d'efficacité au spectacle proposé. Il est entendu qu'on est venu pour avoir peur, inutile de nous rappeler qu'il s'agit là de cinéma...

Toutefois, on peut à contrario aisément ranger Castle dans les auteurs pour ces mêmes raisons; et ailleurs la patte du réalisateur éclate surtout dans une photographie très contrastée au sein de laquelle des éclairs grand-guignolesques surgissent de façon tapageuse et réjouissante à la fois. Pas de doute, le film serait italien qu'on le classerait dans les gialli à la fois empreints de traumas enfantins et de machinations. C'est dire ce que l'on doit, non pas à Castle, mais à Hitchcock ! Mais c'est aussi là qu'est la plus grande limite de cette "Coupeuse de têtes" qui, au-delà des comparaisons, ne tient pas non plus toutes ses promesses.

 

 

Le point le plus faible reste la conduite du récit, dont on a tôt fait avant l'heure de film d'en comprendre les tenants et les aboutissants. Ceci reste fâcheux et demandera dès lors de bien vouloir néanmoins se prêter au jeu. Heureusement que le réalisateur se monstre inspiré dans plusieurs scènes qui rehaussent l'ensemble, telle cette bagarre finale quasi gémellaire, ou bien encore quelques éclairs horrifiques de bon aloi comme ces têtes qui tombent à coups de hache, précédés le plus souvent d'un jeu sur les ombres somptueux et d'un timing impeccable dans l'attente du coup de théâtre. Du coup, il est paradoxalement difficile de dire qu'on ne passe pas un moment plaisant à la vision de "Strait-Jacket" malgré son côté déjà vu, entendu, convenu.

Heureusement aussi que Joan Crawford est une grande actrice, dont la présence ici accapare l'écran jusqu'à même le vampiriser, aux dépends d'une Diane Baker, soit, bien mignonnette, mais qui ne fait pas le poids ! On retrouvera celle-ci la même année dans une livraison hitchcockienne assez désuète et qui passe mal le temps, "Pas de printemps pour Marnie", et son trip psychanalytique démodé et caricatural (la psychanalyse n'ayant jamais été le fort de Sir Alfred). Comme souvent donc chez Castle, la distribution est très inégale, et si Joan Crawford prend le film à son compte, l'un des seuls à bien s'en sortir reste ce bon vieux George Kennedy, ici dans le rôle du fermier maison, qui semble aimer à couper des têtes de poules. Un George Kennedy plus vraiment débutant puisqu'exerçant déjà alors depuis une décennie pour la télévision et le cinéma, et qui s'en sort très honorablement. Pour finir de boucler la boucle entre le spectacle de William Castle et les deux autres metteurs en scène abondamment (abusivement ?) cités dans cette petite review, on notera que Kennedy jouera la même année dans "Chut, chut, chère Charlotte", sorte d'exploitation (réussie) par Robert Aldrich de sa propre "Baby Jane".

Pour le reste du casting, il faut bien admettre que seule une Rochelle Hudson vieillissante perce l'écran; le reste de la distribution, se voyant relégué au second plan, pourra paraître d'une fadeur toute statique. Et ce n'est pas un Lee Majors ici débutant (et qu'on aura du mal à reconnaître), qui viendra contredire cela...

 

 

Vous l'aurez compris, il s'agit d'un film à la fois plaisant, bourré de beaux passages, somme toute honorable, mais inégal à tout niveau. Le spectacle demandera une sorte d'acceptation de la part du spectateur, voire de la complaisance à bien vouloir jouer au nouveau jeu de William Castle qui aurait pu, dans une autre vie peut-être, être soit concepteur de jeux de rôle à tendance murder party, soit marionnettiste, ou bien encore accessoiriste dans un train fantôme haut de gamme. Selon l'humeur ou sa disposition, on aura droit de trouver toutefois qu'il s'agit d'une oeuvre mineure et de rester légèrement sur sa faim.

 

Mallox
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