Diables, Les
Titre original: The Devils
Genre: Drame , Historique , Nunsploitation
Année: 1971
Pays d'origine: Grande Bretagne
Réalisateur: Ken Russell
Casting:
Oliver Reed, Vanessa Redgrave, Dudley Sutton, Gemma Jones, Murray Melvin...
 

Outrageant, provoquant, subversif, cruel, dramatique, baroque, hallucinatoire, érotique pamphlétaire…les adjectifs manquent pour qualifier un de ces très rares films qui sortent réellement de l'ordinaire.

Film maudit de Ken Russell, mis en pièces lors de sa sortie par les critiques et pour tout ce que le monde compte de donneurs de leçons, de moralistes et de censeurs en tous genres (et ça fait du monde !). Classé X en Grande-Bretagne et aux USA, interdit dans les pays fortement catholiques comme l'Irlande et l'Italie, Oliver Reed et Vanessa Redgrave (les deux acteurs principaux) menacés de trois ans de prison s'ils mettaient les pieds sur le sol italien ! (c'est embêtant si on aime la pasta )

Toujours inédit en DVD dans notre beau pays (nos amis éditeurs devraient être soumis à la question pour cette hérésie !), ce métrage sent le soufre, et pourtant quel film !

Adaptation libre d'une histoire vraie et relatée par l'écrivain Aldous Huxley (oui, celui du "meilleur des mondes") dans son récit datant de 1952 "Les Diables de Loudun - Étude d'histoire et de psychologie".

 


En 1634, peu après les campagnes de Louis XIII pour mettre un terme aux "privilèges" dont bénéficient les protestants depuis les guerres de religion, l'abbé Urbain Grandier (Oliver Reed monumental !) règne sur Loudun, une ville qui a su échapper à ces guerres grâce à ses remparts et à sa tolérance.

Bel homme, multipliant les conquêtes féminines, charismatique, mais aussi critique vis-à-vis de son temps, du Roi et de la religion, il refuse de céder aux injonctions d'un envoyé de Richelieu venu pour abattre les remparts de la ville.

Au couvent des Ursulines (qui se trouve dans la ville), une certaine Mère Jeanne des Anges (Vanessa Redgrave, totalement habitée par son rôle) fantasme sur la personnalité de l'abbé (elle le voit même en Christ dans ses rêves) et finit par se déclarer possédée par Grandier.

Pain béni pour l'envoyé de Richelieu qui va instrumentaliser l'affaire. Faisant appel à un exorciste très rock n'roll (on dirait John Lennon !), habillé comme une rock star, mais tendance Vatican, totalement hystérique et qui va procéder dans des séquences hallucinatoires à des exorcismes publics, véritables bacchanales hérétiques graphiquement sublimes et d'un mauvais goût immensément jouissif.

Grandier sera finalement arrêté, soumis à la question (langue trouée, supplice des brodequins) puis brûlé vif dans un final d'une immense cruauté et d'une intensité rare au cinéma.

 


La grande force du film est de réussir à mêler une ambiance historique consistante grâce à de superbes décors (l'intérieur du couvent notamment), des costumes à la fois classiques et subtilement irréalistes (les habits des nonnes, ceux des prêtres), mais à les intégrer à la vision toute personnelle de Ken Russell, mélange de surréalisme graphique, de scènes fortes et chocs, d'une photographie à tomber à la renverse et de dialogues ciselés.

Les acteurs semblent avoir pleinement adhéré au projet "ofniesque" du réalisateur, Oliver Reed, Vanessa Redgrave, sans oublier Murray Melvin qui joue le rôle de Mignon avec son visage si particulier (vu notamment dans le sublime "Barry Lyndon" de Kubrick) et l'incroyable partition de Michael Gothard dans le rôle de l'exorciste hystérique au look hippie.

Evidemment les séquences marquantes et instantanément cultes pour tout amateur de curiosités filmiques déviantes sont légion. Entre les religieuses enfermées à l'intérieur de leur couvent et qui réprimées sexuellement se transforment en harpies avides de chairs (masturbations, symboles phalliques, folies, fantasmes, hystérie), les séances de soumission à la question fort violentes (bien que le plus souvent hors-champ, on n'est pas dans "Saw" !), le calvaire d'Oliver Reed dans les rues de la ville, puis sur le bûcher et le magnifique et macabre plan final, personne ne sera au bout de ses surprises.

 


L'un des films les plus surprenants que le cinéma ait jamais engendré, ni plus, ni moins.

On attend toujours le DVD !

 

Camif
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