Ong-Bak 2, La Naissance du Dragon
Titre original: Ong-Bak 2
Genre: Action
Année: 2008
Pays d'origine: Thailande
Réalisateur: Tony Jaa
Casting:
Tony Jaa, Sorapong Chatree, Sarunyu Wongkrachang, Nirut Sirichanya, Santisuk Promsiri, Primorata Dejudom, Patthama Panthong, Petchtai Wongkamlao, Dan Chupong, Supakorn Kitsuwon...
 

Thaïlande, XVème siècle. Prisonnier de marchands d'esclaves qui comptent se débarrasser de lui en le livrant aux crocodiles, le jeune Tien est sauvé par le mystérieux Chernang, commandant des bandits de Garuda. Sous son aile, l'enfant va bientôt apprendre à maîtriser une multitude d'arts martiaux, les techniques guerrières et le maniement de nombreuses armes blanches.
Désormais adulte, Tien passe avec brio les épreuves, faisant de lui un combattant accompli, et devient l'un des membres les plus respectés des Garuda. Mais le jeune homme est animé depuis son enfance par un sombre désir de vengeance que rien ne pourra arrêter. Sa cible : le terrible seigneur Rajasena, responsable de ses malheurs passés, et qu'il ne pourra atteindre qu'une fois ses redoutables lieutenants vaincus...



En 1999, Matrix et ses combats anabolisés aux CGI semblait marquer le point de non retour dans le film d'action, et en particulier le film de baston. En effet, quelques années plus tard, même James Bond ("Meurs un autre jour") et Jackie Chan ("Rush Hour"), pourtant garants de la bonne vieille cascade, se mettaient aussi aux CGI et aux câbles. Pendant ce temps, à l'autre bout du monde, une bande d'inconscients décide de revenir à la base même du film d'action et de baston, finis les "bullet time" et autres incongruités visuelles, revoici le bon vieux coup de tatane dans la tronche. Mélange d'arts martiaux (le Muay Boran) et d'acrobaties minutieusement chorégraphiées, "Ong Bak", par son côté artisanal et brutal, nous renvoie au bon vieux kung fu hargneux chinois, ou aux films de Sonny Chiba ("Streetfighter"). Ce retour bénéfique aux sources nous permit aussi de découvrir une nouvelle star des arts martiaux : le fameux Tony Jaa. Suite au succès du basique "Ong Bak", le réalisateur Prachya Pinkaew et son acteur remettent le couvert dans autre petite pépite brutale, "L'honneur du Dragon" (baptisé "Ong Bak 2" dans certains pays). Le duo se retrouve donc pour cet inévitable "Ong Bak 2", mais le réalisateur abandonne le projet (le film le plus cher du cinéma thaï), et c'est l'acteur qui se retrouve devant et derrière la caméra, assurant également la chorégraphie des cascades avec Panna Rittikrai. De nombreuses rumeurs ont circulé sur ce projet pharaonique, surtout lorsque Tony Jaa disparut pendant plusieurs jours du plateau. On raconte aussi que Prachya Pinkaew (qui n'était jamais loin) serait revenu aider son poulain à finir le film. Mais qu'importe, puisqu'au final l'œuvre sera la plus grosse recette au box office thaï.



Si le titre reste le même, cet opus deux n'a que peu de rapport avec l'original, dont le seul intérêt, il faut bien l'avouer, résidait dans les prouesses martiales de Tony Jaa. Fini le décor contemporain, nous voici projeté en plein XVème siècle. L'histoire, un jeune prince voulant venger ses parents assassinés, est typique de ce genre de production ; c'est le contexte et la manière de raconter qui feront ici la différence. Les combats à mains nues on laissé la place aux armes blanches aussi diverses que mortelles, le film prend alors des allures d'un wu xia pian déviant, avec des emprunts à la série de "Baby Cart". Car le héros doit affronter une série de tueurs (dont certains ressemblent beaucoup à des ninjas) dans un final où les combats se succèdent, jusqu'à l'ultime affrontement avec un mystérieux assassin, ce qui permet au script de nous réserver un twist final sur son identité. Décors magnifiques et dépaysement garanti (la jungle thaï est drôlement photogénique), figurations imposantes, costumes originaux et bigarrés, scènes de combats spectaculaires et percutantes, voilà les ingrédients de ce magnifique film d'aventures qui se regarde comme une bande dessinée naïve, colorée et sans temps morts. Évidemment, si le film n'est pas exempt de défauts (nombreux, diront certaines mauvaises langues), notamment la mégalomanie et le manichéisme du script (les méchants se repèrent à des kilomètres, comme le marchand d'esclaves), la sincérité du projet et l'implication de ses interprètes en font néanmoins une œuvre intéressante à tout point. Imbibé par ce côté sadomasochiste typique du cinéma asiatique (le héros en prend souvent pour son grade), "Ong bak 2" est la preuve qu'il existe encore des "artisans" (au sens noble du terme) du cinéma. Loin des grands studios et des écoles, ces artistes découvrent et apprennent chaque jour, réinventant les bases de la narration filmique, tout en absorbant diverses tendances locales et étrangères. En fait, la tradition cinématographique thaï date des années 20 ; entre les années 60 et 80 de nombreux films d'action furent produits, mais la crise des années 90 faillit faire disparaître complètement ce patrimoine. C'est donc à une véritable résurrection à laquelle nous assistons actuellement. En hommage à cette glorieuse époque, on peut noter la présence au générique d'un vétéran du cinéma thaï des années 80, Sorapong Chatree ("Raider of the Doomed Kingdom", "The Ultimate Ninja", "Ninja Destroyer", "Robo Vampire"...), qui tourna notamment avec l'inénarrable Geffrey Ho.



Tony Jaa nous démontre une nouvelle fois l'étendue de son art mais aussi sa limite, dans la mesure où certaines figures commencent à se répéter de film en film. Difficile d'innover avec les lois immuables et impitoyables de la gravité ; heureusement nous ne somme pas encore complètement désabusés, et l'ensemble est toujours aussi impressionnant. En trois films, Jaa est devenu LA référence des nouveaux films de bastons, et sert de locomotive à tout un pan du cinéma d'exploitation thaïlandais, qui trouve plus facilement des distributeurs étrangers. Il y a peu de temps, des œuvres comme "Chocolate" ou "Born to Fight" n'auraient sans doute jamais quitté le marché asiatique. Aujourd'hui, la mention "Ong Bak" sur une affiche (avec les incontournables "par les producteurs", "par le réalisateur...") devient une sorte d'appellation contrôlée qui permet de décrocher le sésame de l'exportation. Espérons que le mythe ne s'effondre pas de lui-même ou succombe aux propositions indécentes de l'occident, qui lui ferait perdre son identité. Mais pour le moment, profitons de ce grand moment d'aventure naïf et spectaculaire, où le héros se bat sur le dos d'un éléphant contre une horde de tueurs, et dans lequel un jeune garçon doit échapper aux mâchoires d'un crocodile affamé ; le tout réalisé sans trucages, avec un aplomb et une agressivité qui font plaisir à voir. Le cinéma d'action a retrouvé son âme, grâce une bande de casse-cous qui sont repartis de zéro, comme si Buster Keaton s'était mis aux arts martiaux (comparaison qui fut appliquée à Jackie Chan en son temps). Bref, du cinéma de pur divertissement comme il devrait (toujours) être.

 

 

The Omega Man

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