Colpo gobbo all'italiana
Genre: Comédie
Année: 1962
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
Mario Carotenuto, Marisa Merlini, Andrea Checchi, Gina Rovere, Hélène Chanel, Aroldo Tieri, Gabriele Antonini, Ombretta Colli, Mario De Simone...
Aka: Getting Away with It the Italian Way / Hunchback Italian Style
 

Orazio (Andrea Checchi) est vigile de nuit. C'est un vieil habitué du quartier qui s'acquitte chaque nuit de sa tâche avec la régularité d'un métronome. Oui mais voilà qu'une fois n'est pas coutume, il sera retardé... A peine arrivé à vélo sur son lieu de travail, il tombe en pleine scène de ménage ayant lieu devant la banque qu'il a en charge de surveiller ; le mari (Burt Nelson) commence à battre sa femme.
Orazio finit donc par intervenir et se fait rembarrer par l'homme. Faut dire qu'Orazio n'est pas très courageux. Si on lui demande de s'occuper de ses fesses, il le fera. Un type finalement on ne peut plus moyen pour ne pas dire ordinaire. Un homme ordinaire qui va très vite se retrouver dans une situation qui le sera peu. Tout d'abord, il emmènera la jeune femme (Hélène Chanel) au poste de police comme elle le demandera afin d'y faire une déposition. En chemin, notre homme simple se verra séduit puis repoussé, se voyant même octroyer quelques pensées lubriques, tant et si bien que la femme demandera même à descendre de voiture.
Le voici de retour devant la banque. Misère ! Son coffre vient d'être cambriolé !



Il y a du louche dans l'air, et ce petit couple en train de se bécoter non loin a dû, pour le moins, être témoin de la scène. Orazio les interpelle. Il s'agit d'Ennio (Gabriele Antonini), un jeune oisif vivant de quelques petits larcins, accompagné de son amie Silvana (Ombretta Colli).
Orazio ne les lâche pas et leur demande de le suivre chez "Œil de boeuf" (Mario De Simone), lequel est en général de tous les mauvais coups du quartier. C'est en plein tripot qu'ils vont débouler, interrompant une partie de poker clandestine. Manifestement nos bandits, retranchés dans la cave pour jouer, ne sont pas au courant pour la banque. Allons voir Nando Paciocchi (Mario Carotenuto), le grand ponte local, il saura quoi faire. Oui, mais Paciocchi n'aime pas être accusé pour ce qu'il n'a pas commis. Et puis il a son argent (ou blanchiment d'argent) dans cette banque ! Sans compter qu'aucun de nos brigands de bas étage n'a envie que le projecteur soit braqué sur lui et ses méfaits, quand bien même il ne serait pas coupable de celui-ci.
Nando, y'a pas à gamberger, ça l'énerve ! Il va ruer dans les brancards, jouer au policier et même enquêter sur ses collègues de la pègre. Cela ne se fera pas sans quelques baffes et l'argent sera bien retrouvé. Oui mais voilà, il va bien falloir le remettre dans le coffre de la banque. Vu leur C.V. respectif, la sagesse voudra qu'ils mettent au point un cambriolage pour restituer le butin...



Basé sur un script coécrit par Giovanni Grimaldi (Le manoir de la terreur-1963, Danse macabre), Bruno Corbucci ("I due della legione straniera", le film suivant de Fulci) et Beppo Costa ("Les motorisées"), Colpo gobbo all'italiana mange les mêmes graines que "Le pigeon" de Mario Monicelli, qui fit un tabac trois ou quatre ans auparavant. Nous retrouvons d'ailleurs Gina Rovere, Mario De Simone, lesquels étaient de la partie. Finalement, on reprend des caractères de petits truands peu intelligents, on retient la fameuse scène du perçage de coffre-fort du hit de Monicelli, et on rebrode une intrigue (rocambolesque) là-dessus.
Le scénario n'a cependant pas à rougir de la comparaison avec le travail de Agenore Incrocci et Furio Scarpelli, et l'on peut affirmer sans crainte que l'histoire réserve de nombreuses surprises autant que d'idées saugrenues propres à la comédie all'italiana.
L'idée même de bandits fomentant un plan pour rendre de l'argent volé est déjà en soit excellente. Les faire, pour cela, tout simplement exercer leur métier, est une très bonne idée elle aussi. Le ton ne sera pas sérieux et c'est celui de la farce qu'il conviendra d'employer. All'dente !
C'est mission quasi-accomplie avec Lucio Fulci derrière la caméra. C'est le quatrième film du réalisateur et l'on peut affirmer qu'il a d'ores et déjà acquis une certaine maîtrise technique.
Les plans sont calculés, cadrés, ils s'enchaînent avec fluidité. Même si à bien y regarder, Colpo gobbo all'italiana ressemble encore, notamment dans sa première partie, à une suite de saynètes basée sur le relais d'un personnage à l'autre, avec comme à chaque fois un petit quota forcé de comique à remplir. S'il ne le fait avec l'élan de la passion, il le fait en tout cas avec un professionnalisme qui s'avère payant. Fulci semble déjà un artisan tout dévoué à son travail ; il apprend Et au regard, par exemple, de Urlatori alla sbarra, tourné deux ans avant, on peut même dire qu'il apprend vite.



Il y a bien des chutes de rythme dans cette petite comédie, et le point faible du film semble être les intermèdes romantiques entre Ennio et Silvana, qui n'ont rien de nécessaire à l'intrigue. Bon, bien entendu, il convient de dire aussi que les acteurs, pourtant globalement bons, ont bien du mal à rivaliser avec le charisme d'un Gassman ou d'un Mastroianni. On serait sans doute moins tenté de faire la comparaison entre les deux films si celui de Fulci ne naviguait pas ouvertement dans les mêmes eaux, ici en mode mineur, avec un budget qui ne permet pas de s'acheter des stars (sollicitées ailleurs et pas forcément partantes non plus pour se refaire la même aventure). De fait, on n'en verrait a priori moins les défauts. Ce serait légitime car les atouts ne manquent pas, et il y a même quelques scènes qui restent dans les esprits après vision.
Comme suggéré plus haut, nos malfrats feront tout et n'importe quoi pour retrouver les coupables du larcin qui leur fut injustement attribué au début. Ils ne sont pas très intelligents, et lorsqu'il s'agit d'échafauder un plan, c'est au final l'instinct (le plus bas) qui l'emporte.
En se mettant au service de la justice, ceux-ci ont changé de classe sociale en même temps que de condition légale. Du coup, le contraste entre les rustres méthodes qu'ils emploient et la finalité de leur action se creuse de façon tellement brutale et absurde, qu'il fait facilement mouche à l'écran. Une idée facile peut-être, mais une idée efficace et bien exploitée au niveau de la mise en scène. Les situations "hénaurmes" s'enchaînent, et les bonnes scène avec :
l'un de nos gaillards hagards en train de découper tranquillement à la lame de rasoir, dans le tramway, la poche de son voisin qui pourrait être impliqué dans le coup et dont le portefeuille pourrait contenir des informations, renvoie au burlesque de source, jouant sur l'absence de dialogues, la gestuelle et l'expressivité des personnage, notamment celle de notre pickpocket qui n'a qu'une tête de pickpocket et de rien d'autre. De même, on peut ajouter la préparation du cambriolage avec le spécialiste en coffre-fort qui, fin pété, commence à écouter derrière le mur avec un verre à pied collé dessus.
Mais chut ! Je garde les moments les plus drôles pour le jour où l'on pourra enfin découvrir chez nous les premiers films de Lucio Fulci. Il serait dommage de trop en dévoiler alors que... sait-on jamais.



Pour faire vite et ne pas trop frustrer malgré tout... Il y aura quelques baffes joviales entre gros pontes et bandits patibulaires, une scène parodique (inattendue et très drôle) montrant l'angoisse des femmes et des enfants avant le cambriolage, comme pour mieux se moquer des films misérabilistes ayant cours sur les écrans italiens de l'époque, un autre passage assez anthologique avec Nando et Orazio déguisés en contrôleurs de tramway, et qui se retrouveront nez à nez avec ceux qu'ils traquaient après avoir maladroitement fait démarrer le tram vide qui les séparait.
Ça se joue à pas grand-chose chaque fois, un petit détail, une posture, un plan large, mais toujours est-il que cela finit par fonctionner. Mario Carotenuto a une bonne gueule de parrain local et livre ici une prestation convaincante. On dirait Adolfo Celi débarquant chez les pieds nickelés. Il convenait de signaler la bonne impression qu'il fait ici, vu que Carotenuto fut souvent méprisé ensuite, voire critiqué, notamment pour être resté confiné dans des sexy comédies d'un intérêt régulièrement médiocre.
Niveau charme, on ne manquera pas de signaler un casting féminin haut de gamme avec Hélène Channel, Gina Rovere et Ombretta Colli, une excellente musique à la fois lounge, légère, ironique, jazzy, ou rock de Piero Umiliani, ainsi qu'une belle photo d'Alfio Contini parfaitement exploitée par Fulci, qui en tire des scènes nocturnes assez belles, à la lisière entre le fantasmatique et le réel, captant un monde en vie qu'on ne soupçonnerait pas d'exister le jour. Pas de doute, son cœur va vers les paumés du petit matin.
Dans Colpo gobbo all'italiana, il y a aussi de nombreuses scènes filmées en extérieurs. Loin d'être négligeables, elles confèrent au film un petit cachet moderne en même temps, et encore une fois de plus pour Fulci, l'occasion de se faire le témoin d'une époque ou d'en capter tout du moins quelques bribes.

 

 

Bref, il s'agit d'un film agréable, fort plaisant, assez souvent marrant, démontrant un savoir-faire déjà sûr, mais, même si Fulci répond présent à la commande et s'en sort avec malice, son film manque d'un brin de spontanéité ou d'une folie encore plus débridée pour convaincre totalement. Il n'empêche, a contrario, que le caractère du réalisateur est en revanche déjà bel et bien présent.

 

Mallox

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