Danse macabre
Titre original: La Danza macabra
Genre: Horreur , Gothique
Année: 1964
Pays d'origine: Italie / France
Réalisateur: Antonio Margheriti
Casting:
Barbara Steele, Georges Rivière, Margarete Robsahm, Arturo Dominici, Silvano Tranquilli, Sylvia Sorrente, Giovanni Cianfriglia...
 

Alan Foster, un jeune journaliste, rencontre un soir dans une taverne l'écrivain Edgar Poe qui l'invite dans son château qu'il prétend hanté. Le journaliste, pour les besoins de son travail, décide d'y passer une nuit. Selon la légende, des personnes mortes viendraient y rejouer certains drames de leur vie, c'est en tout cas ce que lui explique bientôt le docteur Carmus. Plus tard, Alan fait la connaissance d'Elisabeth Blackwood dont il tombe immédiatement amoureux... Antonio Margheriti n'a jamais été à mon sens (et là je risque d'en faire hurler plus d'un) un grand cinéaste. Pour frapper plus fort encore, et malgré la notoriété de ce film-ci, estampillé un peu partout comme le chef-d'oeuvre de son auteur, c'est un film sympathique, bourré de qualités que j'ai retrouvé là, mais trop souvent théâtral sinon très statique dans son ensemble. On a, pour ma part, le droit de préférer ses films suivants comme "La Vierge de Nuremberg", "La Sorcière sanglante" ou surtout pour rester dans le ton son quasi-remake en couleur, les plus débridés "Fantômes de Hurlevent" où Michèle Mercier remplaçait la pourtant irremplaçable Barbara Steele aux côtés de Klaus Kinski et de Anthony Franciosa. Question de goût, d'humeur, sans doute, mais je dois bien admettre ici qu'à cette nouvelle vision de ce classique dont je ne remettrai pas en question l'incontournabilité, je m'y suis un peu ennuyé...

 

 

"Danse macabre" est loin d'être un mauvais film pour autant et s'il accuse le poids des ans, il n'en reste pas moins pourvu de nombreuses qualités. D'abord et bien évidemment la belle et énigmatique Barbara Steele qui ma foi porterait presque le film sur ses frêles épaules tant la direction d'acteur est inégale. D'autant que le film étant assez bavard, les différences ressortent un peu trop facilement. Si le Edgar Poe ici campé par Silvano Tranquilli passe étonnamment bien, j'ai eu un peu plus de mal avec le froggy Georges Rivière, omniprésent il est vrai et qui a donc dû porter des dialogues un poil pompiers parfois. En revanche, la charmante, trop rare et éphémère Sylvia Sorrente ("Ne nous fâchons pas") marque également le film de sa présence. Au crédit de Margheriti cependant, le fait d'avoir inséré un personnage d'Edgar Poe assez crédible (même si ce n'est alors pas inédit) en plus de jouer sur une narration en faux flash back, puisque les revenants hanteront ici le présent, alors que le prologue laisse envisager le contraire.
L'autre petit plus de ce film néanmoins sympathique, c'est le talent de maquilleur du sieur M. Dawson (le pseudo du réal donc) qui éclate le temps de deux ou trois scènes assez somptueuses. Le cadavre en décomposition avec rab d'asticots est plus que bienvenu dans une pellicule jusque là un brin platounette et n'est pas loin d'annoncer les excès gore à venir de Lucio Fulci. Et si l'effet spécial pourra sembler quelque peu patiné avec ses juxtapositions d'images, cette scène n'en demeure pas moins encore à l'époque assez inédite pour être signalée et on retrouve le temps de quelques plans donc, le talent de maquilleur du réalisateur ("De la Chair pour Frankenstein").
Tout comme sa manière de jouer avec des personnalités célèbres atteste de son talent scénaristique. Dommage tout de même à cet égard qu'il n'ait pas d'avantage mis en avant l'histoire passionnelle entre Alan Foster et Elisabeth Blackwood, qui intervient un peu trop tard et reste assez peu fouillée. Dommage, car il me semble qu'il y avait là matière à autre chose de plus "hypnotique" dans un postulat qui aurait alors pu emmener le film vers des cimes proches d'un "Pandora" ou d'une "aventure de Madame Muir" version gothique et de ce fait aurait été assez formidable. Las, sur 89 minutes, à trop vouloir brasser d'histoires en même temps et de jouer sur l'espace / temps, Margheriti rate quelque peu ce qu'il y avait de plus intéressant là-dedans. Les relations passionnelles sont un peu trop vite installées, tout comme elles sont un peu trop vite éludées. C'est là un regret tout à fait personnel bien évidemment.

 

 

La dernière demi-heure du film reste toutefois la plus réussie, même si entre-temps je reste quelque peu persuadé que pas mal se seront endormis. Ce personnage à la Maciste version drame de la jalousie (Phil Karson alias Giovanni Cianfriglia, "Sandokan - Le tigre de Bornéo") tout droit sorti d'un péplum et revenu pour un temps dans le monde des vivants afin d'y régler quelques vieux comptes, assure à lui seul le spectacle. C'est inattendu, anachronique, d'une belle efficacité, bref, bienvenu. Et si cette "danse macabre" pourra décevoir, il faut tout de même admettre qu'il y a de beaux moments comme ce massacre autour d'un lit...
Au final, son grand défaut reste, hormis le côté statique évoqué au début, son côté fouillis, un peu comme si Margheriti avait soit hésité, soit eu la trop grande ambition, de jouer avec trop de thématiques sans en fouiller une seule suffisamment. Du coup, on se retrouve avec un joyeux mélange de William Castle ("La nuit de tous les mystères"), de Bava ("Le Masque du démon"), de Robert Wise ("La maison du diable"), de Corman (une façon de filmer assez proche avec plusieurs caméras disposées dans un décor unique afin de donner de l'angle sinon de l'envergure), ainsi que les classiques du "cinéma de minuit" cités ci-avant.
Cependant, il reste dans l'ensemble une ambiance poético-funèbre assez réussie, et la partition de Riz Ortolani (compositeur talentueux et très hétéroclite) est excellente. Il semble évident également que cette "danse macabre" a dû en inspirer plus d'un par la suite. Tim Burton doit en savoir quelque chose avec ses "Noces Funèbres"...

 

 

Note : 6/10

 

Mallox
 
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