Chiens Enragés
Titre original: Cani arrabbiati - Semaforo rosso
Genre: Thriller
Année: 1974
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Mario Bava
Casting:
Riccardo Cucciolla, Lea Lander, Maurice Poli, Luigi Montefiori...
Aka: Rabid dogs
 

Quatre bandits assassinent un convoyeur et prennent l'argent. Ils se font poursuivre par la police, et l'un deux se fait plomber. Les autres continuent à fuir et finissent par prendre deux otages dans un parking. Ils en exécutent un, et prennent la fuite avec l'autre. Ils se réfugient dans la voiture d'un homme sur le chemin de l'hôpital, avec son fils endormi et gravement malade. Ils obligent l'homme à les emmener, avec leur première otage, vers un lieu qu'ils ne révéleront pas.

Ce thriller détonne dans la filmographie déjà bien riche en genres de Mario Bava. Il détonne aussi dans la production de l'époque, ces polars italiens sensiblement différents dans le sens où c'était avant tout l'action décomplexée qui était visée. Non pas que ce ne soit pas le cas ici, mais Mario Bava cherche avant tout à bâtir un film extrêmement tendu, qui du début à la fin ne se reposera jamais, qui ne baissera jamais de tension, et qui ne lâchera jamais le spectateur. Plusieurs moyens sont mis en oeuvre par le réalisateur (officieusement épaulé par son fils Lamberto) pour prendre le spectateur à la gorge durant une heure et demie.
Déjà, les personnages des bandits, tous différents. Le chef, en apparence plus sage que les autres, mais qui sait se montrer persuasif. Ensuite deux hommes de mains, l'un complètement allumé (George Eastman, célèbre pour son rôle du cannibale de l'Anthropophagous de Joe d'Amato) et capable de tout, et l'autre, tout aussi atteint mais dont les coups d'éclats sont imprévisibles. Trois personnages extrêmement menaçants pour les deux otages (le gosse malade ne comptant pas) et qui les pousseront véritablement à bout d'eux-mêmes. La majeure partie du film se déroule dans la voiture, qui roule vers un lieu inconnu.
Les cadrages de Bava sont faits de gros plans sur les visages, tandis que les paysages défilent par les fenêtres. Bava prouve ainsi qu'il n'est pas qu'un ancien directeur de la photographie de grand talent (ce que certains lui reprochent), mais qu'il peut aussi être un excellent metteur en scène. Le spectateur est donc vraiment immergé dans l'ambiance de folie qui règne dans la voiture, où trois psychopathes sont prêts à tout et laissent constamment peser la menace de l'ultraviolence. Le gamin est menacé par l'un des deux tarés avec son couteau, la femme, toujours proche de l'hystérie, est constamment sur le point de se faire battre ou violer. Quand au conducteur, il s'efforce de garder son sang-froid, surveillé qu'il est par le chef des bandits, plus raisonnable que ses acolytes mais pourtant tout aussi capable de passer à des actes condamnables.


Si le film est autant réussi, si il se révèle aussi tendu, il le doit justement à toutes ces menaces, que l'on sait dors et déjà possibles depuis la violente introduction dans laquelle Bava aura prouvé qu'il était capable de montrer la violence la plus sauvage, à base de flots d'hémoglobines. Les quelques arrêts et descentes de la voiture seront placés là où il faut dans le métrage, et non seulement ils ne casseront pas le rythme, mais ils relanceront aux moments opportuns l'intrigue en y ajoutant quelques nouveaux moments de suspense, chaque arrêt faisant planer l'ombre de la police ou d'une dénonciation par un passant qui aurait reconnu la bande en fuite (puisque l'auto radio informe régulièrement tortionnaires et victimes de l'évolution des événements), et donc d'un massacre en règle. L'un d'entre eux permettra aussi à Bava de rappeler que nous avons bien affaire à des pourris via une scène d'humiliation infligée à la pauvre femme à la merci de deux des bandits... On pense largement au Peckinpah des Chiens de Paille, avec une petite dose d'Apportez-moi la Tête d'Alfredo Garcia.
Mais avant tout, ce qui fait la grande force de ces Chiens Enragés, c'est le total flou qui règne autour de leur échappée. On ne sait d'où ils viennent, où ils vont, ce qu'ils préparent de faire une fois arrivés à la fin de leur périple... Tout est véritablement fait pour ne pas lâcher le spectateur en cour de route, et celui-ci reste en effet accroché au destin des otages, susceptible d'être joué sur un coup de dé. Le dénouement, quoique prévisible vu la logique entretenue par Bava, ne viendra même pas mettre un terme à tout ça et confirmera toute la corruption morale affichée par les protagonistes principaux, et qui tout au long du voyage aura même débordé du cadre de la voiture pour atteindre les simples habitants, tour à tour montrés lâches, paranoïaques, avides... Un monde bien pourri, où l'innocence n'a plus sa place.
Malgré tout le bien que l'on peut penser des oeuvres gothiques de Mario Bava, Les Chiens Enragés peuvent largement être considérés comme l'un des tout meilleurs films du "maestro", sinon le meilleur. En tout cas son dernier grand film, auquel ne succédèrent que deux autres oeuvres, très mineures par rapport à ce que Bava aura apporté au cinéma transalpin.

Note : 8/10

 

Walter Paisley
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