Crows Zero II
Titre original: Kurôzu zero II
Genre: Comics / Mangas , Yakuza , Action
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Takashi Miike
Casting:
Shun Oguri, Kyôsuke Yabe, Meisa Kuroki, Nobuaki Kaneko, Haruma Miura, Sôsuke Takaoka, Takayuki Yamada...
 

Si Crows Zero, premier du nom, était une oeuvre sur l'adolescence, Crows Zero II est quant à lui un film sur la maturité et le passage à l'âge adulte, et tout ce qui en découle.
Dans le premier opus, Genji prenait la tête du lycée Suzuran après avoir battu Serizawa, qui alors était le n°1. Pour ce deuxième épisode, il va devoir prouver sa capacité à être le chef du lycée, et pas uniquement le plus fort. La violence n'est plus interne comme dans le premier volet, mais devient externe en impliquant le lycée Hosen, concurrent historique de l'établissement Suzuran. Aussi, sous ses airs de film d'action il existe, dans le fond, un amer regard sur la société.

 

 

Crows Zero II poursuit l'imparable et logique critique établie par Takashi Miike dans le premier film. Mais ce dernier est beaucoup plus violent, le microcosme du lycée devient un champ de bataille où deux armées s'affrontent, et les coups de poings se transforment en coups de couteaux, pour lorgner vers un "Braveheart" moderne et japonais. Les coupes de cheveux et les uniformes remplacent en quelque sorte les armures et les étendards.
Cette violence mortelle s'insinue dans le film comme un virus, n'attendant que son heure pour frapper. Serizawa le dira lui même : "Il y a des limites à tout, même au combat".
Le système ne marche plus pour ces jeunes en pleine scolarité, et leur monde est près à exploser si personne ne fait rien. Kenji Fukasaku avait potentiellement trouvé une solution en envoyant les lycéens sur une île aux mains de Takeshi Kitano, dans "Battle Royale". Mais Takashi Miike va plus loin, en changeant la violence par le diplôme. En sortant du système scolaire (donc, plus tard, du système social) le plus vite possible, les personnes (ces jeunes abandonnés) qui troublent le bon fonctionnement de la société ne pourront aller que chez les yakuzas, classe marginale mais néanmoins utile au bon fonctionnement de la société nippone.

 

 

Les méthodes d'apprentissage japonaises ne marchent plus (d'où l'absence de professeurs dans le film), mêlent élitisme et cours du soir, pour finalement aboutir au "Salaryman", comme la figure paternelle. Et si l'on a peu de chance d'échapper à ce schéma, alors pourquoi ne pas vivre à travers les mangas et la violence ? Les jeunes vont devoir faire face à ce choix : devenir un "Salaryman" ou un yakuza. Dans les deux cas, on ne fait que nourrir un clan. Sombre avenir.
Malheureusement, ils ne comprennent leur intérêt qu'après avoir touché le fond, comme le personnage de Ken, quittant le monde des yakuzas pour devenir garagiste. Et qui sauvera Kawanishi, ayant commis les mêmes erreurs.

Même combat pour Genji : Serizawa lui dira que, jusqu'à présent, il ne cherchait qu'à prouver sa propre force et non pas celle du lycée, et que cette attitude n'était pas digne d'un chef. Il devra alors arrêter de parler avec ses poings pour dire ce qu'il a sur le coeur (ceci par le biais d'un micro, ne pouvant s'exposer publiquement pour dire qu'il a besoin d'aide). Un manque cruel de communication ronge les générations entre elles, devant faire face à des situations extrêmes qui auraient pu être évitées s'il y avait encore une petite part d'inquiétude pour son prochain en chacune d'elles, et surtout s'il y avait des adultes les accompagnant, non pas pour leur montrer le bon chemin, mais tout du moins les conseiller.

 

 

La place du père, dans Crows Zero II, est moins abstraite que dans le film précédent. Si Genji est toujours aussi irrespectueux vis-à-vis du sien, la figure patriarcale est plus développée dans cette suite. Reprenant sa place et son rôle génétique lors d'une scène, il va inculquer à son fils une véritable leçon de vie. Malheureusement, ce n'est pas un geste réfléchi, car à ce moment le père est sous l'emprise de l'alcool. Malgré cela, il sauve les apparences qui sont parfois trompeuses. C'est en effet un yakuza, mais dans le bon sens du terme. D'ailleurs ces mafieux, dans ce diptyque, ne sont pas la lie des habitants de la péninsule ; ils ont, au contraire, une véritable humanité. Ils comprennent, mieux que les grandes institutions, le monde qui entoure les jeunes, car ils étaient comme eux auparavant. C'est pourquoi les yakuzas n'engagent pas les jeunes voulant faire leurs preuves, comme Kawanishi, même s'il doit tuer le boss d'un clan. Ils connaissent aussi l'indulgence et le pardon. Bien sûr, il y a aussi des "méchants aniki", surtout dans le deuxième volet, dont la soif d'ambition prévaut sur le code d'honneur et une certaine manière de vivre. Mais ils n'auront pas le dernier mot à la fin.

Enfin, le sentiment qui semble écarté du film est l'amour. La chanteuse pop et Genji paraissaient couver un amour réciproque dans Crows Zero. Amour qui désormais s'estompe ici, puisque les seules apparitions de la jeune chanteuse se solderont par des "râteaux" en bonne et due forme, sous prétexte que le boss de Suzuran a d'autres chats à fouetter !
Alors, pas de place pour l'amour dans cette génération ? De plus, la discussion dans l'escalier cache un autre problème : le sexe. Si notre héros essaye de rejeter la faute sur sa copine pour l'inciter à coucher avec lui, il sera pris à son petit jeu lorsqu'elle lui dit qu'elle est d'accord. Il devra alors fuir cette proximité de l'acte sexuel en prétextant une douleur aux reins. Les jeunes japonais, par manque de communication et de discussion sur ce sujet avec leurs parents (le dialogue n'existe pratiquement plus à cause du "métro, boulot, dodo"), ont peur d'une chose qui leur font envie. Paradoxe que la génération d'avant, peinte par Koji Wakamatsu dans ses films sur la révolution étudiante, avait résolu en libérant les relations sexuelles.

 

 

Au niveau de la mise en scène, Takashi Miike ne tombe pas dans le piège consistant à reprendre les mêmes mouvements qu'il avait instauré dans Crows Zero : les cascades coupées dans le même axe qui donnent une impression de fragmentation, tout en gardant la continuité du mouvement. Il utilisera juste la caméra qui tourne autour du personnage, ou qui avance vers un point à une vitesse hallucinante, juste pour rythmer le film. Mais ceci est autant un code qui marque le cinéma d'action contemporain que l'attachement à la vignette du manga. Les gros plans des visages ne sont pas là pour donner une virilité quasiment homosexuelle (les personnages sont très efféminés), mais pour rester fidèles au matériel de base. Le manga est très codifié et une adaptation doit répondre à ces codes, comme par exemple la première image de "Battle Royale", lorsque l'on voit le vainqueur du précédent combat.

Takashi Miike n'a jamais eu la présomption, en filmant le diptyque Crows Zero, de faire autre chose que des films qui assouvissent le désir de violence d'une jeune génération japonaise vivant dans un monde de jeux vidéos, d'"idolu" de la télé et de mangas hyper violents. D'ailleurs, ce second opus se finira par une longue mission-invasion, ayant plus l'apparence d'un massacre. Nos héros montent les étages du lycée pour affronter, au fur et à mesure, les patrons du "niveau", comme si l'on jouait à un jeu vidéo. Nous sommes dans un film tiré d'un manga, tout est possible, et il est normal qu'après un long combat les adversaires se relèvent pour essayer de donner un dernier coup, malgré les litres de sang versés (bien que Crows Zero II s'avère plus sage sur ce point).

En résumé, il s'agit d'un bon film de baston, à consommer sans réfléchir. La musique n'est pas mauvaise, l'image est travaillée, le décor est complexe (même si les deux lycées se ressemblent d'un volet à l'autre) et les personnages ne sont pas uniquement des archétypes de combattants, puisqu'ils cristallisent les problèmes de la société japonaise.

 

 

Note : 7/10

Kuro

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