On a volé une bombe
Titre original: S-a furat o bomba
Genre: Comédie , Parodie
Année: 1961
Pays d'origine: Roumanie
Réalisateur: Ion Popescu Gopo
Casting:
Iurie Darie, Liliana Tomescu, Haralambie Boros, Eugenia Balaure, Florin Piersic, Emil Botta...
 

Un homme dans une prairie totalement déserte se penche pour cueillir une modeste fleur des champs. Surgit alors un hélicoptère de combat qui le prend en chasse (c'est quand même autre chose qu'un avion d'épandage agricole). Trois jeeps militaires arrivent en renfort, transportant des passagers revêtant d'étranges tenues hermétiques (dont le couvre-chef consiste en un seau d'eau percé de trous), et font prisonnier notre héros (l'amateur de fleur sauvage). Dans la prairie redevenue déserte, une ogive nucléaire est larguée par un bombardier. L'explosion est observée au loin par des scientifiques et des militaires mais aussi, dissimulés dans leur berline américaine, par un groupe de gangsters. Le soir même, alors que notre héros arrive en ville, ces gangsters cambriolent une sorte de forteresse gouvernementale et dérobent une bombe atomique identique à celle de l'expérimentation. Mais ils sont surpris tandis qu'ils fuient avec leur dangereux butin, et après de nombreuses péripéties la mallette contenant la bombe finit par tomber dans les mains de notre candide héros qui passait là par hasard...

 

 

Vous l'avez sans doute deviné, à la lecture du résumé du début du film, nous sommes là dans une comédie burlesque et parodique. Parodie des films de gangsters américains de la décennie précédente ? Parodie des films d'espionnage dont la vague vient juste de naître (nous sommes en 1961) et déferlera bientôt des deux côtés du rideau de fer ? Un peu, mais pas vraiment, car ce que j'ai omis de préciser, c'est qu'il s'agit d'un film muet, enfin... disons sonore, mais dépourvu de tout dialogue. S'agirait-il alors d'un hommage aux films burlesques des années 20 ? Me demandes-tu lecteur (et j'espère... lectrice aux lèvres pulpeuses et purpurines, que j'imagine allongée nue au bord de la piscine de ta villa provençale, lisant nonchalamment sur ton portable cette modeste notule, en tenant d'une main un verre de bloody mary pendant qu'avec l'autre tu... euh oui, pardon). Et bien, non plus, car s'il faut rapprocher l'humour purement visuel, à base d'enchaînement de gags, de ce métrage à celui d'autres films, ce serait celui de ses contemporains parodiques tchèques, mais aussi celui des films de Jacques Tati et de son épigone Pierre Etaix. Mais à vrai dire, On a volé une bombe tient plutôt du cartoon en "live", ce qui n'est pas surprenant quand on connaît le parcours de son auteur.

 

 

Ce côté dessin animé, avec de vrais acteurs, fait l'originalité du film, mais il en marque aussi les limites. On sourit au début ("ha ha, quelle imagination") devant l'avalanche de gags, même si tous ne font pas mouche, et puis l'intérêt s'étiole. Il faut dire que, passé le premier quart d'heure, les gags se raréfient et traînent en longueur. Est-ce parce qu'un cartoon d'une heure et quart c'est long, beaucoup trop long, ou est-ce parce que de vrais acteurs brident forcément les possibilités scénaristiques, tout en faisant ressortir l'artificialité de l'ensemble ? Quoi qu'il en soit, après l'entame, cela ne fonctionne plus (en tout cas sur moi).
Bon, soyons juste, S-a furat o bomba ne se limite pas à des gags cartoonesques ; il y a également une certaine fantaisie poétique (les fleurs, les ailes d'ange sur la femme aimée) et, plus surprenant (quoique), une critique du capitalisme.
En effet, le film se déroule dans des U.S.A. de fantaisie car, même s'il n'est pas ouvertement situé, les voitures, les inscriptions en anglais et la présence de figurants noirs ne laissent aucun doute ; et dans cette ville yankee les grands restaurants côtoient la soupe populaire, et la population des quartiers pauvres s'occupe le soir en regardant les riches s'amuser. Quant à savoir si cette critique sociale est sincère (de la part de Ion Popescu-Gopo), où s'il ne s'agit, pour lui, que d'éviter de déplaire aux autorités roumaines en ne présentant pas une Amérique trop idyllique, j'avoue que je ne saurais me prononcer. De même que je ne sais pas trop quoi penser des scènes finales et de ce qu'elles symbolisent, mais leur aspect "dissémination nucléaire civile", qu'il soit volontaire ou non, est assez surprenant.

 

 

La mode, sur les sites traitant de cinéma (et aussi ailleurs) étant au plagiat, je vais me permettre, pour présenter le réalisateur et scénariste de ce film, de "m'auto-plagier", d'une part parce que je suis l'un des rares à Psychovision à ne pas avoir été copié (ce qui blesse ma vanité, je dois le reconnaître), d'autre part parce que (il faut bien le reconnaître aussi, hélas) si je ne le fais pas moi-même personne d'autre le fera. Cette digression étant faite, reprenons.
Ion Popescu-Gopo est surtout célèbre pour son travail dans le cinéma d'animation. Peintre caricaturiste de formation, il est le créateur du "petit bonhomme Gopo", un homoncule nu et asexué qui sera le héros de tous ses dessins animés (courts et longs métrages) de 1956 à 1977, et recevra de nombreuses récompenses à l'international, dont une palme d'or du court métrage.
Après avoir commis en 1959 un court métrage mélangeant animation et acteurs réels ("O poveste obişnuită... o poveste ca în basme" soit, littéralement, "Une histoire commune, une histoire comme dans les contes de fée"), il réalise en 1961 (après un long métrage d'animation en 1960) le présent film, qui sera son premier sans aucune séquence animée. S-a furat o bomba sera d'ailleurs présenté au festival de Cannes, sans grand succès.
Ion Popescu-Gopo est aujourd'hui considéré comme l'un des pionniers du cinéma de science-fiction et d'heroïc fantasy roumain, même si ces genres ont toujours été traités dans ses films sous le biais de la parodie, comme dans le très réussi De as fi Harap Alb.

 

 

La plupart des acteurs du film sont aujourd'hui relativement peu connus ou oubliés. On trouve malgré tout dans le casting deux noms célèbres relégués dans des rôles très secondaires. Le défunt Emil Botta, dont la trogne de vieil alcolo et l'allure aristocratique sont reconnaissables entre mille, joue ici un clochard en smoking. Sorte de croisement moldave entre Antonin Artaud et Charles Bukowski, il est aujourd'hui considéré comme le plus grand poète roumain du 20ème siècle. Florin Piersic, future star du cinéma roumain, alors à l'orée de sa brillante carrière, joue quant à lui un fêtard mondain, et sa présence à l'écran n'excède pas trois minutes. Le héros du film est incarné par le beaucoup plus obscur Iurie Darie, qui fit malgré tout une longue carrière théâtrale et cinématographique (plus d'une quarantaine de films, quand même). Il semblait avoir pris une retraite bien méritée, jusqu'à ce qu'en 2010 (à plus de 80 ans) il fasse à nouveau parler de lui, de façon assez inattendue, pour avoir tourné une vidéo pornographique avec son épouse sexagénaire (et pour être tombé dessus par hasard en faisant des recherches sur "google image" j'avoue que, quand on ne s'y attend pas, ça fait quand même un choc).

Pour en revenir au film, je dois reconnaître que, même s'il ne m'a pas totalement convaincu, loin de là, il a au moins le mérite de l'originalité. Donc, si vous en avez l'occasion, tentez l'expérience, surtout qu'ici le problème de l'absence de sous-titres français ne se pose pas.

 

 

Note : 6,75/10

Sigtuna

 

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