Murderer, The
Titre original: 황해 (Hwanghae)
Genre: Polar , Thriller , Drame
Année: 2010
Pays d'origine: Corée du Sud
Réalisateur: Na Hong-jin
Casting:
Ha Jeong-woo, Jo Seong-ha, Kim Yoon-seok, Kwak Byeong-gyoo, Lee Cheol-min, Lee El, Lim Ye-won, Tak Seong-eun...
Aka: The Yellow Sea
 

Yanji - ville chinoise de la préfecture de Yanbian, coincée entre la Corée du Nord et la Russie, où vivent quelques 800 000 Sino-coréens surnommés les "Joseon-Jok". 50% de cette population vit d'activités illégales. Gu-nam, chauffeur de taxi, y mène une vie misérable. Depuis six mois, il est sans nouvelles de sa femme, partie en Corée du Sud pour chercher du travail. Myun, un parrain local, lui propose de l'aider à passer en Corée pour retrouver sa femme, et aussi rembourser ses dettes de jeu. En contrepartie, il devra simplement... assassiner un inconnu. Mais rien ne se passera comme prévu...

 

 

Certains réalisateurs ont une aisance presque miraculeuse pour associer des genres apparemment dissemblables, mais cette faculté peu parfois donner des résultats déconcertants. C'est le cas de cette production coréenne, qui tente la fusion maladroite entre le drame social suintant le désespoir à chaque plan et le thriller survolté. Certains ont cru y discerner le film d'action ultime, ce qui n'est malheureusement pas le cas.
Soyons franc, l'interprétation des acteurs n'est pas à mettre en cause, notamment Ha Jeong-woo ("The Chaser"), impeccable en looser accroc aux jeux et sûrement cocu. Face à lui, une kyrielle de seconds rôles, tous excellents, dont Kim Yoon-seok en tueur psychopathe particulièrement gratiné. Malheureusement, le film ne tient jamais ses promesses ; les scènes d'action, notamment la poursuite entre notre antihéros et les policiers, sont illisibles et la violence, à force d'hémoglobine, devient grotesque (il paraît que c'est voulu !).
Le film prend un malin plaisir à s'emmêler les pinceaux, notamment à cause d'un manque total d'identification. Notre antihéros a si peu de chance (il est endetté à cause de sa femme dont il n'a plus signe de vie, et qui finira par être charcutée par un amant éconduit) qu'il en devient pathétique. Certes, on a pitié de lui, mais il accumule tant de casseroles que cela en devient risible. A se demander comment un gars qui a autant de poisse peu échapper à une horde de tueurs et autant de policiers. Une partie de la réponse vient de l'incompétence de ses poursuivants, comme ces policiers qui se tirent dessus (car trop paniqués pour viser), ou l'homme de main du maffieux qui se retrouve dans des situations pas possibles (voir comment il est piégé par l'incroyable Kim Yooon-seok, qui a transformé sa chambre d'hôtel en abattoir).
Bref, notre anti héros se retrouve alors en pleine baraqua uniquement lorsqu'il est poursuivi par une bande de malfaisants qui veulent lui faire la peau ; étonnante destinée que la sienne, car on cherche encore à comprendre la finalité de la chose. En effet, le final nous révélera la vacuité de cette quête (mais en est-elle vraiment une), au point que l'on finit par se demander ce que le réalisateur voulait faire : un film d'action, un drame ou les deux ? Dans les trois hypothèses, c'est chaque fois raté !

 

 

Le mélange entre les frères Dardenne et Michael Mann est loin d'être des plus réussis, car Na Hong-Jin n'arrive jamais à trouver la symbiose entre les deux genres. Pire, il semble n'avoir retenu que le plus pénible en accouchant d'un film bavard dont la première partie est chiante à mourir (45 minutes dans la misère du monde... youpi !) ; et la suite tente de singer le blockbuster US lambda (Michael Bay est un génie, à côté). Le script est plutôt bien écrit, mais s'égare parfois dans des digressions qui dispersent l'attention du spectateur.
De ce fait, le métrage aurait gagné à être moins long et plus condensé. Le scénario est assez roublard, car le véritable enjeu, ici, n'est pas le meurtre (qui, d'ailleurs, sera commis par d'autres), mais bien la recherche de la femme perdue dans ce que le héros pense être le paradis. Il faut bien avouer que n'importe quel cul de basse-fosse est un paradis à côté de cette ville chinoise appelée Yanji. En cherchant sa femme, il découvrira que la vie en Corée est loin d'être si idyllique pour un clandestin. Ce qui permettra au spectateur d'applaudir la subtile métaphore sur l'immigration.
Mais le pire arrive lorsque le héros apprend la mort de sa femme et l'arrestation de son assassin. A ce moment, le film se saborde lui-même, car toute l'histoire tenait en cette quête quasi utopique qui rendait notre antihéros presque sympathique. Désormais, c'est clair, on se fout carrément de ce qui peut lui arriver. Et même les motivations du fameux meurtre commandité nous semblent désuètes (en fait, une histoire de cul !).
Cet état d'esprit est particulièrement bien restitué dans la scène finale, où le pêcheur balance par-dessus bord le corps du héros et les cendres de sa femme. Le réalisateur tente d'ailleurs maladroitement de se racheter en incluant la scène de la gare dans le générique de fin.

 

 

Il est quand même étrange qu'un tel film se voit proclamé par certains comme l'un des thrillers les plus efficaces de ces dernières années. A croire qu'ils n'ont rien vu depuis "Le Fugitif", et oublié certains réalisateurs chinois comme ce pauvre Dante Lam. Certes, l'ensemble est soigné, la mise en scène est inspirée et la photographie d'une beauté désespérément sombre, mais le film reste une belle coquille vide qui ressemble dangereusement à une commande, mise en chantier pour l'exportation (ou "The Chaser" a très bien marché).
Comme par hasard, le film est en partie produit par Fox International, qui en profite pour récupérer les droits d'un futur remake. Et comme d'habitude, les accros du genre risquent de faire grise mine, car le film qui leur est proposé est loin d'être aussi palpitant que son "pitch"le laissait entendre. En un mot : on se fait chier grave.
Mais depuis quelque temps, le pays du matin calme est devenu une référence cinématographique et commerciale, au point que certains se pissent dessus rien que de savoir que c'est coréen. Pour ce film, on est plus proche de l'effet de mode artificiellement entretenu par quelques élitistes que du chef-d'oeuvre espéré par certains, d'où son côté frustrant, car on a vraiment l'impression d'être passé à côté de quelque chose de grandiose.

 

 

The Omega Man


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# La fiche dvd Wild Side de "The Murderer"

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