Made in Britain
Genre: Drame , Document
Année: 1982
Pays d'origine: Grande-Bretagne
Réalisateur: Alan Clarke
Casting:
Tim Roth, Frankie Cosgrove, Sean Chapman, Eric Richard, Terry Richards, Bill Stewart...
 

Trevor est un skinhead âgé de 16 ans ; un crâne rasé tatoué d'une croix gammée entre les yeux et claironnant haut et fort sa haine des étrangers en général et des Pakistanais en particulier. Passé au tribunal pour avoir blessé l'un de ces derniers en balançant un pavé dans une de ses fenêtres, entre autres délits, il se retrouve dans un centre pour jeunes délinquants, ultime étape avant de sombrer un peu plus et de finir, une fois la majorité atteinte, dans la case prison. Relativement plus intelligent que d'autres, capable d'exprimer, notamment, son ressentiment envers une société qu'il conchie, il est un peu la cause perdue des êtres qui le suivent, ces travailleurs sociaux plus ou moins impliqués, et le symbole d'une jeunesse nihiliste qui a pris au pied de la lettre le slogan No Future. Malgré tous les efforts déployés par ses encadrants, Trevor a bel et bien choisi la spirale qui l'entraîne un peu plus chaque jour dans une voie sans issue...

 

 

Réalisé en 1982 par Alan Clarke pour la télévision, Made in Britain fait partie d'une série de 4 films tournant autour de l'école et de l'exclusion scolaire baptisée "Tales out of School" et écrite par David Leland, les 3 autres films étant "Flying Into the Wind", d'Edward Bennett, "Birth of a Nation", de Mike Newell et "R.H.I .N.O. (Really Here in Name Only)", de Jane Howell. Pour celui-ci, Leland a fait le choix de suivre le parcours d'un petit délinquant brutal et volubile, sans se pencher sur son passé, ceci afin de ne pas donner de justification particulière de son comportement au spectateur mais de le lui livrer brut de décoffrage, tel qu'il est au moment où on le découvre, un peu à l'image d'Harry Parker qui est chargé de le suivre dans le centre de jeunes délinquants et d'aider à sa réinsertion sociale et professionnelle.
On ne saura donc pas véritablement ce qui a fait de Trevor ce qu'il est, dans son parcours familial ou scolaire, si ce n'est ce qu'il en dira lui-même, c'est-à-dire un flot d'imprécations contre un système de règles bien établies dans lesquelles il ne peut trouver sa place et qu'il juge malhonnêtes et d'une hypocrisie sans nom, favorisant, qui plus est, les étrangers aux Britanniques véritables, voués à se cogner la tête contre les murs d'une société qui les étouffe. Haines recuites, ressentiment extrême, colère permanente envers tous les symboles de ce qu'il exècre, du Pôle emploi local au centre qui l'héberge, Trevor joue en permanence la carte de la provocation et du conflit, désespérant et grugeant systématiquement les bonnes volontés des rares personnes qui tentent encore un peu de le sortir du gouffre asocial dans lequel il s'obstine à plonger.

 

 

Avec ce film, Alan Clarke lançait la carrière d'un Tim Roth excellent de bout en bout, de son crâne lissé au bout de ses rangers. Quasiment présent à l'image du début à la fin, il crève l'écran par sa présence et sa faculté d'incarner Trevor, dans ses actes délictueux comme dans ses diatribes verbales. Parfois ironique et goguenard, il toise ses contradicteurs et les nargue constamment, les provoque même, comme pour allumer en eux le feu de la colère qui le consume lui-même. Manipulateur, il s'offre un suiveur parmi les jeunes délinquants du centre, un jeune Noir pas très malin et visiblement paumé, le genre de gars qui ferait pas forcément de mal à une mouche de lui-même mais qui peut, sous la coupe d'un esprit un peu plus éclairé que le sien mais aussi plus malsain, très vite mettre le doigt dans l'engrenage qui le conduira assurément vers des délits de plus en plus grands et des peines de plus en plus longues. Duo surprenant du skin raciste et du black pas futé, combinaison improbable et pourtant crevant de vérité dans le récit proposé.


Outre Tim Roth (et les autres acteurs d'ailleurs, pour la plupart excellents dans leurs rôles), l'atout majeur du film est son dynamisme, cette capacité à suivre Trevor dans ses déambulations, et ce grâce à l'emploi d'une steadicam permettant une fluidité de mouvement quasi-permanente et d'offrir, par contraste, une réalité figée de l'enfermement, la caméra étant posée sur pied et fixe lorsque Trevor se retrouve en cellule. Accouplée à l'utilisation d'une pellicule ultra-sensible permettant d'utiliser au maximum la lumière naturelle et d'alléger d'autant la technique (au prix d'un grain un peu épais, certes), la steadicam permet de se mettre dans les pas de Trevor et de le suivre dans tous ses faits et gestes, au point de donner l'impression de suivre un quasi-documentaire sur un représentant d'une mouvance qui connut son heure de gloire au début des années 80.

 

 

30 ans plus tard, la situation ne s'est pas franchement améliorée et les Trevor sont encore assez nombreux, plus forcément skinheads d'ailleurs, espèce en voie de disparition, mais toujours en butte contre la société et prêts à rejeter la responsabilité de leurs actes sur celle-ci. Le nihilisme de Trevor est lui aussi encore bien présent, incapable de canaliser l'amertume et la colère et d'en faire une force politique, juste bon à pourrir la vie de ses représentants et de ceux qui sont chargés de les réinsérer. Sans thèse ni compromis, Made in Britain offre un constat brillant mais noir d'une jeunesse perdue au sein d'une société qu'elle n'aime pas mais qu'elle ne cherche pas à changer, juste à provoquer et à confronter à ses propres démons. Qu'on l'occupe, qu'on le divertisse (ici dans le cadre d'une course de stock-cars), ou qu'on le confronte à la réalité (excellente scène où un Trevor pour une fois muet se voit expliquer au tableau les chances qu'on lui a données et qu'il a gâchées et le cercle infernal qui l'attend), rien ne semble devoir atteindre véritablement celui qui s'est coupé de lui-même de la société et parait même s'en délecter. Le bout du tunnel, s'il existe, est encore loin et il est peu probable qu'on y attende Trevor les bras chargés de fleurs. Braise ardente en guise de cœur et boule de haine vrillée au cerveau, c'est visiblement plutôt vers les coups de matraque qu'il marche à grands pas décidés, offrant sa boule à zéro à la vindicte gendarmesque destinée à lui faire payer toutes ces fois où il a chié dans les bottes des uns et des autres.

 

 

Bigbonn


En rapport avec le film :

# La fiche dvd Potemkine du film Made in Britain

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