Majin
Titre original: Daimajin
Genre: Kaiju Eiga
Année: 1966
Pays d'origine: Japon
Réalisateur: Kimiyoshi Yasuda, Yoshiyuki Kuroda
Casting:
Miwa Takada, Yoshihiko Aoyama, Jun Fujimaki, Ryutaro Gomi, Ryuzo Shimada, Tatsuo Endo...
 

Voici un film qui me tient à coeur ; autant j'avoue n'être que peu fan de Inoshiro Honda qui a tendance à vite me lasser par son côté répétitif, genre, on change les monstres et l'on refait le même film chaque année, autant ce "Majin" mérite d'être découvert tant ses qualités sont évidentes, sautent aux yeux d'entrée et enterrent assez vite la réticence ou les préjugés que l'on pourrait avoir avant la vision du film dont voici l'histoire :
A Okamidani, au coeur du Japon Médiéval, le seigneur Hanabusa est assassiné ainsi que toute sa famille par son cruel rival Samanosuke Odate qui compte bien régner sur tout le territoire ; Heureusement ses deux enfants Tadafumi et Kozasa sont sauvés in extremis par son fidèle serviteur Kogenta et sa prêtresse de tante pour être cachés dans une montagne au sein de laquelle est érigée une statue géante à l’effigie de Majin, grande divinité guerrière s'il en est.
Pendant dix années, ceux-ci vivront cachés de tous tandis que Samanosuke aura réussi à réduire le village entier à l'esclavage, ce, jusqu'à ce que l'aîné alors âgé de 18 ans décide de se venger avec l'aide du toujours fidèle Kogenta ; malheureusement ce dernier vite reconnu par l'un des serviteur du Tyran sera fait prisonnier puis torturé, alors que dans un même temps Samanosuke décidera de détruire la divine statue, las du chaos et des superstitions séculaires que génère celle-ci. Ceci n'aura comme conséquence que de réveiller l'immense guerrier de pierre et sa soif de châtiment...

 

 

Nous sommes donc en 1966 et il faut dire que le Japon a déjà plus d'un monstre derrière lui ; le Kaiju Eiga (film de monstre) fait même partie alors d'une tradition nationale, née avec le classique légendaire "Godzilla" de Honda un peu plus de dix ans avant et tout ce qui s'en est suivi en déclinaisons monstrueuses plus ou moins heureuses ; fort de son succès avec "Gamera", mettant en scène une espèce de grosse tortue et qui aura même droit à 4 suites et tourné deux ans auparavant afin de contrer la Toho, celui-ci incitera la Daiei à récidiver, surfant sur le succès de ce dernier elle décide alors de mixer le film d'époque et le film de monstre, ce qui nous donnera alors ce "Majin" des plus inspiré, qui lui-même aura droit du reste à deux suites pas dégueus pour autant.
Autant dire tout de suite que cette réussite doit beaucoup à Yoshiyuki Kuroda (Yokai Monsters : Spook Warfare en 1968 / Invisible Swordsman en 1970 / ou encore, Baby Cart: le paradis blanc de l'enfer en 1974, pour ne citer qu'eux) qui finalement sur toute la trilogie "Majin", filmera toutes les scènes faisant intervenir des effets spéciaux, ce qui n'est pas rien comme contribution, et même si les réalisations globales sont due dans l'ordre, à Kimiyoshi Yasuda pour ce premier opus (acteur dans une bonne dizaine de Kurosawa au demeurant et qui oeuvrera ensuite énormément sur la série des Zatoïchi d'assez belle manière), le bien nommé Kenji Misumi pour "le Retour de Majin" (auteur d'une belle trilogie du Sabre, certains Zatoïchi également et de la Cultissime série des Baby Cart) puis pour "la colère de Majin", Kazuo Mori (toujours des Zatoïchi ! mais aussi "Heitai yakuza" série militaire qui eu son heure de gloire).
A des fins économiques la Daiei engage donc quasiment la même équipe sur toute la trilogie, et à la vue des filmographies de chacun, c'est presque du travail en famille auquel on a le droit, et qui sera du reste tournée dans ses propres studios avec une rapidité assez fulgurante, le tout étant au préalable préparé au millimètre afin de mieux dérouler ensuite les tournages et réduire au minimum les coûts de production donc ; du reste les trois "Majin" seront tournés et sortiront la même année...

 

 

Ce qui étonne alors, c'est la façon dont ce qui semblait être un produit pré-calculé se transforme à l'écran en oeuvre originale, insolite et graphiquement superbe ; il est vrai que l'idée de base qui consiste à mélanger le film de samouraï au Kaiju Eiga donne d'emblée un renouveau au genre qui il faut bien le dire semblait jusqu'alors s'essouffler malgré leur relatif succès public, et il est étonnant de voir comment Kimiyoshi Yasuda prends son temps pour développer ses personnages et son histoire sans pour autant engendrer le moindre ennui qui soit, et alors que Inoshiro Honda tombait dans l'affluence de monstres attaquant dès les premières minutes, tombant alors dans une redondance carrément lassante à force de combats répétitifs, ici la créature ne se réveille que dans sa dernière partie de manière magnifique, crépusculaire et donne tout son sens à l'expression populaire "clou du spectacle", puisque tout ce à quoi nous aurons assisté auparavant aura été un plaisir de chaque instant, tant l'histoire est bien écrite, la mise en scène intelligente, qu'on aura eu le temps de se passionner sans jamais démentir, que ce soit pour les protagonistes principaux que les villageois figurants sur lesquels sait s'attarder le réalisateur avec qui plus est, un certain humanisme plus proche de celui d'un Kurosawa que de la cucuterie mièvre.
Bien sûr on attends le réveil du Samouraï géant avec impatience, mais lorsqu'il surgit enfin, nous ne sommes pas déçus et c'est même avec une certaine jubilation enfantine que l'on assiste à sa vengeance inventive et spectaculaire à souhait, là où ça n'aurait pu qu'être tout simplement ridicule, d'autant que tout ceci est magistralement décoré et photographié.

 

 

La partition extrêmement fine et efficace du film, due au grand Akira Ifukube (Godzilla, tiens donc !) contribue qui plus est à faire de ce "Majin" une créature ayant une tête de plus que ses confrères si bien qu'il pourrait manger sa soupe tranquillement sur tous les Godzilla, Rodan, Mothra, et autres Yongary qui auraient le malheur de passer dans les parages ; pour finir, petit signe personnel de plus, il s'agit de la seule monstru-Japoniaiserie qui n'en est donc pas une, qui m'a donné envie d'enchaîner directement sur sa suite presqu'autant réussie ; CinéCinéma avait eu la bonne idée il y a quelques années de diffuser la série à la queue leu-leu.

 

Note : 8/10

 

Mallox
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