Homme de Néandertal, L'
Titre original: The Neanderthal Man
Genre: Science fiction , Epouvante , Agressions animales
Année: 1953
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Ewald André Dupont
Casting:
Robert Shayne, Joyce Terry, Richard Crane, Doris Merrick, Jeanette Quinn, Beverly Garland, un tigre...
 

Dans les hauteurs reculées de l'état de Californie, subsiste une nature préservée (en tout cas au milieu du 20e siècle), paradis des chasseurs du dimanche. L'un d'entre eux, au comptoir d'une auberge de village, raconte qu'il a vu un énorme fauve, doté de défenses éléphantesques, rôder dans les montagnes environnantes. Ses propos provoquent le scepticisme puis les moqueries des habitués et en premier lieu du garde chasse local. Mais celui-ci, en rentrant nuitamment chez lui en voiture, est agressé par le fauve. Indemne mais choqué il prend le lendemain un moulage d'empreinte de la bête, puis se rend à Los Angeles consulter le service de Zoologie de l'université. Là il est reçu par le biologiste Ross Harkness et ensemble, ils identifient le monstre comme étant un tigre à dents de sabre. Harkness décide alors d'accompagner le garde chasse sur place pour traquer la bête in situ. Ils se retrouvent dans une maison esseulée en plein centre de la réserve, celle du Professeur Clifford Groves, habitée par sa laide fille, sa ravissante maîtresse et une servante mexicaine muette dotée d'attributs mammaires impressionnants. Groves est lui provisoirement absent : ce scientifique excentrique est allé donner une conférence à l'institut d'anthropologie de Californie...

 

 

Autant le dire tout de suite cette variation sur le thème du Docteur Jekyll et Mister Hyde accommodé à la sauce, alors en vogue aux USA, des films de "Cavemen" est loin d'être un chef d'oeuvre (pour utiliser un euphémisme). Si le scénario n'est pas pire que celui d'une autre série B du début des fifties (d'accord, scientifiquement c'est n'importe quoi et de ce point de vue là le film émarge plus dans le fantastique que dans la SF, mais comme il y a un ersatz de savant fou, optons pour le genre SF), si l'interprétation est globalement médiocre et si la mise en scène est pour le moins quelconque, c'est surtout l'extrême pauvreté des "effets spéciaux" qui choque.

Dès le début du film on se doute de ce qui va nous attendre, avec un tigre des plus ordinaires, errant dans la Pampa, présenté dans la scène suivante comme étant un tigre à dents de sabre. Tigre que l'on verra dans certains plans avec une chaîne métallique autour du cou, du genre de celles utilisées dans les cirques pour entraver l'animal quand il est hors de sa cage. Mais c'est surtout la séquence d'attaque de la voiture du garde chasse par le fauve qui atteint des sommets dans le ratage. Elle alterne plans de tigre adulte courant de profil et plans d'un bébé tigre trottinant de face (on supposera que Dupont n'a pas voulu prendre le risque de filmer une bête adulte de trop près, n'ayant pas le temps ni les moyens financiers d'assurer la sécurité du cameraman) avant de s'achever sur un plan très court d'une tête de tigre à dents de sabre en peluche (oui, vous avez bien lu, en peluche).

 

 

Après ça, le spectateur naïf ou optimiste se dit qu'il ne verra pas pire dans ce film, hélas il verra pire et pas que dans un plan furtif cette fois, puisque la créature la plus ridicule du métrage c'est le néandertalien du titre. C'est d'autant plus rageant que la scène de transformation initiale du Professeur Groves en cette créature, directement inspirée de celle du "Docteur Jekyll and Mister Hyde" de Mamoulian (1932 !) serait relativement réussie (les étapes intermédiaires sont plutôt bien foutues) si le résultat final n'était pas aussi grotesque. Impossible, même avec la meilleure volonté du monde, de croire que cet Homme de Néandertal est autre chose qu'un mauvais acteur (ou sa doublure) affublé d'un masque simiesque en caoutchouc ou en carton pâte (voire en papier crépon). Alors, oui, si on a la disposition d'esprit pour (si on est débile léger par exemple), on peut en rire, mais c'est plutôt la consternation qui domine. Consternation d'autant plus grande que ce film n'est pas l'oeuvre d'un obscur tâcheron mais d'un homme qui fut considéré comme l'un des meilleurs réalisateurs du début du parlant.

 

 

Ewald André Dupont, puisque c'est de lui dont il s'agit, était, comme son nom hérité d'ancêtres huguenots ne l'indique pas, un des plus célèbres réalisateurs allemands du muet. Relocalisé à Londres au début des années 30, où il dirige les versions trilingues (allemande, anglaise, française) de coproductions européennes, ses travaux sur l'utilisation des effets sonores lui valent l'admiration générale et un pont d'or de la part de Carl Laemmle pour intégrer les studios Universal. Dupont prit une première fois sa retraite en 1940 (peut être pas de façon totalement volontaire) avant de réintégrer les plateaux de tournage à l'orée des années 50 (sans doute pour des raisons purement "alimentaires") pour une seconde carrière beaucoup moins prestigieuse. Soit parce que le coeur n'y était plus, soit parce qu'il avait perdu la main, soit parce qu'il ressentait déjà la maladie qui l'emportera en 1956, soit pour toutes ces raisons réunies, on ne peut pas dire que sa mise en scène tire le film vers le haut.

Dans cette série B qui tire plutôt vers le Z, les interprètes s'en sortent, dans l'ensemble, plutôt honorablement. A une exception près, ce sont tous des quasi-inconnus dont la carrière ne survivra pas à la décennie pour la plupart d'entre eux (les autres n'oeuvreront plus que pour la télévision à partir des années 60). L'exception étant l'acteur principal (Robert Shayne qui joue l'homme de Néandertal et le Professeur Groves) qui fut actif jusqu'à sa mort (à 92 ans) à la fois à la télévision et au cinéma (mais pour le grand écran il ne fit plus que des panouilles pour ne pas dire de la figuration). Robert Shayne est ici, sans contestation, le plus mauvais acteur du lot. La légende veut que Shayne, alors enfant, ait fait pipi sur les genoux (où son père l'avait juché) d'un président des Etats-Unis (William Taft). S'il avait fait caca son existence aurait elle était différente ? C'est sur cette interrogation, hautement philosophique, que je clos cette critique.

 

 

Sigtuna


En rapport avec le film :

# La fiche dvd Bach Films du double programme :

L'homme de Néandertal / Les Mangeurs de cerveau

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