Rouslan et Ludmila
Titre original: Руслан и Людмила
Genre: Aventures , Heroic Fantasy
Année: 1972
Pays d'origine: U.R.S.S.
Réalisateur: Aleksandr Ptushko
Casting:
Valeri Kozinets, Natalya Petrova, Andrei Abrikosov, Vladimir Fyodorov, Mariya Kapnist, Igor Yasulovich, Sergei Martinson...
Aka: Ruslan and Ludmila (Ruslan i Lyudmila)
 

Dans la Russie de Kiev, vers l'an mille, le preux Rouslan vient de vaincre dans la steppe les tribus petchenègues. Il s'en retourne dans la capitale pour épouser Ludmilla sa bien aimée, fille du grand prince Vladimir. Mais il n'est pas le seul prétendant de la princesse : il y a Ratmir, l'héritier du Khan des Khazars, fat et efféminé mais bien fait de sa personne, que son père envoie conclure une alliance indispensable à l'avenir de sa nation ; il y a aussi Rogdai, brave et valeureux chevalier, mais cruel et ombrageux, poussé par son ambition ; il y a enfin le glouton et pleutre Farlaf qui, croyant en sa bonne étoile, s'arrache des bras de ses nombreuses maîtresses et quitte son domaine campagnard pour tenter sa chance. Mais quand arrivent à Kiev les ambassadeurs byzantins pour assister au mariage de Ludmilla, c'est bien le preux Rouslan qui a été élu. Le soir de la noce, alors que Rouslan se trouve enfin seul avec son aimée dans la chambre nuptiale, celle-ci est enlevée par magie. Rouslan, effondré, ne peut que révéler sa mésaventure au grand prince Vladimir qui, incontinent, annule le mariage et promet la moitié de ses états et la main de sa fille à qui la lui ramènera. Rouslan et ses trois rivaux partent aussitôt...

 

 

Un brave et valeureux chevalier, un nain libidineux doté de pouvoirs magiques considérables poursuivant de ses assiduités une belle princesse en détresse, une sorcière laide et maléfique, des hordes de nomades cruels et fourbes ravageant la steppe, un sage ermite, des ondines et des nymphes tentatrices, des monstres comme s'il en pleuvait, des péripéties multiples et même un tigre de Sibérie, le tout dirigé par le plus grand génie des effets spéciaux de l'histoire du cinéma, il faudrait vraiment être difficile pour ne pas être comblé. Il faut donc croire que je suis devenu difficile car, malgré tous ces atouts, et bien que le film soit globalement une réussite, je n'ai pas été comblé, et force m'ait été de constater que ce Rouslan et Ludmila se situe deux coudées en dessous du Géant de la steppe et de Sadko. Enfin, relativisons, pour paraphraser Salvador Dali (car, quoiqu'en dise le proverbe, étaler sa culture même à mauvais escient ça en impose), si on compare ce film à ses deux illustres aînés précités, on ne peut qu'être déçu. Mais si on le compare à l'ensemble de la production cinématographique actuelle, on ne peut que ranger ce métrage parmi les chefs-d'oeuvre.

 

 

Cet ultime film du grand Aleksandr Ptushko est considéré par beaucoup comme son chant du cygne. En effet, lors de sa réalisation (qui prit pas moins de quatre ans), Ptushko souffrait déjà du cancer qui l'emportera quelques mois après la sortie de Rouslan et Ludmila et, par ailleurs, ses oeuvres de la décennie précédente (les années 60) avaient plutôt déçu. Alors, plastiquement c'est en effet superbe (le mot est faible), les décors sont magnifiques et il y a une avalanche d'effets spéciaux "old school" qui sont justement du plus bel effet. On a l'impression que le réalisateur a mis, dans ce film testament, un échantillonnage de toute sa carrière. Le palais troglodyte du nain Chernomor rappelle celui de la "princesse de la montagne de cuivre" de La fleur de pierre, mais aussi le "pays de Pohjola" de Sampo et même les Indes de Sadko. Les scènes kiéviennes évoquent Le conte du tsar Saltan mais également Sadko. Enfin, comment ne pas faire le parallèle entre les Petchenègues de ce film et les "Tugars/Polovtses" d'Ilya Muromets.
Cette impression d'assister à une sorte de "digest" de ses oeuvres précédentes marque aussi les limites d'un film visuellement très inventif, mais plus classique dans son scénario, multipliant des péripéties souvent répétitives.

 

 

Car, et c'est peut-être là l'origine des défauts (mineurs certes) de ce métrage, il s'agit, comme pour le précédent film de Ptushko Le conte du tsar Saltan, d'une adaptation d'un long poème épique de Pouchkine ; et pour ces deux films le réalisateur et scénariste s'est montré trop respectueux de l'oeuvre littéraire (mais pouvait-il faire autrement en adaptant une "icône" de la culture russe) en conservant les dialogues d'origine en vers qui ont un côté artificiel et pompeux assez pénible. Dieu merci, Rouslan et Ludmila est beaucoup moins verbeux que Le conte du tsar Saltan et comprend de nombreuses scènes quasi muettes qui sont de loin les meilleures du film. On citera en particulier celles dans le palais de Chernomor et la bataille finale contre les Petchenègues, qui se distinguent des scènes de combats d'Ilya Muromets par des effets (volontaires, n'oublions pas qu'il s'agit avant tout d'un film destiné à un public "familial") grand guignolesques non sanglants. On notera que ce respect de l'oeuvre littéraire est sans doute responsable de quelques longueurs dans le film (deux heures trente quand même, mais il sortit en deux parties sur les écrans soviétique). Par exemple, les scènes avec le Prince Khazar ne servent à rien, mais vraiment à rien, si ce n'est à voir quelques accortes figurantes et à retrouver l'estonienne Eve Kivi (paraît-il la maîtresse d'un producteur de la Mosfilm) treize ans après Sampo, dans un rôle muet.

 

 

Indéniablement, la musique est un des points positifs du film, même si on se serait passé de quelques scènes de ballet. Inspiré de l'opéra de 1842 (composé par Mikhail Glinka), elle est l'oeuvre de Tikhon Khrennikov, l'un des plus grands symphonistes russes du 20ème siècle, qui fut de 1948 à 1991 le président de l'union des compositeurs soviétiques, et donc le censeur de ses collègues. Le duo d'acteurs interprétant les rôles titres est beaucoup moins convaincant. Valeri Kozinets, qui joue Rouslan, manque cruellement du charisme d'un Boris Andreyev ou d'un Sergei Stolyarov. Il est doté, de plus, d'un visage assez étrange. La petite Natalya Petrova, qui joue Ludmila, est mignonne (sans plus) mais ne sait que minauder ; ce métrage sera d'ailleurs son unique apparition sur le grand écran. Dans des rôles secondaires, on retrouve des habitués de l'oeuvre de Ptushko (et tout simplement des grands noms du cinéma soviétique) : Sergueï Martinson en ambassadeur byzantin (un rôle là encore inutile, mais c'est toujours un plaisir de voir Martinson), et le vétéran Andrei Abrikosov qui reprend le rôle du grand prince de Kiev seize ans après Le géant de la steppe. Notons qu'Abrikosov, qui était aussi grand acteur qu'ivrogne notoire, avait la réputation de ne jamais retenir ses dialogues (au théâtre) et d'improviser complètement ses répliques sur scène.

 

 

Le rôle plus conséquent du sorcier Chernomor est joué par Vladimir Fyodorov (le nain de service dans les films russes des années 70 et 80), qui sera un mémorable "nain en pantalon jaune" dans Kin dza dza ! (même si sa prestation, muette, se limite à traverser un couloir). Le biélorusse Igor Yasulovich, qui joue ici l'ermite finnois, apparaîtra lui aussi au générique de Kin dza dza !, mais pas dans le film car on n'y entend que sa voix. Yasulovich, actif jusqu'en 2009, est l'un des plus célèbres doubleurs russophones de dessins animés.


Globalement, donc, un casting plus qu'acceptable pour un film qui mérite largement un 9/10.

Sigtuna

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