Crimes dans l'extase
Titre original: Sie tötete in Ekstase
Genre: Horreur
Année: 1970
Pays d'origine: Allemagne de l'ouest / Espagne
Réalisateur: Jess Franco
Casting:
Soledad Miranda, Fred Williams, Howard Vernon, Paul Muller...
Aka: She Killed in Ecstasy / Mrs. Hyde (titre de tournage) / Sylvia dans l'extase / Lubriques dans l'extase
 

Le Dr. Johnson (Fred Williams) est un scientifique ambitieux : ayant récemment découvert les propriétés exploitables sur l'homme d'un mélange d'hormones humaines et animales, il s'attend à ce que ses supérieurs fassent passer ses expérimentations à un niveau prioritaire. Sa désillusion sera grande : loin d'être enthousiastes, les quatre pontes qui lui servent de chefs le réprimanderont sévèrement, condamnant avec fermeté voire impolitesse ses expériences "inhumaines". Johnson sera de plus radié publiquement de l'ordre des médecins, et son laboratoire sera détruit après effraction. Détruit, l'homme plongera dans la dépression nerveuse puis se donnera la mort. Sa femme aimante (Soledad Miranda, dont le personnage n'est pas nommé), désespérée, décidera de venger la mémoire de son époux en assassinant les quatre scientifiques ayant détruit sa vie.

 

 

Bien qu'étant une oeuvre à la qualité discutable, Crimes dans l'extase est un film alignant un casting aussi maigre que prestigieux. Outre Soledad Miranda, superbe égérie du réalisateur, nous y retrouvons ainsi dans les rôles des quatre futures victimes les trognes bien connues de Howard Vernon, Paul Muller, Ewa Strömberg, soit trois acteurs fétiches de Franco, ainsi que Franco lui-même qui, malin, s'affiche cloué sur une chaise tandis que Soledad Miranda l'échaude copieusement. Le reste du casting se compose de Fred Williams dans la peau d'un Dr. Johnson très tôt réduit au rang de macchabée dont la dépouille restera incompréhensiblement disposée sur le lit de sa femme. Enfin, Horst Tappert, Derrick lui-même, tiendra le rôle du policier chargé d'enquêter sur la destruction du laboratoire de Johnson, puis sur les meurtres. Tous les autres acteurs du film font office de figurants et ne sont d'ailleurs pas crédités au générique. On ne peut donc que saluer ce casting intégralement "familial" répondant parfaitement à ce que l'on attend de lui.
Une fois de plus, Soledad Miranda se révèle aussi belle femme qu'excellente actrice dans un rôle lui faisant alterner l'émotion d'une veuve éplorée et la perversité d'une meurtrière aguichant ses victimes pour les attirer au lit et les assassiner sauvagement pendant l'acte d'amour, ponctuant ses meurtres de castrations post-mortem. Ce mélange de subtilité et de violence caractérise parfaitement le personnage, capable d'attirer les victimes à elle même lorsque son identité et ses intentions ont été éventées. Un peu gros jugeront certains, mais il est possible de préférer l'interprétation ironique, ces victimes étant, malgré leurs remontrances sur "l'inhumanité" des expériences du Dr Johnson, des pervers dissimulés : masochiste, lesbienne nymphomane ou bien tout simplement des hommes amenés à choisir entre d'un côté la vie et l'abstinence ou de l'autre le sexe et la mort. La chair étant faible et Soledad Miranda étant nue, bien entendu, les choix seront vite faits. Franco verse donc dans un érotisme soft, souvent filmé à coup de très gros plans, et l'orgasme est assimilé à la petite mort, comme le veut la tradition.
Il est cependant fort dommageable que ce film, au demeurant bien pensé dans ses séquences d'érotisme et de violence, soit à ce point saboté par un budget comme d'habitude chez Franco extrêmement réduit ne permettant pas au réalisateur de travailler davantage l'aspect technique, notamment au niveau de la photographie, assez immonde et ne rendant pas grâce à Soledad Miranda comme elle le devrait. Le manque d'argent est une première chose négative, mais les choix douteux de Franco en sont une seconde, plus difficilement pardonnable. Quel besoin d'insérer des flash backs, aussi courts soient-ils, au beau milieu des scènes d'amour ? Et quel besoin d'avoir recours à une musique psychédélique omniprésente (signée par le talentueux Bruno Nicolai), placée souvent sur des scènes dont les accents macabres se trouvent ainsi niés ? C'est ainsi par exemple que le film débutera par la présentation d'embryons de foetus humains conservés dans du formol... sur fond musical guilleret d'instruments psychédéliques à résonances indiennes.

 

 

Toujours rayons reproches, et en passant sous silence les zooms et dézooms habituels du réalisateurs (un peu moins intempestifs ici que dans d'autres films, tout de même), signalons aussi un scénario qui, se concentrant sur les meurtres, fait totalement l'impasse sur certains autres points, soulevés pour une raison inexpliquable par le réalisateur, qui s'en détache complètement par la suite. Le policier incarné par Horst Tappert est ainsi utilisé un peu n'importe comment, commençant par se moquer ouvertement d'un des médecins inquiet pour sa sécurité et qui plus tard s'activera... en restant à l'hôpital à surveiller les cadavres. Incompréhensible, surtout qu'il ne lui viendra jamais l'esprit que le meurtrier pourrait bien être l'épouse de feu le Dr. Johnson dont le cadavre rappelons-le reste tranquillement chez lui, à être pleuré par son épouse. C'est avec une légère perplexité que l'on accueillera la seule pensée traversant l'esprit de ce flic largué : l'assassin ne peut être Johnson, puisque celui-ci est mort... La conclusion morale du film, qui lui sera laissée avant le carton de fin, fera également preuve d'une dramatique lenteur de raisonnement de la part du Derrick en devenir. Mais n'en disons pas plus sous peine de paraphraser un pléonasme déjà suffisamment consternant.
Plutôt bancals que ces "Crimes dans l'extase" donnant l'impression d'un réalisateur totalement désintéressé de son sujet au profit de ses scènes érotiques et meurtrières. Il y avait pourtant matière à en tirer quelque chose de bien supérieur... Gageons qu'avec (un peu) plus d'argent et de temps, Franco aurait pu signer là l'un de ses films les plus marquants et se serait certainement davantage appliqué. Mais les gros défauts du film tel qu'il est ne lui permette pas d'être autre chose que moyen.

 

 

Note : 5/10

 

Walter Paisley
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