Kingdom of War - Le royaume des guerriers
Titre original: Koong Saan Mei Yan
Genre: Wu Xia Pian , Aventures
Année: 2008
Pays d'origine: Chine
Réalisateur: Tony Ching Siu-Tung
Casting:
Donnie Yen, Kelly Chen, Leon Lai, Xiaodong Guo...
 

Le royaume de Yan est l'un des 10 royaumes qui composent le pays. Sa spécialité: la guerre. Avec ses voisins. Ou plutôt contre ses voisins. Princesse héréditaire d'une palanquée de guerriers, Yan Fei-Er se retrouve à la tête de son royaume alors qu'elle n'a pas encore l'expérience des armes. Et qu'elle est une femme. Ce qui fait grincer des dents et crisser des épées dans leur fourreau.

Murong Xue-Hu, orphelin adopté par le pays, avait pourtant été désigné par le roi au moment de sa mort (sur le champ de bataille et sous l'action d'un traître) pour lui succéder. Mais son statut de bâtard sans parentèle connue risquant de provoquer trop de remous, il facilite l'adoubement de celle qui l'appelle frère Hu.

Une femme sur le trône et puis quoi encore?

 


C'est, en gros, le message que son cousin Yan Hu-Ba et sa clique de suiveurs affichent en clair avant de s'incliner et de poser le genou à terre en guise de soumission. Provisoire du moins. Pour un guerrier comme Hu-Ba, pas question en effet de laisser ce royaume qui s'est bâti dans le sang des batailles aux mains d'une femme qui n'a même pas eu de formation guerrière.

Qu'à cela ne tienne, la brave Fei-Er se lance dans une suite de cours accélérés de combat à l'épée, au bâton, à l'arc et à mains nues. Et elle s'en prend plein la gueule, Murong Xue-Hu ne lui épargnant rien afin de l'endurcir et de la rendre digne du rang qu'elle occupe.

Si le frère Hu est intraitable, il n'en est pas moins juste et les liens qui les unissent, remontant à l'enfance, resteront indéfectibles. L'entraînement qu'il procure sauvera d'ailleurs ensuite plus d'une fois la princesse des mauvais coups de ses adversaires.

Et ils sont nombreux ses adversaires. Les voisins du royaume de Xhao d'abord, dirigés par un roi et son fils, dont la seule motivation guerrière semble être la haine. Hu-Ba et ses affidés ensuite, les plus redoutables finalement, car leurs coups sont bas et leurs forfaits se déroulent dans l'ombre et par procuration.

Hu-Ba a en effet embauché, pour ses basses oeuvres, des rescapés de la confrérie de la Nouvelle lune, des affreux sans pitié que l'on pensait disparus depuis que les 10 royaumes s'étaient unis pour les anéantir. Eh bien il en restait. Et ils sont bien décidés à accomplir la mission pour laquelle ils ont été payés: occire la princesse et, par ricochet, permettre l'accession au trône de son cousin félon.

 

 

C'est d'ailleurs en voulant échapper à ses poursuivants que Fei-Er rencontre Duan Lan-Quan. Ingénieur, docteur, apiculteur et bien d'autres choses encore (mais piètre cuisinier), Lan-Quan sera celui qui sauvera la princesse des griffes de ses ennemis et des flèches empoisonnées de leurs sarbacanes. Il est aussi celui qui lui ouvrira les yeux sur la possibilité d'un autre monde, pacifié, apaisé, où le sacrifice de ses habitants ne sera plus le prix à payer pour des guerres sans fin aux motifs oubliés.

Lan-Quan qui vit dans un coin de forêt dans une "cabane" étagée sur plusieurs niveaux (et sur différents arbres) reliés entre eux par des passerelles, est un solitaire qui offre à Fei-Er une part de rêve qu'elle n'imaginait même pas. Un paradis sur Terre. Et une terre vue du ciel, à l'aide d'une de ses créations, rien moins qu'une montgolfière avant l'heure. Le monde est plus beau vu d'en haut (et pour emballer une princesse, il faut bien ça!)

Mais rien n'est simple au royaume des guerriers et les haines, les traitrises, les luttes intestines vont vite rattraper les deux tourtereaux au sein de leur ilot de paix, et obliger Fei-Er à assumer son héritage guerrier. Pour sauver son royaume, elle ne pourra en rester à l'écart et elle devra bel et bien remettre son armure et se rendre au combat...

 

 

C'est un beau programme que nous propose Chin Siu-Tung: de l'action, du romantisme, des inventions étonnantes, des combats multiples. Mais c'est un programme, hélas, un peu éventé... Les différents protagonistes sont vite caractérisés et chacun occupe son rôle sans une once d'ambiguité. La princesse est noble, le général Xue-Hu est héroïque, le traître Hu-Ba est vil, les tueurs de la Nouvelle lune sont impitoyables. Chacun est à son poste et rien ne pourrait l'en détourner. La trame est limpide et presque simplifiée. Le manichéisme pointe très vite son nez. Même le calme Lan-Quan, dont la science du combat prouve qu'il a un passé, n'offre qu'un relief peu accidenté.

Tout est lisse, trop lisse. Les séquences avec les tueurs de la confrérie de la Nouvelle lune, armés de sarbacanes, sont les meilleures mais, même là, elles nous laissent sur notre faim. Ils courent à la poursuite de leur proie dans la forêt, sautent et bondissent, envoient leurs fléchettes empoisonnées mais, malgré cela, restent sous-employés.

Les autres scènes de combats, très nombreuses, qu'elles soient épiques et livrant une armée contre une autre ou plus réduites, entre deux adversaires, sont efficaces et bien filmées (Chin Siu-Tung a du métier) mais bourrées de tics très actuels qui voient s'additionner ralentis et passages accélérés, comme si le réalisateur n'avait pas confiance dans l'efficacité de ses images et se sentait obligé d'en rajouter.

 

 

Les scènes romantiques elles-mêmes sont bourrées de clichés. Fei-Er et Lan-Quan font forcément l'amour devant un feu de bois. Et comme "s'aimer, c'est regarder à deux dans la même direction", ils contemplent côte à côte la forêt depuis le perchoir de Lan-Quan, le paysage alentour depuis sa montgolfière... Le tout sur une musique atrocement sirupeuse...

La musique justement. Elle aussi vient gâcher les images. Elle est omniprésente, envahissante et franchement chiante. Quoi qu'il se passe ou presque, il y en a. Redondante, elle souligne à gros traits ce qu'on voit à l'image, comme pour signifier au spectateur qui n'aurait pas compris: "là, c'est triste, là c'est héroïque, là c'est romantique, là c'est..." Ta gueule! On a compris! Merde alors! Arrêtons de prendre le spectateur pour un veau sans cerveau bordel.

Allons bon, voilà que je m'énerve...

Mais c'est parce qu'il y a de la déception alors qu'il y avait du potentiel.

Allez, tout n'est pas négatif non plus, heureusement: comme je l'ai déjà dit, l'ensemble est bien filmé, les costumes sont bien ajustés (mélanges d'armures de temps et de lieux différents, ils habillent leurs hôtes autant qu'ils les protègent, comme une seconde peau, seyante et cuirassée), les paysages sont souvent somptueux et les décors soignés, et le personnage principal est une femme, ce qui n'est quand même pas chose courante, forte et humaine à la fois, bien secondée par deux hommes aux compétences guerrières équivalentes (Lan-Quan et Xue-Hu) mais aux points de vue très divergents. D'un royaume de guerriers, la princesse veut faire un monde de paix (bon, les plus retors diront que c'est un peu hypocrite de bâtir un film bourré de combats autour d'un thème présentant le silence des armes comme chemin vers un monde meilleur, mais je ne suis pas retors...). Et, bien que formaté, le film n'offre pas de véritable happy end, évitant cette facilité que n'aurait pas reniée un réalisateur sans âme.

 

 

Bref, du bon, du moins bon mais surtout du mauvais qui parasite le meilleur. Ce dernier n'étant pas non plus exceptionnel, il en ressort un avis plus que mitigé. Celui qui n'en attendra pas grand-chose et voudra juste voir du spectacle péter sur son écran, pas de problèmes, il sera comblé. Celui qui espèrera un film plus fouillé et plus habité, risque bien d'en ressortir déçu. Dommage...

 

Bigbonn
 
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