Jo Limonade
Titre original: Limonádový Joe aneb Konská opera
Genre: Comédie musicale , Parodie , Euro-Western (hors spagh)
Année: 1964
Pays d'origine: Tchécoslovaquie
Réalisateur: Oldřich Lipský
Casting:
Karel Fiala, Olga Schoberová (Olinka Bérova), Milos Kopecký, Květa Fialová, Rudolf Deyl, Bohuš Záhorský, Vladimír Menšík, Josef Hlinomaz...
Aka: Lemonade Joe
 

Dans la pittoresque petite ville de Stetson (Arizona), à la grande époque du Far West, l'essentiel des activités sociales (qui consiste principalement à se battre, se murger, et casser des chaises) se concentre dans le saloon tenu par le maléfique Doug Badman et où officie le "rossignol de l'Arizona", la brune et volcanique Tornado Lou. Mais la "tranquillité" des lieux est troublée par l'arrivée d'un représentant d'une ligue de tempérance, Ezra Goodman, et de sa fille, la blonde et virginale Winifred. Leur croisade anti-alcoolique n'étant pas du gout de Badman, les Goodman sont pris à parti par Grimpo, le terrible homme de main du propriétaire du saloon. Alors que sous les yeux goguenards de la clientèle, la vie de Winifred (et pis encore, son honneur) sont grandement menacés, surgit un cavalier (quoique à pied) dans une tenue blanche immaculée, qui ne tarde pas à sauver Winifred et humilier Grimpo. C'est le célèbre Jo Limonade, dont l'habileté au colt et le prosélytisme pour la limonade Kolaloka sont légendaires. Winifred et Tornado Lou en tombent immédiatement amoureuses. Plus tard, dans la grand rue, Jo Limonade abat de trois coups de revolver quatre rufians dévaliseurs de banques qui venaient de sortir indemnes d'une fusillade apocalyptique.

 

 

Devant cet exemple édifiant, les cow-boys abandonnent le saloon de Badman pour se précipiter vers le bar à eau (nouvellement fondé) de Goodman, où l'on sert le Kolaloka en abondance et en exclusivité. Mais les motivations de Jo Limonade (le personnage), dont la devise est "je sers la loi et la limonade Kolaloka car les deux sont identiques" ne sont-elles pas plus bassement matérialistes que ce que ses actes semblent montrer ? Quoi qu'il en soit, les résultats positifs ne se font pas attendre et les cow-boys querelleurs qui, saouls se rataient lamentablement, désormais sobres s'entretuent proprement. Bref, tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes quand arrive à Stetson, sous la défroque d'un joueur professionnel, Horace Badman, le frère de Doug et la pire crapule du Far West, à l'âme plus noire que sa fine moustache ; recherché dans quatre états pour assassinats, pillages, vols et, infamie parmi les infamies, tricheries au poker...

 

 

Plus grand succès au box-office local du cinéma tchécoslovaque et, selon la légende, film préféré du grand Henri Fonda, cette comédie parodique particulièrement enlevée est l'exemple le plus célèbre et le moins représentatif de ce que l'on appellera aux Etats-Unis le "Red Western". Je n'insisterai pas trop sur cette terminologie qui regroupe des éléments trop épar et diversifiés pour constituer un genre spécifique (leur seul point commun étant de provenir de pays du bloc communiste) pour considérer plutôt Jo Limonade (le film, pas son héros éponyme) comme un western parodique et même comme le plus réussi de tous. Situé quelque part entre Mack Sennett et Mel Brooks, jouant sur le même registre que les comédies potaches américaines des années 80 ("Trois Amigos" par exemple) mais en leur étant bien supérieur, ce film parodie ce qui à l'époque (le début des années 60) était considéré comme le western classique, celui de la fin du muet et du début du parlant (on pense autant à Tom Mix qu'aux films aujourd'hui bien oubliés de Roy Rogers, le cow-boy chantant). Mais c'est aussi une parodie des canons du genre de la mythologie "westernienne", telle que définie par Hollywood avant l'irruption du "spaghetti western", canons qui sont donc intemporels, ce qui fait que l'humour du film n'est pas daté ou, en tout cas, fonctionne sur quelqu'un qui n'aurait jamais vu de film muet ou de western chanté.

 

 

Autre élément comique plus spécifique à l'origine du film, la caricature du "matérialisme" américain qui culmine dans la scène finale. Ce n'est naturellement pas un hasard si le nom de la boisson dont le héros est le héraut rappelle celle d'un soda de couleur noire, longtemps symbole de l'impérialisme culturel et économique des USA. Les partis pris esthétiques du métrage, qui participent à son aspect parodique (ici du cinéma muet), au rendu assez ludique, des filtres colorés et des scènes d'actions en accéléré (hommage au burlesque de la grande époque) ou au contraire au ralenti, pourront peut être en rebuter certains mais j'en doute. Par contre, la surabondance de chanson country ou jazzy, faisant de ce métrage une quasi comédie musicale (son titre original peut se traduire par "Limonade Jo ou l'opéra équestre") est plus gênante, même si toutes ces chansons, plutôt enlevées et drôles, restent dans l'esprit du film. Au final, un défaut plutôt mineur en regard de toutes les qualités de ce western si original.

Paradoxe pour un film qui est aussi une comédie musicale, Jo Limonade est tiré d'un roman homonyme de George Brdečka, écrivain mais aussi cinéaste, qui en assura l'adaptation conjointement avec le réalisateur Oldřich Lipský. Oldřich Lipský est (avec son cadet Václav Vorlícek) un des deux grands noms de la comédie tchèque des années 60 et 70. Issu d'une famille de comédiens, frère cadet d'un acteur célèbre (Lubomír Lipský), père et grand-père de comédiens et comédien lui-même à ses débuts (à la fin des années 40), il passa par la mise en scène de théâtre avant de devenir un célèbre réalisateur de comédies déjantées le plus souvent coécrites avec George Brdečka (le duo Lipský - Brdečka étant le pendant de celui constitué par Vorlícek et Macourek), mais aussi parfois avec Milos Macourek.
Notons que les extérieurs désertiques du film ont été tournés dans une ancienne carrière de calcaire (la Bohême étant relativement pauvre en déserts) située à vingt cinq kilomètres au sud de Prague.

 

 

L'acteur principal, Karel Fiala, est un authentique ténor d'opéra. Il jouera l'interprète de Don Giovani dans "Amadeus", et est le seul à ne pas être doublé dans les numéros musicaux. Květa Fialová, l'interprète de Lou Tornado, et Milos Kopecký, qui joue Horace Badman, empruntent pour les parties chantées les voix des deux plus célèbres chanteurs tchécoslovaques de l'époque, Yvetta Simonová et Karel Gott (surnommé la voix d'or de Prague). Si Milos Kopecký était déjà à l'époque une énorme vedette (il fut entre autres, deux ans plus tôt, l'inoubliable Baron de Crac de Zeman), ce film marque les débuts cinématographique d'Olga Schoberová. Une Olga Schoberová qui ne s'appelait pas encore Olinka Bérova et qui ici crève l'écran, autant pour ses talents d'actrice que pour son physique (la nature l'ayant amplement pourvu pour la maternité). Cette même année 1964, elle fera ses débuts internationaux dans un autre western (allemand celui-là), Les chercheurs d'or de l'Arkansas, avec Mario Adorf et Horst Frank ; tourné dans les mêmes décors de ville que le présent film, décors consistant en de simples façades et qui seront brûlés pour les besoins d'une scène d'incendie. On notera aussi la présence de Vladimír Menšík dans un rôle de barman, et qu'en 2007 une comédie musicale fut tirée du film avec dans le rôle titre... Karel Fiala (82 ans quand même).
Bref, ce Jo Limonade est un régal, à déguster comme il se doit avec un verre de whisky soda.

 

 

Sigtuna

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