Casse de l'oncle Tom, Le
Titre original: Cotton Comes to Harlem
Genre: Blaxploitation , Polar , Comédie
Année: 1970
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Ossie Davis
Casting:
Godfrey Cambridge, Raymond St. Jacques, Calvin Lockhart, Judy Pace, Redd Foxx, John Anderson, Lou Jacobi...
 

Ed Cercueil et Fossoyeur Jones, deux flics de Harlem aux méthodes controversées, assistent à la prêche publique du révérend Deke O'Mailey. Aucun doute, ce nègre en tunique n'est pas un frère mais un ennemi de la cause ; un arnaqueur de première, apôtre d'un mouvement pour un retour aux racines, vendant un aller simple pour l'Afrique aux plus pauvres et démunis comme une libération. Nul doute, également, que le prêcheur bâtard est derrière le braquage sanglant de la caisse soi-disant destinée au retour au pays. Dans un Harlem de requins où les noirs sont réduits à se bouffer entre eux, Ed Cercueil et Fossoyeur Jones vont appliquer à la lettre la loi des blancs-becs pour faire régner la justice et protéger le peuple noir...
Jamais loin, Fossoyeur Jones le violent et Ed cercueil le cynique parviennent assez vite à mettre la patte sur le gang. Seulement, durant une poursuite en voiture échevelée, le butin se perd tandis qu'une balle remplie de coton tombe du camion qui lui aussi était filé...

 

 

S'il s'agit de la première adaptation d'un roman de Chester Himes à l'écran, on ne peut pas dire que les aventures de nos deux flics mal blanchis aient suivi un ordre "chronologique". On se souvient de "Be Calm", qui parut dans la Série Noire sous le titre "Ne nous énervons pas" en 1961, avant d'être adapté à l'écran en 1972 sous le titre "Come Back, Charleston Blue". On y retrouvait le tandem ici présent, à savoir Godfrey Cambridge et Raymond St. Jacques ; un tandem assez efficace même si Godfrey Cambridge ("Friday Foster") a l'avantage sur son comparse d'être pourvu d'un charisme naturel, lequel se passe de dialogues, d'excitation ou d'énervement. Mélange de Droppy et du foetus de Wesney Snipes, sa présence fait ici merveille. Hélas, l'acteur décèdera en 1976, à l'âge de 43 ans, d'une crise cardiaque, en plein tournage de "Victoire à Entebbé" dans lequel il campait Idi Awo-Ongo Angoo alias Idi Amin Dada. Quant à Raymond St. Jacques (qui n'a rien d'une coquille vide puisqu'on l'a aperçu dans "Madigan", "Les bérets verts" puis, entre autres encore, dans "The Final Comedown" en 1972), il lui offre une répartie un brin plus laborieuse quoique trahissant passablement le roman initial. Pour mémoire, dans les romans de Himes, nos deux négros, rois de l'imbroglio, avaient tout de péquenots fraîchement débarqués dans la jungle urbaine de Harlem. Autant dire qu'ici, ils se fondent dès la première image dans le décor. Si le raccourci évite une présentation qui put être laborieuse, elle ôte dans un même temps pas mal de saveur à une bobine censée se replonger dans des racines cotonneuses au sens propre comme au figuré... Pourtant, leur duo demeure tout compte fait assez efficace. Ce n'est pas en tout cas celui formé en 1991 dans la très moyenne adaptation de "La Reine des pommes" (Rage in Harlem) par Bill Duke qui viendrait le contredire, le rôle des deux hommes (campés par George Wallace et Stack Pierce) étant réduits au strict minimum tout comme dans le roman qui les avait originellement fait naître, ce, tandis que Forest Whitaker et Gregory Hines y rivalisaient de moues et gesticulations.

 

 

Avant d'être un film, Cotton Comes to Harlem est donc un roman noir qui faillit ne jamais voir le jour. Chester Himes raconte dans son autobiographie ("Regrets sans repentir") qu'il avait relu les dernières épreuves du roman, alors en vacances en Crète. Sauf qu'il les oublia à l'une des tables du buffet de l'aéroport d'Athènes à son retour vers Nice. Tous les correspondants du "Time & Life" au Proche-Orient furent alors mis à contribution pour les retrouver. Celles-ci définitivement égarées, Himes dû les reprendre intégralement pour les rendre à l'éditeur Marcel Duhamel en toute hâte, alors qu'à cette même époque commençait à s'émousser sérieusement son envie d'écrire des histoires de flics et de brigands dans Harlem. Le résultat de cette urgence fut un petit chef-d'oeuvre de verve iconoclaste n'ayant rien à envier à "La reine des pommes ou "Imbroglio Negro". Sauf qu'à l'écran, Ossie Davis, acteur vétéran fort déjà d'une trentaine de rôles pour le cinéma ou la télévision (et qui, du reste, débuta dans "La porte s'ouvre", un film noir doublé d'un pamphlet antiraciste, tourné par un Mankiewicz assez inspiré) a bien du mal à garder le rythme sur les 96 minutes que dure le film.

 

 

Ainsi, s'enchaînent des situations de façon trop décousue, souvent plombées par un manque d'imagination flagrant derrière une caméra trop statique. L'aspect volontairement grotesque et caricatural des personnages devient par moments à l'écran lourd et manichéen, tandis que Cotton Comes to Harlem s'attarde trop sur le personnage du prêcheur Calvin Lockhart (Le dernier train du Katanga, Predator 2...) qui livre une prestation assez pénible à force de cabotinage.
Heureux finalement que les rues de Harlem soient si bien captées, que le mythique Apollo Theater soit tant mis en valeur, que Judy Pace ("Cool Breeze", 1972) et Emily Yancy ("Blacula") soient aussi jolies et viennent éclairer de leurs présences un univers très masculin ; heureux aussi que la race blanche soit ici aussi sèchement représentée, notamment par l'excellent John Anderson ("Soldat bleu"), et que la partition de Galt MacDermot ("Hair" de Forman) soit, sans être transcendante tout en étant parfois utilisée de manière peu pertinente, plutôt sympa ; sinon quoi Le Casse de l'oncle Tom ne casserait pas des briques. Finalement, un peu comme un match de basket, le premier tiers-temps est confus mais prometteur, le second s'enlise à l'instar d'une enquête qu'on aurait tendance à oublier, tandis que durant le troisième, nos flics nègres parviennent in-extremis à arracher le nul. Moyen donc.

 

 

Mallox

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