Derniers Jours d'un empire, Les
Titre original: Il crollo di Roma
Genre: Peplum
Année: 1963
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Antonio Margheriti
Casting:
Carl Möhner, Loredana Nusciak, Giancarlo Sbragia, Maria-Grazia Buccella, Andrea Aureli, Ida Galli…
Aka: Rome in Flames / The Fault of Rome
 

Après la mort de l'empereur Constantin, son successeur Julius monte sur le trône. Commence alors une persécution envers les chrétiens. Persécuté comme tous ceux qui partagent sa foi, le tribun Marcus est sauvé grâce à la complicité d'un groupe de soldats. Réfugié auprès d'une tribu barbare, il parvient à convaincre son chef, Rako, de prendre le glaive pour défendre les opprimés contre la tyrannie sanglante de l'Empire. Mais lorsque de retour de lointaines expéditions, l'empereur Caius donne à Marcus l'occasion de se justifier, ce dernier n'hésite pas à former un corps d'élite contre ses anciens alliés, et demande à la princesse Svetla de le rejoindre.

 

 

En visionnant le film de Margheriti, on peut imaginer aisément l'élaboration du projet. Un jour, Marco Vicario, producteur et ami de Margheriti, lui dit autour d'une pizza Margherita : "Dis-moi, Antonio, je viens de produire deux péplums et il me reste encore un peu de monnaie en poche, ça te dirait d'en réaliser un troisième vite fait bien fait ?"
Le réalisateur accepte le défi à condition que le producteur paye la note du restaurant. Se mettant en quête d'une histoire, Margheriti et ses scénaristes nous entraînent cette fois dans un péplum biblique, en se basant vaguement sur deux faits historiques : la persécution des chrétiens ainsi que le tremblement de terre de Rome, en sachant que les deux se sont déroulés à des années d'intervalles. Faisant fi de toute crédibilité historique (le Colisée s'effondre lors du tremblement de terre), le script essaye d'aligner un maximum de rebondissements et de scènes d'action afin de combler les 80 minutes réglementaires. Et il faut bien avouer que ce bon vieux Margheriti n'a pas son pareil pour maintenir le rythme du récit et ménager le suspense, même si c'est parfois au détriment d'une certaine cohérence, notamment dans les décisions des personnages.
Ainsi, si les Chrétiens rechignent à s'affronter dans l'arène, ils ne sont pas contre casser du barbare sur un champ de bataille, même si celui-ci les avait auparavant accueilli. On pardonnera au personnage Loredana Nusciak de trahir les siens au nom de l'amour ; d'ailleurs on lui pardonne tout à la belle Loredana, surtout lorsque le réalisateur use et abuse de gros plans de son magnifique visage, histoire de bien appuyer son propos. Par contre, on serait moins indulgent envers ce phallocrate de Marcus, interprété sans trop de conviction par Carl Möhner. Ce n'est pas que l'acteur soit mauvais, mais avec son look à la Jacques Martin il est aussi crédible dans un péplum que Sarah Palin à l'élection présidentielle (quoique en Russie elle aurait peut-être sa chance !)

 

 

Avec son budget, Margheriti n'avait évidemment pas les moyens de s'offrir des "stars exilées" comme Richard Harrison ou Guy Madison. Il doit donc se contenter d'acteurs "européens" comme Carl Möhner, dont le titre de gloire est d'avoir été le capitaine du Bismarck dans le film "Coulez le Bismarck". A cette époque il était sur la pente descendante, enchaînant sans vraiment de passion les séries B avant d'arrêter le cinéma pour la peinture (artistique). Par contre, en engageant l'actrice Loredana Cappelletti alias Loredana Nusciak, le réalisateur ne se doutait pas qu'elle allait devenir quelques années plus tard une icône du western spaghetti grâce au rôle de Maria la prostituée au regard triste dans Django. Aujourd'hui encore elle est indéniablement l'un des atouts de cette petite production, surtout que la belle n'aura malheureusement pas une carrière à la hauteur de son talent (sa beauté ?). Elle tournera une trentaine de films dont six westerns : "Django, 10.000 dollari per un massacro", "Dieu pardonne à mon pistolet", "Gringo joue sur le rouge", "L'homme qui venait de Canyon-City", "Vendetta à l'Ouest", et quelques curiosités comme Superargo contre Diabolicus, "Karaté à Tanger pour agent Z7 "ou "Coup de Force à Berlin" alias "Tiffany Memorandum", mais ses apparitions sont tellement rares et quelques fois anecdotiques que c'est toujours un plaisir de la voir à l'écran.

 

 

Avec son budget, Margheriti ose tout et n'a rien à perdre. Conscient que son final (le tremblement de terre) ne sera pas suffisant pour combler le spectateur, il n'hésite pas à emprunter quelques séquences à d'autres productions. Ainsi, les scènes de combats sont issues d'un film de Terence Young et Ferdinando Baldi, "Les Horaces et les Curiaces" (1961), l'incendie de Rome qui ouvre le film est tiré du film de Carmine Gallone "Carthage en flammes" (1960) et les scènes d'arènes proviennent largement d'une précédente production de Marco Vicario : Seul contre Rome (1962). Ce copier/coller donne évidemment à l'ensemble un cachet assez surréaliste, les combats étant particulièrement difficiles à suivre puisque les tenues changent presque à chaque plan. Certains remarqueront peut-être la présence de palmiers lors de l'incendie de Rome (normal, puisque c'était censé être Carthage !). Ne parlons pas des décors qui changent de configuration suivant les séquences. A cela, le réalisateur ajoute quelques barbares tendance peaux de bêtes (récupérés sûrement sur une autre production). A ce titre, la tenue de Loredana résume parfaitement l'esprit bis de l'entreprise courte mais efficace. Le tout caviardé d'images pieuses qui n'auraient pas détonné dans un missel de premier communiant, notamment le patriarche des chrétiens crucifié et ensuite criblé de flèches (Margheriti reprendra l'idée bien plus tard pour la mort de John Steiner dans Nom de code : Oies sauvages), acte de barbarie ultime qui, selon le réalisateur, va déclencher enfin la fureur du juste (non, ce n'est pas Chuck Norris). Le film semble avoir marqué les spécialistes du genre, plus pour la remarquable propension du héros à changer de camp aussi vite que de femmes suivant la tournure des événements que pour ses qualités techniques. Dans un sens, le film préfigurait les futurs cow-boys aussi mal rasés que sans scrupules qui allaient envahir le western.

 

 

C'est loin d'être le meilleur film du réalisateur, mais il est intéressant car il montre bien comment Margheriti réussit, avec une science innée du montage et quelques artifices visuels, à transformer un projet bancal en une série B acceptable.

The Omega Man

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