Vampire, La
Titre original: A Fool There Was
Genre: Drame , Document
Année: 1915
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Frank Powell
Casting:
Theda Bara, Edward José, Mabel Frenyear, May Allison, Clifford Bruce...
 

Tout semble aller pour le mieux chez les Schuyler, riche famille, quasi aristocratique, de la côte Est des USA ;et madame Schuyler, en snobant une élégante que sa fille a involontairement bousculée, ne se rend pas compte qu'elle vient de mettre le doigt dans un engrenage qui finira par briser son couple. En effet, cette étrange femme, qui vit aux dépens d'hommes riches qu'elle domine jusqu'à l'avilissement et dont elle profite jusqu'à leurs ruines, s'est juré de se venger en ciblant Schuyler père comme sa future victime. Aussi, quand ce dernier accepte un important poste diplomatique et doit se rendre seul au Royaume-Uni, elle se trouve sur le transatlantique qu'il doit emprunter...

 

 

Voici donc un des plus célèbres films du muet qui flirte allègrement avec les cent ans d'âge et qu'il est bien difficile aujourd'hui de juger selon des critères cinématographiques standard, tant cet art (le cinéma muet) est différent de ce qui se fera quinze ans plus tard. Certes, différent ne signifie pas inférieur, et durant sa trentaine d'années d'existence le muet a accouché d'un nombre non négligeable de chefs-d'oeuvre. Cela étant, il faut bien dire qu'ici on n'a pas derrière la caméra un grand nom du cinéma expressionniste, ni devant la caméra un génie comique du burlesque, ni une grande machinerie épique visuellement impressionnante. Mais si La Vampire ne se démarque pas par la qualité de son interprétation ni par le brillant de sa mise en scène, ce métrage est loin d'être dépourvu d'intérêt ; cependant celui-ci est plus historique et sociologique, pour ne pas dire ethnographique, que strictement artistique.

 

Ce film va créer au cinéma le mythe de la séductrice prédatrice, un fantasme masculin qui connaîtra bien des avatars par la suite et dont Theda Bara sera la première incarnation sur les écrans américains. Jusque-là, dans le cinéma US, les femmes (quand elles avaient le premier rôle) tenaient soit celui de la pure jeune fille (à la Mary Pickford) qui avait bien des malheurs dont elle finissait par triompher grâce à sa force d'âme et à son abnégation, soit celui de l'héroïne de serial (à la Pearl White) qui subissait force péripéties dont elle finissait par triompher grâce à sa débrouillardise et à son habileté, donc des rôles positifs et pas volontairement érotisés. Bref, la place de sex-symbol était vide, place que Theda Bara, devenue célèbre du jour au lendemain grâce au succès foudroyant de ce film, va occuper.
Cent ans plus tard, il faut bien reconnaître que le sex-appeal de Miss Bara est loin d'être évident, même si son charisme est, au moins dans La Vampire, indéniable.

 

 

Pour mieux comprendre l'oeuvre et son impact, il est utile d'en évoquer la genèse. Ce qui nous fait remonter en 1897, année de la parution du Dracula de Bram Stoker et de l'exposition d'un tableau intitulé La vampire, de Philip Burne-Jones, fils d'un célèbre peintre préraphaélite et cousin germain de Rudyard Kipling, dans lequel une femme en déshabillé domine un homme allongé inconscient qu'elle regarde d'un air prédateur. La même année Kipling, inspiré par ce tableau, écrira un poème du même nom sur un homme (The Fool), victime consentante d'une prédatrice sans scrupules. Ce poème inspirera lui-même en 1909 une pièce de théâtre à grand succès sur la scène de Broadway intitulée "A Fool There Was", dont le présent métrage est l'adaptation.
Précisons, même si c'est évident, qu'il n'y a aucun élément ouvertement fantastique dans le film, le terme vampire étant passé dans le langage courant des anglophones de l'époque pour désigner la séductrice vénale exploitant la faiblesse masculine.

 

 

Inconnue déjà trentenaire au moment du tournage, Theda Bara passe pour la première vedette entièrement préfabriquée par la publicité, ce qui est faux. Ce n'est qu'en 1917, alors que l'actrice est déjà solidement installé comme "la vamp", qu'est créé par le studio Fox pour le lancement de leur première superproduction "Cléopâtre" (où l'actrice jouait bien évidemment le rôle-titre) ; le personnage de "Theda Bara", anagramme d'arab death" (bien évidemment, cet anagramme a été créé en fonction du pseudonyme et pas l'inverse), née en Égypte d'une famille d'artistes franco-italienne (une première version en faisait même une princesse arabe) et vivant dans un décorum orientalisant. Dans la réalité, c'était une fille de boutiquiers ashkénazes du Midwest, dont la vie privée fut aux antipodes de son personnage de vamp, et qui se muera en tranquille femme au foyer une fois sa carrière évanouie. Comme écrit précédemment, même sur les photos publicitaires où elle pose en déshabillé transparent (nous sommes avant le code Hays), le pouvoir de séduction de cette trentenaire potelée ne saute pas aux yeux.

 

Quoi qu'il en soit, La Vampire est désormais la quasi seule possibilité restant au cinéphile de découvrir la vamp "Theda Bara", car tous les autres films qu'elle tourna pour la Fox (près d'une quarantaine) sont désormais perdus, hormis l'obscur et oublié "East Lynne". Ne subsiste sinon qu'un film de 1914, où elle ne joue qu'un petit rôle et est encore créditée sous son vrai nom (Theodosia Goodman) et les trois courts-métrages de son come-back raté à l'aube de la quarantaine. On conseillera donc au cinéphile curieux de tenter l'expérience, à condition de ne pas être allergique au mélodrame édifiant.

 

 

Sigtuna

 

En rapport avec le film :

# La fiche dvd Bach Films de La Vampire

# Le tableau, aujourd'hui perdu, à l'origine de tout :

 

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