Temps des vautours, Le
Titre original: 10 000 dollari per un massacro
Genre: Western spaghetti
Année: 1967
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Romolo Guerrieri
Casting:
Gianni Garko, Claudio Camaso, Fernando Sancho, Loredana Nusciak, Adriana Ambesi, Pinuccio Ardia...
Aka: Guns of Violence
 

Dans une région désertique et néanmoins côtière, frontalière entre le Mexique et les Etats-Unis, l'implacable Django (Gianni Garko sous le pseudonyme de Gary Hudson) exerce la riante profession de chasseur de primes (il n'y a pas de sots métiers). Dans les environs ou peu s'en faut, et du côté mexicain de la frontière, le bandidos Manuel, par vengeance, met à feu et à sang le ranch du riche Mendoza et enlève sa fille unique la belle Dolores, sans doute pour lui faire subir les pires outrages (même si le mascara équivoque qui entoure ses yeux laisse planer le doute quant à son orientation sexuelle). Le père de Dolores se précipite donc auprès de Django, pour lui demander de retrouver le malandrin et de ramener sa fille en lui promettant de doubler la prime (pour l'heure de 3 000 dollars). Mais Django refuse, car il a pour règle de ne pas se déranger pour moins de 10 000 dollars...

 

 

Voilà un film sur lequel votre serviteur a bien du mal à émettre un avis. Non pas que le film soit mauvais, il se laisse regarder sans ennui mais sans enthousiasme aussi. Son principal défaut étant son manque d'originalité qui donne une pesante impression de "déjà vu", parfois en mieux, parfois en moins bien. Alors certes, c'est le propre des films de genre d'emprunter des sentiers balisés et codifiés mais ici l'impression de "déjà vu" est d'autant plus flagrante que le présent métrage s'inspire très fortement d'un de ses glorieux aînés. Et si le héros se prénomme Django (ça ne mange pas de pain), ce n'est pas, malgré la présence de Loredana Nusciak, du coté du film homonyme de Sergio Corbucci qu'il faut chercher mais bien de Et pour quelques dollars de plus dont le Le temps des vautours est à bien des égards un "rip-off". Et sans être un thuriféraire de l'œuvre de Sergio Leone, il faut bien reconnaître que la comparaison est cruelle pour le présent film. Le pire étant la prestation de Claudio Camasso dans un rôle équivalent à celui de son illustre frère (Gian Maria Volontè), le pauvre n'étant pas aidé par un maquillage discutable qui souligne ses traits plus mous et plus juvéniles ; et malgré une indéniable ressemblance physique on a surtout l'impression de voir un mix improbable entre Régis Laspalès et un travelo brésilien singeant le jeu de Volontè dans Et pour quelques dollars de plus.

 

 

Si on s'en tient strictement au scénario, il faut reconnaître que les points de différences (assez nombreux soyons juste) avec son illustre modèle ne fonctionnent pas. Pourquoi diable, par exemple, le héros et son adversaire cherchent la confrontation tout en évitant à tout prix l'affrontement, alors que par ailleurs rien dans leurs "psychologies" et leurs comportements réciproques ne semble justifier qu'ils puissent éprouver un quelconque intérêt (sans même parler d'estime) mutuel. L'une des explications, que l'on peut lire ici ou là, serait que Django et Manuel éprouveraient une attirance homosexuelle latente partagée. Mouais, le problème est que, hormis le maquillage pas très réussi du pauvre Camasso (avec son mascara autour des yeux), rien ne vient étayer cette supposition. Non, en fait le script a tout simplement des trous d'air, et si on évite l'affrontement à chacune de leurs confrontations c'est plutôt parce qu'il faut tenir la distance (et donc les 90 minutes réglementaires) jusqu'au dernier tiers du métrage où, enfin, Django fait ce que l'on attend de lui depuis le début et, enfin, le film décolle. Certes, ce dernier tiers n'est pas plus original que le reste du film avec son passage sadomasochiste obligé, pour justifier l'implacabilité de sa vengeance et son affrontement final entre le héros et la bande du "méchant" dans un village désert, mais c'est plutôt bien fait et la réalisation de Guerrieri qui, jusque là, se contentait de respecter le cahier des charges (hormis dans le prologue) spécifique aux spagh', avec son quota d'ultra gros plans et d'angles biscornus, paraît plus inspiré.

 

 

Mais l'intérêt principal du Temps des vautours, c'est la prestation remarquable de Gianni Garko, beaucoup moins monolithique que ce que l'on voit d'habitude pour ce genre de rôle. Si Garko est moins charismatique qu'un Eastwood (encore que), il a incontestablement une palette de jeu beaucoup plus étendue, et soutient largement la comparaison avec un Franco Nero par exemple. Comme le dira par euphémisme Guerrieri, le jeu "halluciné" de Camasso fait briller par contraste celui tout en sobriété de Garko. Dans les seconds rôles, Loredana Nusciak n'a pas grand-chose à faire (si ce n'est un beau cadavre) et Fernando Sancho exécute son numéro habituel et déjà mille fois vu (mais reconnaissons qu'il le fait bien). Le temps des vautours est aussi le premier spagh' avec une scène sur le bord de mer (jolie mais totalement inutile) et le premier où l'on voit pleurer un héros, trop peu et trop accessoire pour faire de lui un film novateur ou même seulement original. Notons que la musique est signée Nora Orlandi, une des très rares compositeurs femme du cinéma italien (et même mondial). Romolo Guerrieri, qui brillera surtout dans les poliziescos (Jeunes, désespérés, violents et La police au service du citoyen), signe ici son troisième et dernier spagh'. Guerrieri est l'oncle d'Enzo G. Castellari (dans la famille, les cadets prennent pour pseudo le nom de leur mère) et donc le frère de Marino Girolami qui fut à sa manière un pionnier du western italien en signant dès 1964 "I magnifici brutos del West" et qui en cette même année 1967 où sortit sur les écrans Le temps des vautours fit connaitre aux inénarrables Franco et Ciccio les joies du stetson avec "Due rrringos nel Texas".

 

 

Sigtuna



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