Sous le signe de Rome
Titre original: Nel segno di Roma
Genre: Peplum
Année: 1959
Pays d'origine: Italie / France / Allemagne (RFA)
Réalisateur: Guido Brignone et Michelangelo Antonioni (non crédité)
Casting:
Anita Ekberg, Georges Marchal, Folco Lulli, Chelo Alonso, Jacques Sernas, Lorella De Luca, Mimmo Palmara, Paul Muller...
Aka: Sheba and the Gladiator / La regina del deserto
 

Rome, seconde moitié du troisième siècle. Alors qu'il traverse le forum pour se rendre au sénat, l'empereur Aurélien est abordé par un homme qui se détache de la foule. Ce dernier, vétéran de la légion, lui demande de venger ses anciens camarades tombés en Orient du fait de la traîtrise de Zénobie. Au sénat, la question de la rébellion de la reine de Palmyre est débattu, mais devant les révoltes en Gaule et la menace germaine sur les limes, aucune légion ne peut être envoyée en Asie dans l'immédiat. Les sénateurs comptent sur la valeur du chef des maigres troupes restant sur place, Marcus Valerius, pour redresser la situation. A tort, car en Orient Marcus Valerius a été capturé par les Palmyréens pour être amené enchaîné au palais de la reine, sous les lazzis et les crachats de la populace enturbannée. Devant la sculpturale Zénobie, l'attitude fière et inflexible de Marcus Valerius lui vaut d'être condamné à l'esclavage dans les plus dures conditions. Là, il est contraint de prendre en otage le chef sadique des geôliers pour sauver un de ses compagnons d'infortune, ce qui lui vaut d'être enchaîné sur une croix...

 

 

Sous le signe de Rome est un péplum historique à gros budget injustement tombé dans l'oubli (au moins en France) alors que l'on trouve au générique les noms de Riccardo Freda, Sergio Leone et, plus surprenant, Michelangelo Antonioni. A cela s'ajoute un casting trois étoiles avec quasiment que des grands noms du péplum européen, Georges Marchal, Chelo Alonso, Jacques Sernas, Mimmo Palmara, Arturo Dominici (non crédité), auxquels il faut ajouter Paul Müller ce stakhanoviste du bis, le gros Folco Lulli légende du cinéma populaire européen, la future madame Ducio Tessari (Lorella De Luca) et une courte apparition de Gino Cervi, forcément, en empereur. Rajoutons à cela que c'est la première (et unique fois) qu'Anita Ekberg est la vedette d'un film ; par là je n'entends pas le premier rôle féminin mais bien la clé de voûte de tout le métrage, et c'est peut-être là que le bât blesse.
Pour le reste, nous avons un scénario carré mais sans surprise (sans le grain de folie qui fait la saveur du péplum italien, mais aussi sans le manque de rigueur et la désinvolture qui le handicapent souvent) et une réalisation solide quoiqu'un brin impersonnelle, ce qui peut s'expliquer par la présence de trois réalisateurs.
En gros, Sous le signe de Rome pourrait très bien être un de ces péplums hollywoodiens de "série A" tourné en Europe à la même époque. Ce qui n'est d'ailleurs, sous ma plume, ni un compliment ni un reproche, mais permet de cerner en une phrase ses qualités et ses défauts.

 

 

Quoi qu'il en soit, le film vaut mieux que sa réputation de simple "véhicule" pour Anita Ekberg, même si une grande partie du travail de Brignone et (ou) d'Antonioni a consisté à mettre en valeur la sculpturale plastique de leur vedette (bien aidée en cela par le costumier). D'ailleurs Ekberg, même s'il est difficile de se concentrer sur sa prestation, s'avère être dans ce film une actrice très correcte. Mais s'il faut être réducteur, je dirais que le principal mérite de Sous le signe de Rome est d'avoir lancé la carrière de l'incendiaire Chelo Alonso qui, ici, éclipse sans peine à chacune de ses apparitions le reste du casting, sans parler de son numéro de danse où elle fait preuve, entre autres, d'une impressionnante mobilité du bassin. Il faut dire aussi que la cubano-mexicaine Chelo est plus harmonieusement proportionnée que sa consœur. Car, si pour citer un comique has-been et consternant, je n'ai rien contre les blondes à forte poitrine, la sagesse des anciens nous enseigne que "le mieux est l'ennemi du bien" et "l'excès en toute chose est nuisible", et il faut bien dire qu'Anita Ekberg a peut-être été un peu trop gâtée par la nature. Si son physique impressionnant, très "Russ Meyerien", n'a pas fini de faire fantasmer (en tant que modèle inatteignable) toutes les poufs amatrices de silicone et autres injections diverses, pas sûr que ce soit le cas pour les hommes, qui pourraient le trouver plus glaçant que sexy (d'où son surnom d'Iceberg dans le Hollywood des années 50). Il faudra la magie de Fellini pour la transformer, le temps d'une seule scène, en sex-symbol.

 

 

Un mot sur les metteurs en scène. Au générique, ne sont crédités que Riccardo Freda, pour l'unique séquence de bataille, et Guido Brignone pour l'ensemble du film. En fait, c'est Michelangelo Antonioni, alors peu connu, qui aurait remplacé Guido Brignone pour toutes les scènes intimistes, Freda s'occupant des scènes spectaculaires, hélas trop rares. Brignone, vétéran septuagénaire du premier âge d'or (muet) du péplum, était dès le début du tournage très diminué par la maladie. Il mourra d'ailleurs le lendemain de la sortie de ce film sur les écrans italiens. Il va sans dire que si Freda et Antonioni ont "fait le job" très professionnellement, il s'agissait pour eux d'un travail de pur exécutant.
Je n'insisterai par contre pas trop sur la présence de Sergio Leone, quasi débutant dans ce domaine, parmi les cinq co-scénaristes, parce qu'elle est plus anecdotique qu'autre chose.
Pour le casting féminin, en plus des deux "bombes" précédemment citées, je n'omettrai pas la présence de la virginale Lorella De Luca qui forme ici un bien beau couple avec le franco-lituanien (natif de Kaunas) Jacques Sernas. Côté masculin, comme dit plus haut on a du trois étoiles, et dans le premier rôle (même si dans les faits il ne joue qu'un faire valoir du personnage d'Ekberg) Georges Marchal est comme à son habitude impeccable. On notera aussi que Mimmo Palmara a ici un de ses rares rôles positifs, un geôlier chrétien compatissant, ange gardien du personnage de Lorella De Luca. Enfin, les décors sont assez réussis et le désert syrien reconstitué dans des studios bosniaques arrive à faire illusion.

 

 

Sigtuna



En rapport avec le film :

Sous le signe de Rome est inspiré de faits historiques, ceux de l'éphémère royaume palmyréen de Zénobie.
Au milieu du 3ème siècle l'empire romain, en proie à la guerre civile et aux invasions germaniques, n'a plus les moyens, ni l'envie, de protéger ses lointaines provinces asiatiques des menées expansionnistes de la Perse. La tâche en est donc confiée à Odenath, dirigeant de Palmyre, riche cité commerçante syrienne à la frontière de l'empire, qui obtient par la même occasion un statut semi-indépendant. A la surprise générale, Odenath bat les Perses et les repousse derrière leur frontière, mais meurt peu après.
Sa jeune veuve, Zénobie, maîtresse de fait de tout l'actuel Proche-Orient, décide de passer à la vitesse supérieure en attaquant l'Empire romain. Elle annexe l'Égypte mais échoue en Anatolie. Mais entre-temps Aurélien, général des légions du Danube, est devenu le seul maître à Rome. Il se retourne donc contre les Palmyréens qu'il balaye en deux temps, trois mouvements. Zénobie, capturée, est assignée à résidence à Tivoli et sort de l'histoire.
Que Zénobie, reine syrienne décrite comme ayant "le teint foncé, les dents de perle et les yeux noirs", soit incarnée par la blonde et nordique Anita Ekberg, c'est là tout le charme de Cinecita.

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