A Devilish Murder
Titre original: Salinma
Genre: Horreur , Epouvante , Fantastique , Macabre , Esprits , Possession
Année: 1965
Pays d'origine: Corée du Sud
Réalisateur: Yong-min Lee
Casting:
Ye-chun Lee, Geum-bong Do, Ae-ran Jeong, Bin-hwa Lee, Kung-won Nam...
Aka: A Devilish Homicide / A Bloodthirsty Killer
 

Lee Shi-mak est père de trois enfants. Après la mort de sa femme, Ae-ja, dix ans plus tôt, il s'est remarié avec Hye-sook, l'ancienne femme de chambre. Tous les cinq mènent une vie relativement paisible en compagnie de la mère de Shi-mak, dont le mari est mort il y a plus de vingt ans...

 

 

Voici Shi-mak qui se rend à une exposition de peinture à laquelle il a été convié. En arrivant, il trouve un bâtiment vide... mais pas tout à fait puisque le seul objet présent et semble-t-il mis en évidence est un portrait de son ex-femme. Un portrait qui, par ailleurs, semble presque se mouvoir. Choqué, il se presse de prendre un taxi pour rentrer chez lui, mais, alors que le chauffeur lui annonce que c'est le jour des morts, il est emmené contre son gré et de manière plutôt brutale dans une maison à la campagne. Sur place, il y fait la rencontre d'un artiste-peintre, un certain Park Joon-chul. Ce dernier lui confie alors le portrait d'Ae-ja, le même que Shi-mak a aperçu à l'exposition. Le peintre le supplie alors de le prendre puis de partir rapidement, mais minuit sonne et, hystérique, il cache Shi-mak sous son lit. C'est de là que ce dernier assiste au meurtre de l'artiste, poignardé dans le dos par ce qui ressemble à Ae-ja qui semble être sortie de la toile, comme revenue des morts ! Une fois celle-ci disparue de la pièce, Shi-mak s'enfuit avec le portrait, mais en arrivant chez lui, il trouve le corps inconscient d'Ae-ja, comme si elle n'était qu'évanouie sans avoir vieilli en dix ans. Il l'emmène chez son ami, le Docteur Park, qui, perplexe devant son état, doute de sa vie. Park effectue par ailleurs des prélèvements sanguins et le sang se révèle... blanc ! Alors que Shi-mak, resté au chevet de son ex-femme, s'absente de la pièce, Ae-ja se réveille et tue le médecin avant de disparaître à nouveau...

 

 

Sorti en 1965, A Devilish Murder est un film précieux car, outre les indéniables qualités qu'il possède, il demeure l'une des rares bobines fantastiques et horrifiques coréennes anciennes qui n'aient pas disparu le temps passant. Durant les années 60, le cinéma sud-coréen pouvait pourtant s'enorgueillir d'une certaine vitalité dans ce domaine et Yong-min Lee fut le précurseur en la matière, en plus d'être l'un des principaux artisans du thriller horrifique, prestigieux dans son pays bien que peu exporté. Dès 1961, il tourne "A Flower of Evil" (Akui ggot) dans lequel un scientifique parvient à créer une plante capable de tuer des gens et dont il se sert comme instrument de vengeance. Une histoire qui n'est bien entendu pas sans faire penser à La Petite Boutique des horreurs, Yong-min Lee semblant marcher sur les traces de Roger Corman (qui tourne La Tombe de Ligeia la même année). Il fait, quoi qu'il en soit, partie des cinéastes qui alimentent régulièrement l'industrie cinématographique coréenne en thrillers horrifiques et en films fantastiques sortis tout droit de l'Enfer avec des titres tels que "The Gates of Hell" (Jiokmun, 1962), "Bride from the Grave" (Mudeomeseo naon shinrang, 1963), "Neckless Beauty" (Mokeobtneun minyeo, 1966), "The Devil and the Beauty" (Akmawa minyeo, 1969), et ce jusqu'au milieu des années 70 avec encore "A Horrible-Double Faced Man" (Gongpoui ijongingan, 1975) ou "Black Ghost" (Heukgwi, 1976)...

 

 

Une industrie plutôt impressionnante mais aujourd'hui quasiment oubliée tout comme ses acteurs ou actrices qu'on retrouvait régulièrement au générique et dont certains font partie du casting de celui-ci : si Ye-chun Lee (Shi-mak) n'est pas particulièrement lié au genre, on retrouvera peu après Geum-bong Do (Kum-Bong Do à la ville, ici dans le rôle d'Ae-ja) dans "La Servante meurtrière" ou dans The Public Cemetery Under the Moon. De son côté Jang-kang Heo (le peintre du film), pourtant décédé en 1975, est resté célèbre comme super méchant quasi chronique du cinéma sud-coréen. On retrouvera par ailleurs ces deux derniers acteurs cités dans l'étonnant et déjà cité lui aussi, The Public Cemetery Under the Moon, astucieux et gratifiant mélange d'épouvante et de thriller macabre dû au réalisateur Cheol-hwi Kwon.
Salinma, aka A Devilish Murder s'inscrit dans deux pans cinématographiques plus larges : le Kaidan-eiga (et plus particulièrement le yûrei-eiga dans lequel le revenant est systématiquement animé d'un esprit de vengeance) ainsi que le Bakeneko qui reste quant à lui dans la tradition toute folklorique de l'humain transformé en chat fantôme, le plus souvent doté de pouvoirs surnaturels.

 

 

S'il souffre d'un manque de budget et d'effets spéciaux rudimentaires qui poussent le spectateur à une certaine complaisance (ces femmes se transformant en chats qui se retrouvent eux-mêmes vêtus d'une chemise de nuit peuvent prêter à sourire), il n'en demeure pas moins que le récit de Salinma et fort bien conduit. On n'y trouve aucune chute de rythme et, c'est peu de le dire, l'ensemble est même mené tambour battant ! De manière générale, ses éventuels manques se voient largement comblés par ses excès de mise en scène, tout à la fois très expressive en même temps que secondée par une somptueuse photographie, quasi expressionniste. Bref, Yong-min Lee ne lésine pas sur les effets en tout genre pour parvenir à ses fins. Mais c'est bien entendu ce qui en fait son charme.
En composant en amont avec un cinéma populaire qui doit autant à la culture orientale qu'occidentale, A Devilish Murder finit par se faire l'égal de certaines œuvres de la prestigieuse Hammer comme Le Spectre du chat de John Gilling, auquel il ressemble par bien des aspects, mais aussi de quelques gothiques transalpins transposés dans un cadre plus moderne (ici, pas de château ni de manoir) pour se hisser à la hauteur de noms aujourd'hui plus souvent réhabilités qu'oubliés : Riccardo Freda (L'Effroyable secret du Docteur Hichcock et Le Spectre du professeur Hichcock), Mario Caiano (Les Amants d'outre-tombe), Antonio Margheriti (Danse macabre), Camillo Mastrocinque (La Crypte du vampire), Giorgio Ferroni (Le moulin des supplices), Alberto de Martino (Le Manoir de la terreur), etc. Dans le même temps, il est difficile de ne pas penser à des classiques du cinéma nippon passés ou à venir tels que "The Ghost of Kasane" (Kaidan Kasane-ga-fuchi, 1957), Le Manoir du chat fantôme (Borei kaibyo yashiki, 1958), "Histoire de fantômes japonais" (Tôkaidô Yotsuya kaidan, 1959) ou "Kwaidan" (Kaidan, 1964)...

 

 

Un tableau mystérieux, lui-même peint avec le sang d'une revenante et recelant de sombres secrets du passé ; des meurtres - très variés - qui se succèdent alors ; un ancien journal intime évoquant des complots ; un témoin tapi sous un lit ; des heures (minuit) et des jours fatidiques ("Le jour des morts"- sic-, plus communément appelé "fête des morts" qui correspond en Corée du sud à la fête des récoltes, soit le quinzième jour du huitième mois du calendrier lunaire coréen, date à laquelle les familles retournent sur la terre de leurs ancêtres) ; le cadavre d'une femme emmuré avec son chaton qui finit par la dévorer (bonjour à Edgar Allan Poe) ; une mère - possédée par l'esprit d'un autre chat démoniaque - qui se met à lécher ses petits-enfants ; des miroirs qui, lorsqu'ils n'explosent pas purement et simplement, réfléchissent l'absence de gens pourtant bels et bien présents ; un ancien et odieux chantage à l'infidélité destiné à impliquer des proches et à en faire des complices ; des femmes nichées au plafond et stoppant grâce à leurs mâchoires des couteaux qu'on leur lance ; une malédiction qui plane à chaque plan et de manière omniprésente... voilà de quoi est composé A Devilish Murder qui n'est pas pour autant une œuvre parfaite et qui accuse parfois le coup de sa propre théâtralité, mais qui, globalement, demeure un spectacle copieux et fort gratifiant. Quoi qu'il en soit, la vengeance est un plat générationnel qui s'y mange plus froid que froid...

 

 

Mallox



En rapport avec le film :

# Certaines scènes ne manqueront de surprendre à la découverte de "A Devilish Murder" puisque celui-ci se sert à plusieurs reprises du quatrième mouvement (Protest) de Spirituals for String Choir and Orchestra, composé en 1941 par Morton Gould et qui servira également d'indicatif musical du générique de l'émission télévisée "Les Dossiers de l'écran", à partir de 1967, ainsi que pour "L'Armée des ombres" de Jean-Pierre Melville, en 1969.

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