Faussaire de Londres, Le
Titre original: Der Fälscher von London
Genre: Krimi
Année: 1961
Pays d'origine: Allemagne (RFA)
Réalisateur: Harald Reinl
Casting:
Karin Dor, Hellmut Lange, Siegfried Lowitz, Viktor de Kowa, Ulrich Beiger, Mady Rahl, Robert Graf, Walter Rilla, Eddi Arent, Sigrid von Richthofen...
Aka: The Forger of London
 

Sur un champ de courses hippiques des environs de Londres se retrouve tout le bottin mondain britannique, dont Peter Clifton et sa fiancée Jane, en apparence un couple idéal. Mais comme le visage de Peter Clifton, avenant au premier abord, mais grêlé et couvert de petites cicatrices en gros plan, les apparences ne résistent pas à un examen attentif. Peter Clifton, descendu sur le paddock saluer son ami l'inspecteur principal Bourke, qui enquête sur une affaire de fausse monnaie, lui exprime son inquiétude quant à son futur mariage. Au même moment, dans les gradins, Jane est importunée par un ancien prétendant, Basil Hale, qui tente de la reconquérir en lui affirmant que sa future union n'est qu'une mascarade et qu'elle s'est vendue au riche Clifton pour éponger les dettes de son oncle et tuteur, un peintre raté.
Si, plus tard, les noces se déroulent sans accrocs, au grand soulagement de l'oncle de Jane, la réception qui s'ensuit est plus mouvementée. D'abord Basil Hale provoque un esclandre avant d'être expulsé, puis l'arrivée impromptue de l'inspecteur Rouper, venu interroger Clifton à propos de faux billets qu'il aurait échangé lors des courses de chevaux, laisse un froid. L'intervention de Bourke, invité du marié et supérieur de Rouper, permet d'aplanir les choses mais le malaise dans l'assistance est palpable, d'autant que l'origine de la fortune de Clifton est mystérieuse et que ce dernier est très doué pour la gravure qu'il exerce en amateur.
Le soir, les deux jeunes mariés se rendent à Longford Manor que Peter a loué pour leur voyage de noces, mais après un dîner glacial Jane se refuse à lui...

 

 

Après un intermède londonien aux résultats assez mitigés (Le Narcisse jaune intrigue Scotland Yard ), c'est un retour aux studios hambourgeois et un retour de Harald Reinl (à la réalisation) pour le premier "Edgar-Wallace-Filme" dans lequel Preben Philipsen ne s'est en aucune façon impliqué. Dans les faits, Horst Wenlandt avait pris les rênes de la Rialto dès Les mystères de Londres mais ce film comme le suivant avait été voulu et planifié en amont par Preben Philipsen.
Première conséquence de cette prise de pouvoir pour la série, et ce dès ce film, le changement de scénariste et de compositeur. Dans le second cas, le changement est plus que positif (même si les vétérans Willy Mattes et Heinz Funk n'avaient pas démérité) avec l'arrivée de Martin Böttcher (dès le présent film) puis de Peter Thomas (lors du film suivant de la série), qui se partageront la composition des BO des films Rialto dans les années 60. Notons que Martin Böttcher utilisait parfois le pseudonyme de Michael Thomas, entretenant la confusion avec son collègue, les deux se disputant le titre de meilleur compositeur allemand de BO de films dans les années 60. Pour les scénarios, les résultats seront plus discutables, ou en tout cas plus contrastés.

 

 

Exit donc (provisoirement) Trygve Larsen (alias Egon Eis), et bienvenu (provisoirement) Johannes Kai (alias Hanns Wiedmann), responsable de la présente adaptation. De toute manière, la pierre philosophale restant à ce jour à inventer, difficile, quel que soit le scénariste, de changer le plomb (les romans d'Edgar Wallace) en or. Quoi qu'il en soit, pour Le Faussaire de Londres, le résultat de cette transmutation a un léger air giallesque (tendance Giallo machination) dû, non pas à une intrigue différente (les romans policiers d'Edgar Wallace ont tous la même intrigue embrouillée et feuilletonesque avec bandes criminelles commandées par un mystérieux personnage, enfants cachés et spoliations d'héritages, les variations n'étant que purement cosmétiques et superficielles), mais à un changement de point de vue par rapport à un Krimi standard. Car ici, le personnage principal n'est plus l'enquêteur (Siegfried Lowitz) mais la compagne (Karin Dor) de la (très passive) victime de la machination. Non, je ne viens pas de faire une importante révélation, tant il est rapidement évident, même pour le plus naïf des spectateurs, que Peter Clifton (Hellmut Lange) n'est pas un coupable mais une victime.

 

 

Il est donc facile de comprendre ce qui a motivé, après une infidélité en faveur de la concurrence (la CCC), le retour de Reinl dans le giron de la Rialto : le plaisir de diriger son épouse non pas seulement dans le premier rôle féminin, comme d'habitude, mais dans le premier rôle tout court. Malgré le plaisir de retrouver un réalisateur compétent après le maladroit intermède Ákos von Ráthonyi, force est de constater que le film est dans la moyenne basse du genre. Si Reinl sait à merveille tirer parti des imposants intérieurs néogothiques du château d'Herdringen (Longford Manor dans le film), du visage angélique de sa talentueuse épouse et des trognes impressionnantes de certains rôles secondaires, l'intrigue ne se déroule pas moins sans surprise et sans grande tension à un rythme de croisière assez lent. Le premier meurtre n'a lieu qu'au bout de 40 minutes, c'est dire. Les doutes quant au statut de l'époux de l'héroïne se dissipent eux assez vite, de même que ceux sur l'identité des responsables. Reinl est un cinéaste de l'action et pas de l'ambiguïté (qui plus est, ici, il n'est pas aidé par le scénario), les "salauds" ont la tête de l'emploi et suintent la fausseté par tous les pores. Autre (relative) déception, le personnage incarné par Eddi Arent n'est ici que par raccroc (il n'est là que par ce qu'il fallait qu'Arent soit présent, et est purement anecdotique) et n'apparaît que quelques minutes vers la fin.

 

 

Si la plupart des acteurs du film étaient déjà présents dans les précédents Krimis de Harald Reinl, on trouve dans le premier rôle masculin un quasi-débutant (Hellmut Lange), choisi justement parce qu'il était inconnu (il deviendra par la suite une vedette du petit écran) afin de désorienter le spectateur. Si de ce côté ce ne fut pas une réussite, l'alchimie avec Karen Dor est, elle, parfaite, le physique particulier de Lange rendant crédible à la fois le rejet et l'attirance de la belle Karen. Autres interprètes participant pour la première fois à un Krimi, Robert Graf et Walter Rilla, deux acteurs de générations différentes mais qui ont un point commun assez singulier, celui d'être le père d'un réalisateur devenu célèbre pour un seul et unique métrage au milieu d'une filmographie moins brillante. Pour Rilla c'est l'anglais Wolf Rilla (Walter Rilla dut fuir en Grande-Bretagne dans les années 30 parce que sa femme, ou sa mère selon les sources, était juive ; il ne revînt en Allemagne que dans les années 50), réalisateur du "Village des damnés". Pour Graf c'est Dominik Graf, le réalisateur de "L'Année du chat" présenté à sa sortie en 1988 comme le renouveau du polar allemand, mais qui restera sans postérité.
Le Faussaire de Londres est donc un Krimi très moyen alors que, paradoxe, il est bien réalisé et bien joué.

 

 

Sigtuna

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