Bingo Bongo
Genre: Comédie
Année: 1982
Pays d'origine: Italie / Allemagne (RFA)
Réalisateur: Pasquale Festa Campanile
Casting:
Adriano Celentano, Carole Bouquet, Enzo Robutti, Felice Andreasi, Sal Borgese, Tanga le singe...
 

Dans la forêt congolaise, des scientifiques milanais découvrent un homme-singe qu'ils baptisent du nom de Bingo Bongo. Ils le capturent puis l'amènent en Italie dans un institut de recherche. Sur place, Bingo Bongo passe et réussit les tests avec d'étonnantes capacités mais, très vite aussi, son côté humain fait qu'il s'éprend de Laura qui fait partie du groupe de chercheurs. Cette dernière, en désaccord avec les méthodes de ses confrères, démissionne au grand désespoir de Bingo Bongo. Par défi avec ces mêmes chercheurs, elle accueille cependant le "sauvage" chez elle...

 

 

Bingo Bongo fait partie de la toute fin de carrière de Pasquale Festa Campanile, un réalisateur que l'on sous-estime assez souvent en le réduisant à de simples comédies scabreuses aussi grossières que le pet tonitruant d'un gorille. Pourtant, l'homme a d'autres cordes à son arc : critique littéraire puis scénariste, il sera aussi romancier avec quelques prix à la clé. Ses travaux se mélangent même de façon particulièrement harmonieuse au sein d'une œuvre où il écrit pour Visconti ("Rocco et ses frères", "Le Guépard"), Bolognini ("Les Amoureux", "Le Mauvais Chemin"), Nanni Loy ("La Bataille de Naples"), Elio Petri (L'Assassin) avant de passer lui-même à la mise en scène en 1963 avec "Amours sans lendemain", mettant en scène Françoise Prévost. Mais c'est l'année suivante, avec "Le sexe des anges", alors qu'il a pris l'habitude de travailler avec son inséparable ami Massimo Franciosa, qu'il se fait réellement remarquer : une comédie anticonformiste et libertine dont les influences seraient tout à la fois Boccace, Machiavel et Suétone.

 

 

Avec "Le sexe des anges", c'est quasiment toute la carrière de Festa Campanile qui se dessine. Un ton satirique, souvent allégorique, que l'on retrouvera dès lors à chacun des ses films, Bingo Bongo compris. Sa filmographie se fera également inégale et comportera autant de films à demi-ratés ou à demi-réussis ("L'amour à cheval" demeure une curiosité chiadée trop ancrée dans son époque) que d’œuvres pleinement transformées : "Ma femme est un violon" avec Laura Antonelli et Lando Buzzanca (Au diable les anges, Obsédé malgré lui, Young Dracula pour Lucio Fulci) demeure l'une des grandes réussites de la sexy-comédie à l'italienne, tout comme plus tard "Le Larron", comédie socio-politique mordante dans laquelle la plèbe prenait le dessus sur les patriciens, considérés comme d'incommensurables escrocs.
Il ne livrera pas dans les années 80 ses meilleurs travaux mais ceux-ci resteront malgré tout, bien que moins corrosifs, d'un niveau honorable et son chemin continuera de croiser nombre de stars et de personnalités : Tomas Milian et Giovanna Ralli pour "Manolesta", Ornella Muti avec "Personne... n'est parfait !", "Un povero ricco" ou "La fille de Trieste", Enrico Maria Salerno, Laura Antonelli, Edwige Fenech, Mimsy Farmer etc... Il dirige également Ugo Tognazzi dans "Il petomane", Ben Gazzara par deux fois, n'a pas peur d'employer des acteurs classés dans les sous-comiques tels que Bud Spencer ou Aldo Maccione. Pasquale Festa Campanile peut se voir au sein du cinéma italien comme l'équivalent d'un Marco Ferreri qui emprunterait les sentiers de Pasolini dans sa période "Décaméron". Dans une filmographie conforme au Parnasse satirique français -avec tout ce que celle-ci comporte de licencieux- il tourne aussi un étonnant thriller nihiliste et vénéneux mettant en scène Franco Nero, Corinne Clery et David Hess en 1977 et venant tout juste de sortir en dvd chez Artus Films : La proie de l'autostop.

 

 

Quant à Bingo Bongo, il s'agit de la seconde collaboration du scénariste-réalisateur avec l'acteur-chanteur Adriano Celentano, après "Mon curé va en boîte" en 1980. Moins limité qu'il n'y paraît, Celentano, outre d'avoir été l'une des stars italiennes de la variété pop, peut se targuer d'avoir également débuté sa carrière à l'écran avec un autre auteur atypique du cinéma d'exploitation, Lucio Fulci, ce dans des œuvres précieuses aujourd'hui hélas trop souvent ignorées, minorées ou carrément méprisées par l'intelligentsia. Soit, son exploitation des mimiques de Jerry Lewis peut porter à restriction mais comme dit l'adage, "Ce n'est pas à un vieux singe qu'on apprend à faire des grimaces", ce dernier rendant à l'acteur-réalisateur hollywoodien une "monnaie de singe" tout compte fait très digne. On peut aussi lui octroyer un mérite conséquent : celui de tourner avec des réalisateurs intéressants et au tempérament bien trempé. Si sa collaboration avec Dario Argento fut un échec commercial et artistique, il faut s'en prendre à son réalisateur dont le talent, certain par ailleurs, s'avère à rebours doté d'une palette beaucoup moins large que certains de ses confrères. Incapable d'instiller le moindre souffle comique, Argento est largement dépassé dans ce domaine par Sergio Corbucci et son "Bluff" échevelé tourné en 1977, tout comme il ne possède en rien la vigueur nécessaire que possèdent Pasquale Festa Campanile ou Lucio Fulci, deux cinéastes iconoclastes et frondeurs. On garde en passant une pensée nostalgique pour ses musicarelli et comédies des années 60 telles que Ragazzi del Juke-Box, Urlatori alla sbarra et l'alerte Uno strano tipo dans lequel il campait deux rôles.

 

 

En endossant ici le rôle d'un homme-sauvage ayant grandi dans la jungle et apprenant à s'humaniser, on peut considérer qu'il intègre à nouveau un double rôle. A ce petit jeu, inutile, à l'instar de nos scientifiques de bas-étage vis-à-vis du potentiel animalier, de minorer les capacités ubuesques de Celentano car ce dernier excelle, notamment dans les situations les plus absurdes et grotesques. Si, dans l'ensemble, le film se montre un poil de primate inégal, tombant dans un comique trop bon enfant se voulant ratisser large, il réussit a contrario et fréquemment à faire marrer : impossible de ne pas tomber sous le charme du chimpanzé auquel il donne une réplique au poil : un certain Igor, grand fumeur impénitent et amateur d'émissions de variétés qui réveillent en lui, seins nus aidant, quelques intérêts non simulés pour la femelle.
Ailleurs, une partie du film est élaborée sur la volonté de Bingo Bongo à retourner dans sa jungle accompagné de ce nouvel ami. Ce qui nous vaut des scènes particulièrement savoureuses, proches à la fois d'un slapstick d'antan (la scène de l'entrecôte volée par la vitre d'un restaurant renvoie directement à Charlie Chaplin **) mais aussi de l'humour absurde et débridé d'un Tex Avery ou d'un Chuck Jones. Bref, les tentatives ratées les verront partir en baignoire pour traverser la mer Ligurienne en Méditerranée avant d'échouer d'un bouchon tiré près, après n'avoir ramé pas plus de 25 mètres. Leur échappée belle en montgolfière sera contrariée par un corbeau mal intentionné (probablement venu de Cusset) tandis que, partant par la voix ferrée sur une draisine à balancier, ils se feront accrocher par un train et reviendront bien malgré eux à leur point de départ.

 

 

Bingo Bongo est un film sympathique dans lequel nos sauvages sont donc inéluctablement ramenés à la civilisation.
Si l'on peut reprocher à son réalisateur de reléguer Carole Bouquet au simple rôle de faire-valoir sexy, on peut aussi d'un autre côté mettre à son actif un discours anti Darwiniste, certes simple ou simpliste mais également frontal et efficace. La prise de conscience de Bingo Bongo sera celle aussi de la découverte de sa propre solitude, se classant lui-même aux tests pratiqués par les chercheurs, ni dans la pile de photos des êtres humains, ni dans celle des animaux, mais quelque part entre les deux.

 

 

La comédie ironique de Pasquale Festa Campanile souffre parfois d'un script trop haché renvoyant plus ou moins à une succession de sketches, ainsi que d'une composition un peu trop "pouet-pouet le canard" signée Pinuccio Pirazzoli. Concernant ce dernier, il retravaillera (avant Adriana Karembeu en 1999 pour le téléfilm "Domenica In") avec Celentano pour l'une de ses propres réalisations ("Joan Lui - Ma un giorno nel paese arrivo io di lunedì" en 1985) ainsi qu'avec Rosita Celentano, l'une de ses deux filles que ce dernier a eu avec son épouse Claudia Mori (Uno strano tipo), pour "Mak P 100", une comédie romantique n'ayant pas passé la frontière transalpine. Bien entendu encore, il s'agissait de mettre en avant le chanteur ainsi que de relancer sa carrière, et forcément Bingo Bongo en souffre aussi par moments. Cependant, et à ce propos encore, animé par deux scènes clipesques mettant en scène un Celentano communicatif et entrainant, Bingo Bongo reste suffisamment dynamique pour que le spectateur lambda puisse se laisser tenter par cette régression simiesque. D'autant qu'un amphithéâtre rempli de chercheurs se transformera en cirque. Tout un symbole...

 

 

Mallox

 

**

 


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