Young Dracula
Titre original: Il Cavalieri Costante Nicosia demoniaco ovvero Dracula in Brianza
Genre: Horreur , Comédie , Parodie
Année: 1975
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Lucio Fulci
Casting:
John Steiner, Rossano Brazzi, Francesca Romaine Coluzzi, Ciccio Ingrassia, Valentina Cortese, Lando Buzzanca, Moira Orfei, Sylva Koscina...
 

Lucio Fulci retrouve ici, le temps d'un film, ses marques initiales. Comme on le sait, notre sanglier Romain eut comme mentor l'inévitable Steno, avec qui il se lie d'amitié dès 1952 pour devenir son assistant sur quelques films mettant en scène les non moins incontournables aventures de Toto, ce, avant de passer lui-même à la mise en scène en 1959 avec le très sympathique mais inoffensif Il Ladri.
Petite différence non négligeable cependant, qui confère à ce généreux Young Dracula, la présence d'éléments fantastiques et horrifiques, ici pastichés jusqu'à la satire ; nous sommes en plein dans la comédie italienne et ses caractéristiques et l'on reconnaît le cabotinage inhérent aux acteurs transalpins du genre : le trait y est forcé, caricaturé, se tenant à la lisière de grossièreté, non loin d'un des meilleurs représentants du genre crasseux qui sortira l'année suivante sur les écran, l'indispensable "Affreux, sales et méchants" de Ettore Scola. Pas trop de point de vue social ici cependant, mais si le film est loin d'être un chef-d'oeuvre, il n'en demeure pas moins assez drôle.

 

 

Constantino Nicosia (Lando Buzzanca), patron cynique et rustre, mais un peu mystique et superstitieux d'une usine de pâte à dentifrice, hérite d'une grande richesse après la mort de son épouse. Peu enclin cependant à respecter les conventions religieuses dont il en ignore presque tout, celui-ci a le malheur après les obsèques d'afficher un peu trop au nez et la barbe de la famille un détachement bien trop grand.
Une vieille tante gitane, très en colère de voir ainsi la mort de la défunte épouse si peu respectée et de s'apercevoir que l'homme n'en a que pour l'héritage, lui lance de façon menaçante ses quatre vérités et lui jette en même temps un mauvais sort. Celui-ci sera damné et il sera puni prochainement.
Superstitieux en diable, Constantino accuse le coup :  malgré le fait qu'il se méfie doublement dorénavant, les événements singuliers vont alors se succéder. Prenant l'avion pour un voyage d'affaires en direction de la Roumanie, il fait la connaissance, durant le vol, d'un jeune homme très avenant mais un brin pâlot, et portant le doux nom de Draculescu. Celui-ci l'invite chez lui, lui proposant de l'héberger, et c'est comme ça que Nicosia se retrouvera en compagnie du vampire aux tendances gay, qui le recevra admirablement, lui offrant festins, orgies, femmes et un peu de lui-même. Bizarrement, une fois de retour en Italie, il semble qu'il ne soit plus tout à fait le même, et qu'il ait quelques appétits sanguinaires nouveaux...

 

 

Sans atteindre les cimes les plus élevées de la comédie italienne, on aurait tort de bouder ici son plaisir, d'abord parce qu'il s'agit d'une comédie et que l'on connaît mal les différentes facettes de Fulci que l'on a trop réduit à ses oeuvres horrifiques de sa presque fin de carrière (méprise ayant encore cours à ce jour, alimentée par un troupeau de fanboys finalement peu curieux et pas tant passionnés que ça par le metteur en scène pour le ranger ainsi dans une petite case, tout sauf représentative de son travail). De plus, le postulat étant "fantastico-horrifique", il est intéressant de voir ici comment Lucio Fulci joue avec les stéréotypes et autres clichés du genre, faisant preuve en passant d'un humour noir de très bon aloi.


Même si la comédie présente quelques défauts que j'évoquerai un peu après, il n'en demeure pas moins qu'il regorge de scènes drôles, voire délirantes et, à travers le périple de l'homme d'affaires ici mis en scène, on retrouve pas mal de thèmes chers au réalisateur, notamment une pessimisme foncier, voire une tendance à la misanthropie, ainsi qu'une vision plus féministe que machiste où la femme est bien plus débrouillarde que l'homme, voire même le domine tant ce dernier dépend d'elle.

Dans Il Cavalieri Costante Nicosia demoniaco ovvero Dracula in Brianza, on a droit à une succession de gags toujours grotesques et même parfois assez cons qui, s'ils ne déclenchent pas toujours le rire franc, finissent par donner la banane, travail de sape aidant. Les gags viennent le plus souvent de la superstition chronique et excessive du personnage joué par Lando Buzzanca. En témoigne cette scène hilarante dans laquelle ce dernier part en Roumanie se retrouvant durant le vol à investir le cockpit afin d'y parsemer de la poudre d'ortie pour conjurer le mauvais sort, ce devant une équipe de pilotage hallucinée.
De même, celui-ci se fera arrêter de façon stupide à la douane, étant alors porteur d'un fer à cheval caché dans l'une des poches intérieures de sa veste ; alors oui, c'est très gros, mais là où cela fonctionne, c'est dans le contraste du "sur-superstitieux" et les réactions passives des témoins, complètement dépassés par un tel martien.
Le running-gag du film n'est pas non plus des plus fins, puisque Constantino Nicosia ne se sépare qu'assez rarement de son fidèle compagnon, pour la simple raison que celui-ci est bossu, et tout le long de ses aventures, il n'aura de cesse de lui frotter la bosse, au cas où... Nicosia étant un être assez vil, on le soupçonne même de l'avoir comme ami juste pour sa difformité.

 

 

Idem, la façon dont notre "héros" traite les femmes : elles ne sont pour lui que marchandises et c'est un véritable bonheur de le voir tout à coup sous leur joug, ce après avoir pris conscience d'être devenu vampire lors de son voyage en Roumanie, revenir consulter angoissé une gitane à qui il avait tenu tête, et la supplier enfin de l'aider, celle-ci s'avérant bien plus pragmatique et moins mystique qu'on aurait pu le croire.
Malheureusement, si passer du stade d'être humain à vampire semble possible, le contraire semble impossible et Nicosia tentera tout, finissant même chez une jeune et charmante exorciste cloutée et à haute tendance sado-masochiste (surtout sado), pour s'y voir fouetter le cul comme plâtre afin d'en faire sortir le démon qui l'habite.


Dans le contexte où Fulci se complaît à mettre à mal le machisme de son héros, on se régale de son séjour au sein du château de Draculescu. Après lui avoir offert la meilleure hospitalité qui soit, dans un contexte orgiaque où chacun se promène à poil et mange nu, lui procurant même une femme pour la nuit, Constantino se réveillera au petit matin aux côtés de Draculescu qui s'avère alors encore plus gay que vampire, en plus d'être un boute-en-train de première, se substituant même durant la nuit à la ravissante jeune femme qui dormait là, profitant au passage et dans un but de séduction, de prodiguer au viril étalon un bon petit suçon au cou.


De toute façon, il est dès lors trop tard : même si notre héros, de retour chez lui, ne s'apercevra pas de suite de son nouveau statut, il ne pourra au final que l'admettre mais ne trouvera pas de solution pour le changer.
Lucio Fulci fait alors bifurquer son film vers un humour noir des plus réjouissants, dès lors que son infréquentable héros de base acceptera d'être un vampire et, mieux que cela, il en prendra même le meilleur parti possible, puisqu'il aura l'idée d'ouvrir un centre de don du sang ! Notre héros n'aura jamais été aussi épanoui, et n'ayant plus besoin des les croquer, trouvera dans la foulée la femme idéale, se mariera et ils auront tous deux un beau bébé. Un beau bébé avec deux belles canines qui ne sont certainement pas des dents de lait...

 

 

Pour terminer, je résumerai en disant qu'il s'agit là d'une comédie très sympa, qu'il serait dommage de louper si vous aviez un jour l'occasion de la voir. Le problème du film ? Son acteur principal qui, s'il n'est pas honteux, est de chaque plan, tante t si bien qu'on ne peux s'empêcher de se dire qu'un Gassman ou un Sordi auraient amené le petit plus qu'il manque ici : un acteur survolté.
De même, la mise en scène de Fulci est assez inégale et il y a quelques chutes de rythme ça et là, avec quelques passages assez mous, notamment au regard du reste qui se veut plutôt échevelé.

En revanche, si certains passages peuvent ressembler à un téléfilm de la raï d'époque, notamment les extérieurs, on saluera à nouveau le travail de Sergio Salvati qui réussit à conférer aux scènes de voyance et tout ce qui touche au fantastique, une vraie tonalité qu'on retrouvera au firmament dans L'Au-delà, Frayeurs ou La Maison près du Cimetière, et cette fois-ci dans un genre qui siéra mieux aux préoccupations de son auteur.
Je conseille malgré tout assez vivement ce Young Dracula provocateur, irrespectueux, plutôt fendard et qui, à sa manière, poursuit son travail de sape envers l'ignorance générant superstitions idiotes et dangereuses (La longue nuit de l'exorcisme). Fulci y reprend du reste nombre d'ingrédients de ses vieilles comédies en sus d'une irrévérence parodique (Gli imbroglioni, Les deux évadés de Sing Sing, Il Lungo, il corto, il gatto, ou même encore Obsédé malgré lui tourné trois années avant).

 

Mallox
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