Deathmaster, The
Genre: Horreur , Vampirisme
Année: 1972
Pays d'origine: Etats-Unis
Réalisateur: Ray Danton
Casting:
Robert Quarry, Bill Ewing, Brenda Dickson, John Fiedler, Bobby Pickett, Betty Anne Rees, William Jordan...
 

Un cercueil s'échoue sur une plage de Californie ; un étrange individu l'embarque dans son véhicule. Plus tard, un homme se présente à un groupe de hippies ; ce dernier, charmant et manipulateur, devient vite leur gourou. Mais l'un des membres du groupe semble perplexe !

 

 

Les années 70 ont failli avoir la peau de nos amis vampires. En effet, les pauvres ont ont manqué de ne pas s'en remettre : la Hammer, studio anglais qui avait bien capitalisé sur le thème, essayera plusieurs pistes sans jamais vraiment convaincre, les films de vampires rencontrant de moins en moins de succès. Si l'avènement d'actrices peu avares de leurs charmes, comme la superbe Ingrid Pitt, venait renforcer les vieilles gloires maison, la fin était proche. De leur côté, les Italiens avaient abandonné le genre pour se lancer à fond dans le giallo.
Le seul à réellement anticiper ce changement sera ce bon vieux Jean Rollin, qui va reprendre les stéréotypes du genre, assaisonnés d'une bonne dose d'érotisme et de pas mal de poésie. Malgré lui, le cinéaste français va rester pendant plusieurs années le garant d'une certaine tradition.

 

 

De l'autre côté de l'Atlantique, George Romero vient carrément de réinventer le film d'horreur avec La Nuit des morts-vivants, et le vampire traditionnel n'y a plus sa place (comme le montrera plus tard "Martin", du même Romero). Car dans l'Amérique de 1972, les sandales compensées avec talon en liège, un jean's délavé et le sous-pull unisexe avaient supplanté la robe de nuit vaporeuse, tandis que les décolletés devenaient de moins en moins fournis. Imaginez Marilyn Burns poursuivie, non pas par un dégénéré armé d'une tronçonneuse, mais par un vampire en costume... l'effet ne serait sûrement pas le même. Pourtant, c'est ce que vont tenter Bob Kelljan et Robert Quarry avec le diptyque "Count Yorga, Vampire" et "The Return of Count Yorga" , en transposant le thème du vampirisme dans le New-York des années 70. Pas totalement réussis, les deux films sont pourtant une piste vers une nouvelle thématique, même si l'image aristocratique du vampire a la vie dure. Les deux films ont rencontré outre Atlantique un certain succès, à tel point que l'acteur Robert Quarry décide de produire une fausse suite et de remettre ses canines pour Deathmaster, cette fois très inspiré par l'affaire Charles Manson, le leader charismatique et psychopathe étant remplacé par un vampire !

 

 

L'A.I.P., qui avait déjà distribué "Count Yorga, Vampire" et "The Return of Count Yorga", décide de distribuer également ce Deathmaster. A l'époque, James H. Nicholson (papa de Jack), l'un des patrons de l'A.I.P., aurait bien voulu faire de Robert Quarry le digne successeur de Vincent Price, alors en fin de contrat. Quarry n'aura malheureusement pas la notoriété de son illustre confrère, même s'il enchaînera une belle série de films ("Madhouse", Dr. Phibes Rises Again, "Sugar Hill"). Mais des dissensions entre Nicholson et son associé Samuel Arkoff mirent fin à la carrière de Quarry chez A.I.P. Les années 80 seront terribles pour l'acteur. Victime d'un chauffard, qui va le traîner sous sa voiture sur plusieurs mètres, le pauvre Quarry dépensera toutes ses économies en soins et hôpitaux. C'est Fred Olen Ray, grand admirateur de l'acteur, qui le remettra en selle. Le réalisateur le fera tourner dans une vingtaine de films, dont "Commando Squad", "Cyclone", "Alienator", Beverly Hills Vamp... Robert Quarry nous quittera en 2009 et restera pour les inconditionnels le Comte Yorga.

 

 

Le but inavouable de ce Deathmaster est de croiser la sophistication des productions anglaises (ou européennes) au réalisme trash des films d'exploitation américains (La Dernière maison sur la gauche sort la même année !). Si dans les précédentes tentatives (la série Yorga), les auteurs y parvenaient épisodiquement, cette fois c'est l'échec total. Le film était déjà daté à sa sortie (ce qui le fit presque tomber dans l'oubli !). Mais c'est justement cette faillite artistique qui fait de la chose un navet fascinant, filmé de manière trop soignée (même la poussière a l'air propre !) dans un manoir californien déjà aperçu autre part, avec des actrices trop "soap" pour être réelles (la brune Brenda Dickson - "les Feux de l'Amour" - et la blonde Betty Anne Rees vue dans "Sugar Hill" ). Tout dans ce film sent la pacotille : le héros qui semble avoir appris le kung-fu en regardant la série télé avec David Carradine, mais surtout Robert Quarry - le vampire le plus dandy du cinéma - croisement improbable entre "Austin Powers" et Charles Manson. Seule la manière dont le vampire infecte sa "famille" nous renvoie à la sombre réalité de l'époque, où un fou avait réussi à convaincre une bande de hippies de tuer pour lui.
Le vampire est ici représenté comme un parasite qui subsiste au milieu de son "troupeau", éliminant les opportuns et prônant la nourriture biologique, l'eau propre et une vie saine. Normal... il aime que sa nourriture (le sang) soit la plus inaltérée possible. Pour lui, les membres de la secte sont avant tout un élevage qu'il soigne au mieux de son appétit, anesthésiant ses adeptes par un verbiage mystico-spirituel censé leur apporter la vie éternelle (ce qui est vrai dans un sens).
Paradoxalement, c'est grâce à tous ces défauts que le film devient amusant et curieux. Aussi étrange et inexplicable que cela puisse paraître, Deathmaster est globalement un film agréable à regarder, à condition de ne pas s'endormir, peut-être parce qu'on se demande où les auteurs ont décidé de nous emmener (même si c'est au ralenti). On peut néanmoins regretter que le film soit d'une pudibonderie à pleurer ; à côté, les décolletés de Stéphanie Beacham dans "Dracula 73" (sorti la même année) feraient passer le film anglais pour un porno, un paradoxe pour un film se passant en pleine révolution sexuelle !

 

 

On voit donc que le mythe du vampire est bien égratigné. Mais les producteurs ne n’arrêteront pas là puisqu'ils vont continuer sur leur lancée en essayant la voie de la blaxploitation, avec "Blacula" et "Scream Blacula Scream", alors que la Hammer enverra le comte à Hong Kong (Les 7 vampires d'or). Même Jess Franco y mettra son grain de sel (Les Nuits de Dracula, "Dracula prisonnier de Frankenstein" et "La fille de Dracula"). Mais le vampire a la peau dure et résistera même aux "Dracula père et fils" et "Les Charlots contre Dracula".
En 1979, deux films dit "sérieux" essayeront en vain de réhabiliter le mythe : "Nosferatu" de Werner Herzog et "Dracula" de John Badham. Il faudra attendre 1992 et l'emblématique "Dracula" de Coppola pour que les vampires reviennent enfin sur le devant de la scène !


The Omega Man

 

 

En rapport avec le film :

# L'actrice Brenda Dickson (Les feux de l'amour) en 1972 et aujourd'hui. Le comte Khorda avait-il réellement des pouvoirs ???

 

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