Nurse, La
Titre original: The Guardian
Genre: Horreur
Année: 1989
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: William Friedkin
Casting:
Jenny Seagrove, Carey Lowell, Dwier Brown, Brad Hall, Miguel Ferrer, Natalia Nogulich, Pamela Brull...
Aka: Das Kindermädchen / La tutora / L'albero del male
 

Publicitaires, Phil et Kate ont quitté Chicago pour Los Angeles où ils ont décroché de meilleurs emplois. Ils emménagent dans une luxueuse villa de Canyon Country, construite par l'architecte Ned Runcie, qui vit à deux pas. A la naissance de son petit garçon, le jeune couple se met en quête d'une baby-sitter. Camilla, l'heureuse élue, s'intègre rapidement à la vie de famille.

 

 

Lors de sa sortie en 1990, le film fut attendu avec impatience car c'était le retour au cinéma fantastique d'un réalisateur culte qui traumatisa des millions de spectateurs avec L'Exorciste. Seulement, entre les deux films, presque vingt ans se sont écoulés et le genre a bien changé. On ne peut pas dire que les années nonante soient la période la plus prolifique, qualitativement, de William Friedkin, ni la préférée de ses fans. Pourtant, d'un point de vue personnel, le réalisateur est plutôt comblé : un mariage avec l'actrice Sherry Lansing (Rio Lobo) qui est devenue la première femme à diriger un studio (Paramount) ; en plus, le réalisateur se découvre une passion pour la mise en scène d'opéras.
Étonnamment, le réalisateur réputé capricieux et intransigeant (il refusa les conditions de Steve Mc Queen sur "Sorcerer" et le remplacera par Roy Scheider) apprend le sens du compromis et accepte des projets commerciaux (proposés par son épouse) sur lesquels on ne l'attend pas forcément (le film d'horreur, film de sport ou thriller érotique). Mais Friedkin reste lui-même en tant que réalisateur, et ces projets (pourtant à la "mode") seront des échecs retentissants.
Ainsi, La nurse a été développée par Sam Raimi, qui l'abandonna pour tourner "Darkman". Le script aboutit chez Friedkin, qui accepte de le réaliser. Mais l'histoire ne satisfait pas pleinement le réalisateur. Le scénariste Stephen Volk propose de se diriger vers le thriller psychologique, mais Universal Pictures s'y oppose et exige une version plus "surnaturelle". Volk décide alors de retravailler le caractère de la nurse (qui devient un druide) et introduit des éléments d'un autre roman, notamment la présence de l'arbre ; malheureusement, le scénariste est victime d'une dépression et n'arrive pas à livrer une version définitive du script.

 

 

De son côté, le réalisateur va clôturer son casting. Il choisit pour le rôle de Camilla l'actrice anglaise Jenny Seagrove (qui à l'époque vivait avec le réalisateur Michael Winner), un choix qui ne fut pas facile. On dit que l'actrice Uma Thurman fut longtemps parmi les favorites, mais le choix de l'actrice anglaise sera indubitable pendant la réécriture du script (et l'introduction de la notion de druide). Heureuse initiative car l'actrice va s'impliquer dans la création du personnage lors de réunions avec le réalisateur. On a pu voir Jenny Seagrove dans "Rendez vous avec la mort" (Agatha Christie) ou "Sherlock Holmes: Incident at Victoria Falls" (avec Christophe Lee)". A ses côtés, on retrouve l'actrice Carey Lowell qui fut une très belle et remarquable James Bond's Girl dans "Permis de tuer" au coté de Timothy Dalton. Contrairement à beaucoup de ses consoeurs ayant croisé le chemin de l'agent secret, elle ne fit pas une carrière exceptionnelle, se contentant d'être madame Richard Gere (2002-2013). On a pu la revoir dans la série "New York, police judiciaire" (1996-2001). Le reste du casting - Dwier Brown (House 1 & 2) ou Brad Hall (Saturday Night Live! TV series, Troll) - vient essentiellement du petit écran. Au détour d'un petit rôle (dont il avait le secret), on notera la présence de Miguel Ferrer qui nous a quitté en janvier 2017. C'était une figure charismatique et un comédien prolifique, qui laisse derrière lui une foultitude de personnages, dont l'agent Albert Rosenfield dans "Twin Peaks" ou Owen Granger dans "NCIS: Los Angeles". Il est aussi apparu dans de nombreux films dont "Robocop", "Iron Man 3", "M.A.L." ou encore "Trafic".

 

 

Était-ce l'opportunité de travailler de nouveau sur un film fantastique presque vingt ans après L'Exorciste, ou le simple plaisir de réaliser un film d'horreur ? Aujourd'hui, le réalisateur semble vouloir oublier ce film qu'il omet volontairement de citer dans ses mémoires, ce qui rend La nurse d'autant plus intéressant. Beaucoup reprochent l'antinomie de certaines séquences, dans la mesure où l'horreur graphique (la mort des loubards, le final avec la tronçonneuse) côtoie une terreur plus diffuse (le comportement de Camilla dans certaines situations !). Friedkin, qui a toujours été d'une grande intransigeance, aurait-il fait des concessions (un peu plus de sang) pour faire plaisir ? Peu probable. Par contre, ce qui est presque certain, c'est que Friedkin a travaillé avec un script non finalisé ; il a dû emprunter certaines idées un peu partout, on peut même supposer que le réalisateur a laissé Matthew Mungle (le spécialiste des effets spéciaux) réaliser les séquences les plus difficiles d'un point de vue logistique, alors que lui dirigeait ses acteurs. Ce qui explique le fait qu'il ne considère pas le film comme entièrement personnel, faisant de La nurse un film bâtard.

 

 

Un peu comme Camilla, le réalisateur a dû s'adapter à son environnement pour pouvoir survivre et, loin de vouloir bouleverser un genre ultra codifié, il s'en imprègne afin de pouvoir l'utiliser au mieux (chose qu'il fera parfaitement avec Jade). Comme dans L'Exorciste le script de La nurse intègre des éléments fantastiques d'un autre âge dans notre monde moderne. La belle Jenny Seagrove est une sorte de druide qui sacrifie des nouveaux-nés à un arbre-démon afin de le nourrir. Seagrove interprète le personnage sans en faire trop (pas de bave ni d'yeux exorbités), elle a une mission et l'exécute de manière efficace (mettre les parents à l'aise, prendre soin du bébé) tout en préparant le sacrifice ultime. Dès qu'un obstacle semble se dresser, comme les loubards ou l'architecte amoureux, ils sont impitoyablement, et de manière sanguinaire, éliminés. L'actrice est parfaite dans son rôle de baby-sitter diabolique à la fois séduisante et maléfique. Rien que pour sa prestation, le film vaut le coup d'oeil ; mais surtout La nurse à cause du déni de son créateur, est une oeuvre primitive et orpheline des plus intéressantes !

 

 

The Omega Man

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