Feed the Light
Titre original: Lokalvårdaren
Genre: Horreur , Thriller , Fantastique , Expérimental
Année: 2014
Pays d'origine: Suède
Réalisateur: Henrik Möller
Casting:
Lina Sundén, Martin Jirhamn, Jenny Lampa, Patrik Karlson...
 

Sara est à la recherche de sa fille disparue. Elle accepte un travail comme femme de ménage afin de la retrouver. Pour cela elle s'adjoint les services de son concierge et tous deux vont dès lors s'aventurer dans les sous-sols de Malmö qui recèlent, outre des secrets d'État, des incidents dépassant l'entendement, qui vont les amener en plein cœur des ténèbres...

 

 

Lokalvårdaren est une nouvelle adaptation d'une des nouvelles majeures de l'écrivain nihiliste et misanthrope H.P. Lovecraft : "La Couleur tombée du ciel". Jusque là, on connaissait surtout deux films de référence en la matière : "Le Messager du diable" (Die, Monster, Die!, 1965) de Daniel Haller et La Malédiction céleste (The Curse, 1987) réalisé par l'acteur David Keith. Aucun de ces films ne peut prétendre à la fidélité vis à vis de l’œuvre originelle, probablement impossible à illustrer. Le monde de Lovecraft est fait d'histoires contées au passé, souvent par des témoins traumatisés ou bien encore par des amis d'amis à qui on les a confiées. Une structure narrative déjà suffisamment difficile à transcrire mais dont l'exercice devient encore plus ardu de par l'aspect impalpable de ce qui est décrit, en premier lieu la source du mal, menant inexorablement à la destruction du Monde. Idem pour l'entité ou la matière qui relaie ces destructions menant, de par des points de suspensions finaux, à l'apocalypse. C'est à nouveau le cas de Feed the Light, petit film indépendant scandinave ayant eu les faveurs de projections dans quelques festivals mais dont la carrière et la reconnaissance qui lui sont réservées pour le moment s'arrêtent là.

 

 

Henrik Möller est jusque là un réalisateur qui n'a pu, par manque de subventions, dépasser le cap du court-métrage (plus d'une soixantaine quand même depuis 1999) et Lokalvårdaren, bien que d'une courte durée de 75 minutes, est son premier long. Moins terre à terre que ses prédécesseurs, il opte pour des choix expérimentaux qu'on peut même qualifier d'audacieux. En tout cas en apparence... Faire le choix du Noir et Blanc pour illustrer une "Couleur", soit décrite comme indescriptible par Lovecraft lui-même, n'est pas loin de tenir du défi (viennent s'insérer, à la manière de The Tingler de William Castle des touches de couleurs et parfois même quelques images entières, censées symboliser un univers pur ou sain). Le problème qui se pose toutefois à la vision de ce Feed the Light est que ce choix formel s'avère loin d'être aussi original et risqué qu'on ne pouvait l'espérer. Lokalvårdaren n'offre rien de neuf esthétiquement parlant ; pire, il semble tellement sous influence du David Lynch de "Eraserhead" que la référence en devient vite embarrassante. Exit l'originalité esthétique escomptée ! À charge de Lokalvårdaren, on peut aussi rajouter sur ce "à la manière de" une caméra portée tremblotante et un montage stroboscopique dans l'air du temps. Très vite, la mixture se fait ardue puis indigeste. Il est parfois des sentiments trompeurs et il arrive que le rapprochement entre deux cinéastes ou deux œuvres tiennent de la coïncidence or, la curiosité, celle de mieux découvrir le parcours du cinéaste nous amène à s'apercevoir que le sieur Möller a réalisé tout juste quatre ans avant "Henrik Möller Talks to David Lynch". Dès lors, le doute n'est plus permis. Outch !

 

 

Là où le clou de la fausse audace est enfoncé, c'est dans le fond. La "Couleur" lovecraftienne est remplacée par une lumière absorbante et irradiante, dans un discours tenu finalement pas si éloigné que celui, très environnementaliste, de La Malédiction céleste de Keith ; un discours alarmiste qui rejoint également d'autres bobines qu'on a déjà vues passer maintes fois. Le pire choix qui vient enterrer tout espoir de nouveauté est d'avoir vouloir faire de "La Couleur tombée du ciel" un thriller paranoïaque d'anticipation, dans lequel l'entité maléfique encline à la propagation d'un virus mortel doit être tenue secrète et gardée sous contrôle de l'armée, et ce, au péril de sa vie. Là encore, on se dit que le pauvre George A.Romero, "fraîchement" décédé à l'heure où j'écris ces lignes, a dû se retourner dans sa tombe, à voir ainsi son "The Crazies", en plus d'être assimilé à Lovecraft, partouzer avec David Lynch, le tout emballé par un de ces fanboys-filmeurs qui errent désormais par millions dans le monde entier, bouffant à tous les râteliers, avec une prétention et une arrogance le plus souvent décomplexées. Monsieur Henrik Möller n'est finalement rien d'autre qu'un contaminé de plus !
Pour en revenir puis conclure à propos de H.P. Lovecraft, ses nouvelles sont certes inadaptables, mais elles ne méritent en aucun cas un tel traitement, cherchant à se faire passer pour autre chose qu'il n'est : un truc informe et ennuyeux pour une bonne grosse chiasse tombée du ciel, et qui mérite qu'on tire vite la chasse afin d'éviter les odeurs prégnantes. Dans un registre similaire, The Call of Cthulhu de Andrew Leman, expérimental, muet et en noir et blanc, était bien plus convaincant. Et merci de penser à fermer la lumière en sortant !

 

 

Mallox

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