Tony : Another Double Game
Titre original: Tony, l'altra faccia della Torino violenta
Genre: Poliziesco
Année: 1980
Pays d'origine: Italie
Réalisateur: Carlo Ausino
Casting:
Emmanuel Cannarsa, Giuseppe Alotta, Paul Theicheid, Lorenzo Gobello, Nicole Flori, Cinzia Arcuri...
Aka: Tony – The Other Side of Violent Turin
 

Tony est ce que l'on appelle un marginal, un paumé, en froid depuis des années avec son père, cherchant à trouver sa place dans la vie. Dans cette grande ville froide et industrielle qu'est Turin, Tony utilise le système D afin de joindre les deux bouts. Il travaille un peu sur les marchés, mais traîne surtout sa désillusion dans quelques rades, avec ses potes les clochards, et passe de temps à autres la nuit avec une prostituée qui s'est amourachée de lui. Mais il croise aussi, à l'occasion, quelques individus peu recommandables, comme Ugo, qui a choisi de s'enrichir par le biais de la délinquance. Du simple vol de portefeuille, Ugo va très rapidement passer à la vitesse supérieure, en participant au kidnapping d'un enfant.

 

 

Tony est témoin de cet enlèvement. Il fait tout pour l'empêcher, mais une balle manque de peu de l'envoyer ad patres. Il s'en tire avec une blessure au cuir chevelu. A l'hôpital, la police l'interroge, mais Tony ne souhaite pas coopérer. Il ne porte pas les flics dans son cœur, mais il n'a pas envie non plus de devenir un malfrat. Seulement, le fait qu'il soit devenu un témoin, capital pour les uns, gênant pour les autres, ne lui laisse guère plus vraiment le choix. Soit Tony collabore avec les flics, soit il risque de se faire descendre pour de bon, car la bande qui s'est spécialisée dans le rapt depuis quelques mois semble avoir les reins solides et n'hésite pas à utiliser les armes pour parvenir à ses fins.
Le problème est qu'au sein de la police, l'inspecteur Gregori, un vieil homme aigri, a pris Tony en grippe et s'est juré de lui mener la vie dure. Heureusement, Tony peut compter sur l'amitié d'un autre flic, Santini, beaucoup plus tolérant, et soucieux de la condition des classes défavorisées.

 

 

Au cours des années 1970, le poliziesco all'italiana, ou poliziottesco, a le plus souvent eu pour cadre Rome, Milan ou Naples, c'est-à-dire les trois villes les plus peuplées du pays, et par voie de conséquence celles les plus affectées par la criminalité. Turin, quatrième ville d'Italie, n'avait jamais eu, jusqu'en 1977, les honneurs du polar à l'italienne. Ce sera chose faite avec Le justicier défie la ville ("Torino violenta"), qui racontait l'histoire d'un flic (George Hilton) se transformant en justicier afin d'éradiquer toute corruption dans la cité. Malheureusement, le film s'avère être l'un des pires poliziottesci jamais tournés. Un ratage qui en aurait découragé plus d'un, mais pas son auteur, Carlo Ausino, qui décide de remettre le couvert trois ans plus tard avec ce Tony, l'altra faccia della Torino violenta. Cette fois, le héros n'est pas un flic, mais un simple citoyen turinois, l'un des nombreux laissés pour compte dans cette vaste cité régie par l'industrie, notamment les usines Fiat, mais aussi par le grand banditisme.

Carlo Ausino est lui aussi turinois de souche, et pour Le justicier défie la ville, il avait choisi presque exclusivement des acteurs locaux (à l'exception de George Hilton). On retrouve la plupart de ces acteurs dans ce second opus, dans des rôles différents, car cette séquelle n'est en fait pas une suite. Exit George Hilton, et Emmanuel Cannarsa, acteur attitré du réalisateur (ce dernier l'avait rencontré sur un plateau où Cannarsa travaillait en tant que technicien) endosse le rôle principal. Cannarsa, c'est plus qu'une erreur de casting, c'est quasiment une erreur tout court. Vous allez dire que ce n'est pas de sa faute, mais quand même... Lorsque l'on entend le metteur en scène déclarer, dans une interview (celle accordée pour le défunt éditeur No Shame), qu'il l'avait choisi parce qu'il lui trouvait un profil d'acteur américain, à la Charles Bronson, on se demande si l'on a bien entendu. Eh bien, si...
Emmanuel Cannarsa, avec son air de chien battu, genre épagneul breton, et sa moustache d'Astérix si imposante que Maurizio Merli paraîtrait presque imberbe à côté (mais meilleur acteur, c'est dire), a donc tourné quatre films dans sa carrière, correspondant aux quatre premiers longs métrages de Carlo Ausino. Il a aussi joué dans quelques courts métrages, toujours pour Ausino. C'est simple, prenez Emmanuel Cannarsa, mettez-le à côté d'un Jeff Blynn, par exemple (un autre blond moustachu vu notamment dans Assaut sur la ville et Giallo a Venezia), et Blynn passera pour un génie.

 

 

A regarder Tony : Another Double Game, on réalise, au bout du compte, que le personnage principal est le plus mauvais acteur du film. Enfin, mauvais... je suis un peu dur ; le terme "fade" correspondrait mieux, en réalité. C'est d'autant plus dommage que les autres acteurs tous inconnus ou presque (sauf si vous habitiez à Turin dans les années 70/80), tirent plutôt bien leur épingle du jeu, qu'il s'agisse des flics, des truands, des victimes, etc... A ce propos, Giuseppe Alotta (Santini, le flic sympa), qui s'était tapé comme les autres le premier opus, prendra une décision judicieuse juste après ce diptyque flamboyant : arrêter de tourner pour Carlo Ausino ! Il va d'ailleurs changer carrément de registre en devenant par la suite un acteur récurrent du redoutable Antonio D'Agostino, et on le verra donc dans des œuvres comme Eva Man et Bathman dal pianeta Eros. Ce que l'on appelle un changement radical.

Et le film, alors ? Sachant que George Hilton n'est plus là, qu'Emmanuel Cannarsa est lui toujours là, et que Le justicier défie la ville était une catastrophe, il y a de quoi s'inquiéter. Oui et non, en fait. Oui, parce qu'avec sa tronche de Merli ("Merli" étant ici une contraction de "merlan frit"), Cannarsa est dur à supporter pendant 90 minutes ; et puis parce que le film n'est pas très spectaculaire : pas de scènes glauques comme on était habitués à voir dans les films italiens à cette époque (pas de viol, pas de meurtre d'enfant, que c'est triste), pas de poursuites en Fiat (un comble, à Turin), et peu d'action véritable. A retenir, une fusillade en pleine rue où les gens se prennent des balles en pleine tête mais ne saignent pas, et une baston entre Tony et un truand champion de karaté où le premier sort vainqueur on ne sait trop comment, et puis c'est à peu près tout. Par contre, une scène qui est particulièrement réussie, c'est celle où Santini et ses hommes investissent la ferme dans laquelle les bandits retiennent l'enfant en otage. On est même surpris, on a presque l'impression d'être plongé dans un reportage, sur une scène de crime. Et puis, çà et là, par moments, on est obligé de constater que certains portraits sont bien brossés, celui du père de Tony, et les amis de ce dernier : le clochard, entre autres, à qui Ausino offre une belle tirade vers le début du film.

 

 

Evidemment, cela ne fait pas de Tony, l'altra faccia della Torino violenta un bon film, ni même un film à moitié réussi. Il arrive toutefois à être plus intéressant que le premier volet (mais ce n'était pas difficile), grâce à quelques séquences réussissant à retenir l'attention du spectateur. Il n'en reste pas moins un polar mineur, même pas sauvé par la musique de Stelvio Cipriani, aux accents de disco et de variété. A noter que ce long métrage avait totalement disparu de la circulation, et qu'il ne restait qu'une bobine 35mm dans les archives de Carlo Ausino, en assez mauvais état. L'éditeur No Shame était parvenu à le restaurer tant bien que mal pour l'éditer et le faire découvrir dans des conditions relativement correctes au public. Mais le jeu en valait-il la chandelle ? On peut en douter.

Note : 4/10

Flint

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