Butterfly Murders
Titre original: Dip bin
Genre: Thriller , Fantastique , Wu Xia Pian , Agressions animales , Aventures
Année: 1979
Pays d'origine: Hong Kong
Réalisateur: Tsui Hark
Casting:
Siu Ming Lau, Michelle Yim, Eddy Ko, Shu Tong Wong, Chang Kuo-Chu...
 

Le pays est tiraillé par une sanglante rivalité entre clans. Un homme du nom de Mr Tsui vient demander au propriétaire de l'imprimerie du Pont de Bambou d'imprimer un manuscrit de huit pages écrit selon lui par Fong Hong-Yei, un écrivain devenu célèbre en décrivant dans des livres les deux guerres qui firent rage avant le début de la nouvelle ère. Mais l'imprimeur remarque vite la tromperie, ce manuscrit n'est pas écrit par la main de Fong. Démasqué, Mr Tsui, après avoir tué ce dernier, s'enfuit mais est retrouvé trois jours plus tard pour être assassiné par le n°3 de l'Étendard Blanc, membre du clan Tien, propriétaire du territoire où se trouvait l'imprimerie. Peu après le meurtre de Tsui, n°3 rejoint avec sa troupe la montagne afin d'assister à une réunion demandée par Tien Fung, le chef de guerre des Dix Étendards. Celui-ci leur parle d'un appel au secours en provenance du Château de Shum. Le propriétaire, connaissance de Tien, serait en proie aux attaques mystérieuses et sanguinaires de papillons meurtriers.

 

 

En 1979, l'on découvre un Tsui Hark encore tout jeune, lequel semble avoir bien des velléités artistiques en plus d'un tempérament de bélier, prêt à pénétrer de force dans la forteresse du cinéma hongkongais d'alors, assez réactionnaire ou tout du moins confiné dans ses traditions. Ce que confirme Butterfly Murders, son premier film pour le grand écran.

Dommage que l'histoire, ou tout du moins son illustration à l'écran, paraisse si confuse, au point que très vite, on peut se perdre à se demander qui est qui, qui veut quoi, pourquoi... car l'ensemble est très dynamique, trop sans doute, tendant vers une certaine confusion. Ambiance gothique, poésie, mystère, frissons, action échevelée, sensualité, complot politique, souci du cadre historique et même serial killer se disputent la place à l'écran, et ses ingrédients touffus ont parfois tendance à se faire de l'ombre, mais la générosité l'emporte.

 

 

À son crédit encore, une partition de Frankie Chan aux intonations très serial qui contribue à lui conférer un cachet quasi thrilleresque, ce qui n'est pas illogique puisqu'un des pendants de Butterfly Murders s'articule autour d'un whodunit à la Agatha Christie ; le fait de défier les standards alors en vogue à Hong Kong, quitte à perdre le spectateur en route à trop surenchérir, et dans les genres mélangés, et dans une volonté toute frénétique d'action et de fantaisie. Butterfly Murders est quasiment un manifeste, se réclamant d'influences occidentales mais se voulant repousser les limites d'un cinéma d'art martiaux qui selon Tsui Hark s'essouffle. Un même désir que l'on ressent dans ses deux films suivants, de plus en plus teigneux, barrés, excessifs, comme pour enfoncer le clou puis passer en force, Histoires de cannibales et "L'Enfer des armes". C'est, de manière un brin paradoxale, en phagocytant le trop plein d'envies de ses premiers films que Tsui Hark trouvera la consécration critique et populaire. Du coup, même si Butterfly Murders, très boulimique, annonce tout son cinéma à venir, ce n'est qu'à partir de "Il était une fois en Chine" qu'on le considère comme novateur et révolutionnaire en matière de Wu Xia Pian. Chose qui tient un peu de l'injustice finalement, même s'il accédait alors à une fluidité narrative qui jusque là lui échappait. Pourtant, ses films jusqu'à Zu, les guerriers de la montagne magique sont déjà révolutionnaires mais emprunts d'un esprit qu'on peut qualifier de punk.



Butterfly Murders n'a pas trouvé le succès en salles, le public n'étant sans doute pas prêt pour subir un tel déluge d'actions débridées, à la limite de l'expérimental. Mais il glane malgré tout la considération des critiques internationaux qui voient dans Butterfly Murders une modernité visuelle bluffante ainsi qu'un sens du découpage inédit.
Film de jeunesse avec tout ce que cela peut contenir de fougue mais aussi de maladresses, Butterfly Murders est un Wu Xia Pian mélangeant des influences allant de Hitchcock à John Carpenter, lesquelles sont intégrées dans un patrimoine que le jeune rebelle veut malmener pour lui redonner vigueur et souffle. Toute l'énergie et l'électricité de l'esprit punk en quelque sorte, mais en conservant les acquis, et parfois même en revenant aux sources traditionnelles du Wu Xia (les influences conjuguées de King Hu, de Chu Yuan et, à un niveau plus historique, de Li Han-Hsiang, sont évidentes). En cela, Tsui Hark est, en cette fin des années 70, l'un des cinéastes les plus inventifs qui soit et peut être vu à rebours comme le chantre de la nouvelle vague hongkongaise. La suite lui donnera par ailleurs raison puisque son cinéma aura des répercussions cinématographiques et on trouvera son influence dans tout un pan du cinéma d'action occidental.

 

 

Mallox

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