Histoires de cannibales
Titre original: Diyu wu men
Genre: Comédie , Arts Martiaux , Cannibalisme
Année: 1980
Pays d'origine: Hong Kong
Réalisateur: Tsui Hark
Casting:
Norman Chu, Eddy Ko, Melvin Wong, David Wu...
 

"Histoires de cannibales" est le second film de l'excellentissime Tsui Hark, après un "Butterfly murders" qui posait déjà les jalons de tous les films de Hark à venir. Dans un paysage hongkongais pas mal essoufflé niveau art martial, Tsui Hark arrivait avec ses gros sabot puis sautant à pieds joints dans la mare embourbée du film de genre, avec ses grosses valises d'inventivités.
Normal alors que l'éclaboussure n'en fut que plus salissante ! La relecture est si radicale qu'il est alors en quasi rupture avec ses aînés ; les combats, enfin reprennent un nouveau souffle, une fantaisie et une lucidité qu'ils avaient perdus depuis le milieu des années 70. Tsui Hark balance dans le kung fu d'alors une presqu'overdose de délire, imprégnant dans un même temps au genre des éléments fantastiques, tant dans ses trames que par l'utilisation d'effets spéciaux.

 

 

Doté d'un fort tempérament qui transparaît dans ses films, le bonhomme s'attaque alors au public qui selon lui n'a rien compris à "Butterfly murders", boudé à sa sortie malgré un avis critique favorable, et met en chantier ces "Histoires de cannibales", lointaine adaptation d’une nouvelle de Lu Xun de 1918 , "Journal d’un fou". Le budget alloué au film reste modeste et il faut bien tenter de renflouer l'échec de son premier film.
L'ami Tsui se dit que cette fois, ça y est, le public va suivre... sauf que celui-ci n'arrivera pas à museler son côté révolutionnaire du genre, gardera son esprit de provocation et d'anticonformisme ; tant mieux donc, le naturel est le meilleur ami de l'homme et de l'art, tout est pour le mieux ! Et bien non, "Histoires de cannibales" va se ramasser le dentier et la critique ne suivra pas cette fois-ci ; le film restera du reste que neuf jours à l'affiche ! Il semble bien que le Hongkongais n'est pas prêt alors pour la combinaison des genres que pratique ici le réalisateur.
Empruntant une trame policière, l'histoire peut se résumer ainsi : Un flic à la poursuite d'un voleur, arrive dans un petit village isolé ; là pensant atteindre son but et arrêter enfin le coupable, il se rend vite compte que ce village est en fait une communauté de cannibales ; la population est très très affamée et c'est peu dire que ça ne va pas l'aider dans son enquête, puisqu'il passera son temps à éviter de se faire manger des bouts !

 

 

Nous ne sommes pas loin de "Massacre à la tronçonneuse" (les masques cannibalesques font un peu penser à Leatherface), mais avec plein de kung fu délirant, du comique souvent provocateur et très proche de l'esprit punk, des renvois au western spaghetti, et bien sûr une bonne dose de gore qui fait mal aux yeux, c'est la moindre des choses ! Mais alors au lieu de brosser dans le sens du poil et de livrer un entertainment tout simple, les Hongkongais se prennent en pleine face une rugueuse critique sociale et politique qui les implique.
Tsui Hark ne peut pas s'en empêcher ; celui-ci se paient une bonne petite tranche de révolte sur le dos de la société consumériste et des régimes totalitaires, et à l'instar de "Zombie" de Romero (grosse influence du film aussi), sans concessions il fonce dans nos instincts les plus primaires à travers ses cannibales qui n'ont qu'une chose en tête : "miam miam, chair fraîche !" ; que vise Tsui Hark alors ? le peuple hongkongais et le film se présente d’ailleurs ainsi, "les cannibales sont une évocation des hongkongais des années quatre-vingt près à se dévorer entre eux".
Autant dire qu'il n'y va avec le dos de la baguette notre Tsui, et que l'on peut comprendre que le peuple agressé n'a pas voulu entendre se le dire ; et encore moins de cette façon "no futur" frontale et mal lunée ; d'ailleurs le titre original est à cet égard plus évocateur que sa traduction par des "feignasses tiroirs caisse" français ; "We're going to eat you !", ça le fait quand même mieux et l'on sait d’entrée que Tsui est en pétard.

Niveau spectacle pur, on est pas en reste ; le rythme est trépidant, les scènes d'horreur sont filmées comme si le réalisateur nous tirait la langue (il y a même la présence d'un abattoir à humains, j'adore cette idée), et humour et scènes burlesques affluent dans un feu d'artifices réjouissant ; ici un combat a priori saignant se conclue en tango (!), ailleurs l'un des héros se sauve en patins à roulettes... bref que du bonheur ! d'autant que le réalisateur se permet des excentricités techniques comme des rotations d'images à 90 degrés...

 

 

Voilà, qu'on se le dise, on ne se refait pas ! Tsui Hark aurait bien aimé séduire le grand public, mais il avait en même temps une dent contre lui ; alors qu'il offre littéralement son coeur aux spectateurs dans le dernier plan (image de la jaquette HK Vidéo), il n'a pas pu s'empêcher depuis le début d'ouvrir sa grande gueule, et donc bravo ! Il le payera donc une nouvelle fois ; le film sera un superbe échec critique et commercial et dans sa joute passionnelle avec le peuple Hongkongais, Tsui Hark, tel un sanglier blessé, foncera encore davantage dans le tas avec son film suivant, le radical "Enfer des armes".

Note : 8/10

 

Mallox
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