Homme terminal, L'
Titre original: The Terminal Man
Genre: Science fiction , Thriller
Année: 1974
Pays d'origine: États-Unis
Casting:
George Segal, Joan Hackett, Richard Dysart, Donald Moffat, Michael C. Gwynne, Jill Clayburgh, Norman Burton...
Aka: Homicides incontrôlés / Der Killer im Kopf (RFA)
 

Il est des oeuvres autant originales que marquantes, ayant même une influence manifeste d'un point de vue créatif au point de générer d'autres oeuvres et ainsi de suite.
The Terminal Man fait partie de cette famille autant que de celle des films portés disparus le temps passant. Il témoigne avant tout du talent de l'écrivain et de son influence tout du long des années 70 au sein du cinéma de science-fiction et d'anticipation : Michael Crichton. Pour rappel, Crichton renouvelle le thème du péril inhérent à l'omnipotence de la technique en adaptant deux de ses romans, Le Mystère Andromède (The Andromeda Strain, 1971) que réalise Robert Wise et celui-ci, porté à l'écran par Mike Hodges. De même, entre-temps, il signe une étonnante révolution de robots dans Mondwest (Westworld, 1973) puis, ensuite, deux thrillers techno-paranoïaques de bon aloi avec, successivement, "Morts suspectes" (Coma, 1978) et Looker (1981). Cela ne veut pas dire pour autant que Crichton a tout inventé sans être lui aussi redevable à d'autres artistes à l'imagination fertile puisque, à la découverte de L'Homme terminal, on comprend mieux pour quelle raison un cinéaste porté au pinacle comme Stanley Kubrick le désignait comme l'un de ses films préférés, le qualifiant même de "terrifiant". Forcément, entre le roman de Crichton et celui d'Anthony Burgess écrit en 1962 (traduit en français en 1972), il y a d'étonnantes similitudes thématiques, tout comme il y a également des similitudes formelles entre l'adaptation faite par Kubrick et le film de Mike Hodges. Mais pour mieux faire le lien, revenons-en à l'histoire de The Terminal Man...

 

 

Harry Benson, ancien ingénieur informaticien spécialisé en robotique, souffre d'amnésies passagères meurtrières suite à un accident de voiture qui lui a endommagé une région du cerveau. En raison de ses méfaits involontaires mais pourtant meurtriers, Harry est détenu prisonnier. Des chercheurs, alors à la tête d'un programme expérimental, testé avec succès sur une succession d'animaux, proposent avec l'accord gouvernemental de faire sortir le détenu afin de pratiquer sur lui la même expérience. Harry ayant donné son accord, l'expérience, gérée par d'éminents chercheurs à l'aide d'ordinateurs et d'autres objets de précision, peut commencer. Pour éradiquer ses troubles mentaux l'emmenant inexorablement dans une spirale de violence, Harry se fait implanter un régulateur dans le cerveau. L'appareil est contrôlé par un ordinateur qui se dérègle mais l'opération semble se se dérouler avec succès lorsque le patient entre dans une frénésie meurtrière totalement inattendue, après s'être échappé de la clinique...

 

 

Dans The Terminal Man tout comme dans le classique d'Anthony Burgess, le thème autour duquel s'articule l'intrigue est le même : un être sujet à la violence régulière que la science tente d'apprivoiser de manière médicale et chirurgicale. En filigrane, outre une société en déliquescence et une nature humaine dépeintes comme dangereuses, la vanité scientifique et sa précipitation à obtenir des résultats est vivement critiquée. Sa prétention à se substituer à la psychologie et de régler les problèmes sociaux de manière purement physique est une alerte lancée sur les soi-disant progrès de la science. L'homme n'y serait plus qu'une structure physique définie par les seuls mathématiques. Pour rappel, le mot "Orange" du roman de Burgess était issu d'un terme étranger, "Orang" signifiant en malaisien "être humain". De fait, le roman comme le film qu'en tira Kubrick pouvait se lire comme "L'Homme mécanique". Un titre qui évoquait l'état du personnage d'Alex (Malcolm McDowell) après sa thérapie. L'Homme terminal évoque quant à lui peu ou prou la même chose : Harry (George Segal), de par les électrodes implantées dans son cerveau, est désormais dépendant d'un ordinateur et ses actes comme ses pensées peuvent être induits à distance. "Que reste-t-il de la nature humaine ?" s'interrogent Anthony Burgess et Michael Crichton, en plus de faire chacun sa démonstration de l'éventualité d'une science si imparfaite que la nature humaine et ce qui conditionne sa vie, accidents compris, peuvent prendre le dessus sur cette science que se targue d'être réglée comme une horloge.

 

 

Chez Burgess/Kubrick, l'échec vient de la non prise en compte du facteur humain et d'une violence sociale faisant partie de l'homme. Du reste, l'homme n'y est plus homme mais devient alors végétatif, confronté au libre-arbitre d'autrui, qu'il soit négatif ou positif. Dans The Terminal Man, c'est aussi la violence fouie chez un être humain que les scientifiques prétendent pouvoir éradiquer. Mais au lieu d'en faire une simple proie sociétale, chose que Harry devient aussi en acceptant l'opération, la fréquence et l'amplitude de ses crises de violence s'accroît jusqu'à le transformer en meurtrier extrêmement dangereux mais, qui plus est, dont les actes criminels sont réglés dès lors de manière mécanique, comme une horloge, sans pouvoir pour autant les stopper dès lors que Harry est hors de contrôle, lâché dans la nature. Ce n'est plus une personne qu'on a réadaptée à la structure sociale, mais son contraire, un prédateur malgré lui. Ce qui en passant, justifie aussi l'autre titre français, celui de sa tardive sortie en France, uniquement en province, en mars 1977, sous le titre Homicides incontrôlés.

 

 

La charge est en tout cas aussi violente dans le roman de Crichton que dans celui de Burgess puisque, outre que les chirurgiens sont davantage préoccupés par leur réussite et leur ambition de reconnaissance (chose parfaitement montrée à l'écran lors de réunions ou d'apéritifs mondains), il finissent par engendrer des monstres aussi effrayants ou nocifs que vulnérables. L'Homme terminal est soit une science-fiction virant au thriller mais aussi une anticipation proche de la dystopie pamphlétaire.

Mike Hodges est un metteur en scène de grand talent, trop peu cité et souvent sous-estimé, voire incompris. Lorsqu'il réalise The Terminal Man, il a déjà à son actif l'un des modèles du film vigilante noir, "Get Carter", mais aussi le très original "Pulp", qui témoigne de l'intérêt de son réalisateur pour les univers populaires et Bis. Deux films produits par son acteur-star Michael Caine à qui la carrière de Hodges est donc redevable. L'Homme terminal devait être réalisé par Michael Crichton lui-même mais fut finalement confié à Hodges par la Warner. Le réalisateur, qui croit dur comme fer au projet, le coproduit même, avec l'absolution de Crichton. Le film sera hélas un échec. Mal accueilli, il ne trouvera pas son public et quittera l'affiche rapidement, aux États-Unis comme en Angleterre. L'Homme terminal paye à l'époque et à n'en pas douter le prix de son absence de compromis, aussi bien dans son esprit frondeur que de par ses choix narratifs et esthétiques. En terme de "familles" évoquées en début de chronique, il fait aussi partie de celle des films qu'on réhabilite le temps passant. Mais bien sûr, pour cela il faut y avoir accès.

 

 

Quoi qu'il en soit, l'illustration moderne que fit Kubrick trois ans avant trouve ici un écho formel brillamment orchestré par Hodges. Après une première partie pourvue d'un sens du détail chirurgical, l'échappée assassine d'Harry se fait dans des décors cliniques, tout faits de longs tunnels et de néons se reflétant sur une couleur obstinément blanche, comme immaculée. De cette manière, le sang éclate de façon d'autant plus vive et frénétiquement violente, à l'instar des crises d'Harry. Des crises qu'il parvient pourtant à anticiper mais qu'il ne peut empêcher. La fougue avec laquelle Mike Hodges filme les éclairs meurtriers de son personnage rendu plus irresponsable qu'avant, ce malgré la conscience de son état, est elle aussi un choix tout à fait étonnant dans le cadre d'un thriller. Et à Harry d'être réglé en trois modes : humain, végétatif et bestial. Il est capable d'une sauvagerie irraisonnée et de s'acharner sur une proie jusqu'au retour à la "normale", c'est-à-dire, au terme d'une crise. Finalement, c'est la paranoïa du cobaye envers un univers qu'il connait bien et dont il se méfie qui amplifie sa violence, telle des phases d'épilepsies.

 

 

Dans The Terminal Man, les caractères des personnages ne sont pas moins peaufinés, et échappent aux archétypes à tout prix. L'équipe de chercheurs, constituée d'élites en leur domaine, désire tester son plan de modification du comportement sur un sujet humain au plus vite. Leur premier "volontaire" est donc Harry Benson (George Segal), un expert en robotique devenu violent suite à un traumatisme crânien. Mais la seule personne épargnée par Crichton et Hodges au sein de l'hôpital, outre le vieux professeur (William Hansen) mettant en garde tout le monde en début de bobine lors d'une scène de conférence censée présenter le sujet et l'opération qui va être faite, est la psychiatre Janet Ross (Joan Hackett). C'est le seul personnage capable de faire preuve à la fois de recul et d'empathie. Malgré des pressentiments dont elle fait pourtant part, les chirurgiens Ellis (Richard Dysart), McPherson (Donald Moffat), Morris (Michael C. Gwynne) et Friedman (James Sikking) ont pour but premier d'innover, de rentrer ainsi dans l'Histoire tout en amenant leurs carrières dans une direction ascendante. Dans ce monde de connaissances, Angela Black (Jill Clayburgh), strip-teaseuse de métier et amie d'Harry, représente la candeur qui devient dommage collatéral. Ceci est remarquablement montré par Mike Hodges qui tourne au ralenti l'une des scènes en blanc et rouge, comme le symbole d'un sacrifice, fruit de risques que sont prêts à prendre les chercheurs pour arriver à leurs fins. Le sang qui s'écoule dans les rainures du carrelage est lui aussi symbolique de l'irrigation de vaisseaux sanguins du cerveau.

 

 

L'Homme terminal offrait matière à une étonnante composition de son acteur principal George Segal. Lors d'une séquence de tests post-opératoires où des stimuli sont exercés sur les électrodes implantés désormais dans son cerveau, la façon dont son comportement et sa personnalité tout entière change radicalement d'un stimuli à l'autre, évoque fortement la schizophrénie du personnage campé par James McAvoy dans "Split", réalisé en 2016 par M. Night Shyamalan. Dans une autre scène, lors d'une crise meurtrière, alors que Harry a pris soin de prendre les adresses de ceux qui allaient se servir de lui comme cobaye consentant et qu'il se rend du coup chez Janet Ross (Joan Hackett est superbe dans un rôle certes moins varié, mais d'une subtilité d'équilibriste), l'une des scènes illustrant une de ses crises de fureur le montre en train de fracasser la porte de la salle de bain où s'est réfugiée la jeune femme. Une scène qui évoque fortement Jack Nicholson en proie à une crise meurtrière à coups de hache dans "Shining". Comme quoi, outre d'être un crédible et effrayant thriller de science-fiction, The Terminal Man est une oeuvre aux ramifications étonnantes. Elle mériterait la reconnaissance qu'elle n'a jamais trouvée mais qui semble pourtant lui revenir de façon naturelle, égard à sa valeur.
Certains la trouveront sans doute trop cérébrale. Mais n'est-ce pas là son sujet ?

 

 

Quant à Mike Hodges, pressenti pour réaliser "Damien, la malédiction II" pour lequel il participera au scénario sans être crédité, il tournera pour Dino De Laurentis en 1980 un très bon Flash Gordon, resté dans les annales pour son kitsch outrageux, choix on ne peut plus volontaire de la part de cet amateur de comics qui, du coup, en fit un Space Opera défiant les loi du temps. Ses "Débiles de l'espace" (Morons from Outer Space) suscitera l'incompréhension mais Hodges ne désarmera pas pour autant, signant des oeuvres solides telles que "L'Irlandais" (A Prayer for the Dying, 1987), le thriller médiumnique "Black Rainbow" ainsi que deux chouettes films noirs mettant en scène Clive Owen : "Croupier" (1998) et "Seule la mort peut m'arrêter" (I'll Sleep When I'm Dead, 2003).


Mallox

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