Au-dessus de la loi
Titre original: Number one with a bullet
Genre: Polar
Année: 1987
Pays d'origine: États-Unis
Réalisateur: Jack Smight
Casting:
Robert Carradine, Billy Dee Williams, Valerie Bertinelli, Peter Graves, Doris Roberts, Bobby Di Cicco, Ray Girardin, Barry Sattels, Mykelti Williamson, Jon Gries...
 

McCoy et Bass, deux flics de la brigade des stups de Los Angeles, sont chargés d'escorter jusqu'à San Francisco le témoin-clé d'une importante affaire de drogue. Mais l'homme qu'ils doivent protéger est abattu par un tueur professionnel.
Cette faute leur vaut d'être mutés derrière un bureau. Déterminés à démasquer le cerveau de ce trafic de drogue, McCoy et Bass décident de mener leur propre enquête même si cela signifie passer au-dessus de la loi. C'est le début d'un dangereux engrenage au cours duquel leur vie va rapidement se trouver menacée...

 

 

Pour les amateurs, le studio "Cannon" représente la quintessence du cinéma d'exploitation américain des années 80 ; une mentalité de marchand de tapis associée à une recherche permanente de reconnaissance. La politique schizophrène du studio consiste à produire un nombre important de séries B (une vingtaine par an) dans le but de financer des projets de facture plus noble comme "Runaway Train" de Konchalovski, "Pirates" de Polanski, "Othello" de Zeffirelli, voire de décrocher un contrat pour deux films avec Stallone ("Cobra" et "Over the Top").
La "Cannon" c'est aussi une époque où ce genre de firme peut compter sur un noyau de "fonctionnaires" oeuvrant sous contrat pour le studio : citons au rayon acteurs et pour les plus emblématiques, Charles Bronson, Chuck Norris ou encore Michael Dudikoff ; au niveau des réalisateurs, Jack Lee Thompson, Aroon Norris ou Sam Firstenberg sont régulièrement convoqués.
Cela n'empêche en rien le studio de faire sous-traiter ses productions afin d'atteindre un quota prévu d'avance. C'est le cas pour ce film dont la réalisation échoie à Jack Smight, réalisateur alors en fin de carrière qui tournera encore un film après celui-ci, en 1989, "La Nuit du Sérail". Une bobine certes dénuée de génie mais efficace. Sa version de "Frankenstein" demeure très correcte et Smight est aussi un artisan qui ne rechigne pas à tourner pour le cinéma ("Harper", "747 en Péril", "Midway" ...). Et puis celui-ci est considéré comme un solide faiseur plutôt qu'un auteur, ce que les studios ont tendance à exiger de sa part est de coordonner les secondes équipes en plus de diriger correctement ses acteurs. On le sait bien, seuls les réalisateurs prestigieux bénéficient d'une réelle liberté, bien que celle-ci soit rarement totale. Les autres, les représentants d'une classe moyenne pourtant majoritaire, font souvent office de prête-noms. Par essence même, les films estampillés Cannon possèdent une autonomie qui leur est propre et leurs productions peuvent comporter jusqu'à huit coréalisateurs, système qui a au minimum le mérite de permettre à de fidèles lieutenants (Gedeon Amir / "POW"), Mark Buntzman / Exterminator 2 /"Missing in Action 2") de passer à la mise en scène, au premier plan.

 

 

Lorsque leurs acteurs fétiches et bancables ne sont pas libres, les studios finissent par engager le dernier des derniers acteurs libres, pourvu qu'il ait un nom ou qu'il soit associé à un gros succès et que son physique l'évoque. C'est le cas pour les deux têtes d'affiche engagées pour Number One with a Bullet !
Billy Dee Williams a marqué les esprits avec son personnage de Lando Carlissian ("L'Empire contre-attaque" et "Le Retour du Jedi"), s'assurant avec ce succès une rente à vie. Cela ne l'a pourtant pas empêché de mener une carrière parsemée de quelques mémorables prestations ("New York, deux heures du matin", "Les Faucons de la Nuit", "Deadly Illusion" ...).
Robert Carradine peut de son côté se targuer d'une filmographie recelant pas moins de 132 films. Il est le fils du légendaire John Carradine et porte, comme ses frères David (240 films) et Keith (130 films), un patronyme lourd à porter, ce qui ne les empêche pas de se retrouver parfois en famille ("Le Gang des frères James" de Walter Hill). Malgré la reconnaissance plus grande des deux frangins susnommés, le cadet ne s'en sort pas si mal avec une filmographie variée ("Revenge of the Nerds", "Orca" ...).
Dans Au-dessus de la loi, leur supérieur est campé par le vétéran Peter Graves qu'on ne présente plus. L'acteur a à son actif une bonne centaine de séries et de films, bien qu'il reste pour nombre de téléspectateurs le Jim Phelps de la série "Mission Impossible" (1967-1973 & 1988-1990).

 

 

Dans ce buddy movie signé Jack Smight, Nick Barzack (Robert Carradine) a la réputation d'un fou, au point que les criminels l'ont surnommé "Beserk". Son partenaire, Frank Hazeltine (Billy Dee Williams), est un amateur de Jazz mais aussi un séducteur incorrigible. Bref, deux personnalités pas piquée des hannetons.
Basé sur un scénario rédigé à quatre mains dont celle du scénariste Gail Morgan Hickman ("Le Justicier braque les dealers", "La Loi de Murphy") et de l'acteur James Belushi ("Double détente" avec Schwarzy), Number One with a Bullet fait furieusement penser à "L'Arme fatale" et peut de prime abord faire croire qu'il surfe sur le récent succès de Richard Donner. Il n'en est rien puisque que le film de Smight, produit quasi simultanément, est sorti une semaine avant.
Évidemment, cette série B pourtant sympathique ne pouvait rivaliser avec le rouleau compresseur de Richard Donner, lequel, il est vrai, était doté d'une meilleure distribution, d'un meilleur script, d'un meilleur réalisateur, de meilleures scènes d'action et même de meilleures blagues !
Pourtant Number One with a Bullet n'est pas déplaisant pour autant et semble prendre un malin plaisir à explorer toutes les pistes que son homologue a laissées tomber. Il est intéressant de constater que, partant de la même histoire, l'éternel duo de flics diamétralement opposés, les deux films prennent des directions différentes. Le film de Smight préfère s'aventurer régulièrement dans la comédie pure (Carradine est alors la vedette de plusieurs films comiques) plutôt que dans l'action débridée. Pour preuve, on trouve dans "Au-dessus de la loi" une scène au sein d'une fête foraine frôlant le surréalisme : policiers et trafiquants, tous déguisés (dont deux en femmes !), se tirent allégrement dessus pour débouler dans une salle de bingo qui débouche sur une prise d'otages non moins ubuesque.

 

 

Sans jamais vraiment décoller, Number One with a Bullet réussit à instaurer sa propre dynamique. Ainsi, au lieu d'éviter les situations parfois ultra codifiées d'un genre qui en a déjà vu passer des vertes et des pas mures, le script plonge à pieds joints dans un humour lesté au pavé quitte à éclabousser son spectateur, juste pour le "fun", sans se soucier du bon goût.
L'un des flics est un solitaire dépressif qui vit dans un appartement où sa plus grande compagnie est sa moto trônant dans son salon, tandis qu'il s'enfile de la viande crue agrémentée de sauce barbecue ; son partenaire est au contraire un adepte de la nourriture diététique, amateur qui plus est de Tai-chi-chuan, et semble attirer les jolies filles comme un aimant ! Carradine prend d'ailleurs un malin plaisir à faire foirer tous les rendez-vous de son partenaire. Le film n'en rate pas une à ce niveau, au point de devenir jubilatoire ! Le pire c'est que cela fonctionne, qu'on passe un agréable moment, grâce notamment à un duo aussi improbable que sympathiquement con (et qui réussit l'exploit de faire oublier la pluie de clichés qui s'abat pourtant sur nous).

 

 

The Omega Man

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